Le temps des Cathédrales

Le temps des Cathédrales, L’art et la société 980-1420 – Georges Duby

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Cet ouvrage déjà ancien, a été écrit par un des médiévistes parmi les plus renommés de la deuxième moitié du XXème siècle. Certes sur certains points de son ouvrage la recherche historique a démenti ses affirmations. Cependant il reste particulièrement intéressant pour nous qui vivons au XXIème siècle et en particulier ceux qui s’intéressent quelque peu à la liturgie.

En effet, à travers l’art de cette période (980-1420), l’auteur met le doit doigt sur l’évolution de la liturgie, de la manière de croire des populations françaises durant cette période longue de plusieurs siècles.

En 980, la renaissance carolingienne est achevée depuis longtemps et la civilisation occidentale, franque en particulier, vit sur ses acquis, presque par simple inertie. L’Europe est certes chrétienne, mais d’une manière très particulière. Il n’y a effectivement plus de religion païenne concurrente propre à remettre en cause l’expansion du christianisme. Il reste certes quelques endroits d’affrontement entre le christianisme et le paganisme, sur le territoire du royaume de France d’alors. Par exemple la Normandie est encore le théâtre d’une évangélisation de fond des populations nordiques. Peut-on alors parler d’une société chrétienne ? Comme nous le montre l’auteur, c’est prématuré.

 

Le sentiment religieux du début de la période, qui transparaît notamment au travers de l’architecture et de l’art que nous a laissé cette époque, est l’impression d’une société certes consciente du fait religieux, mais qui délègue la religion, la relation à Dieu et la prière à un petit nombre : les moines, les clercs, les chanoines, le clergé en somme. La notion de paroisse n’existe pas encore. Le fait religieux est celui des villes, où siègent les évêques, et celui des monastères, mais pas celui des campagnes. La liturgie est alors imprégnée de cet état de fait. A Cluny les liturgies sont magnifiques et totalement théocentrée. Les moines la prient avec sans doute une haute conscience de sa nature : prière de l’Eglise qui porte des fruits à toute l’Eglise, mais en en excluant totalement le monde. L’abbatiale de Cluny est magnifique, mais ce n’est pas pour l’édification des fidèles, c’est pour la seule liturgie et la seule gloire de Dieu. Le monde n’y est pas admis, à peine les frères convers sont-ils tolérés. Il faut rappeler avant de poursuivre que comme les abbatiales, les cathédrales sont les églises d’une communauté : le chapitre canonial. Sans aller dans l’extrême que l’on peut observer à Cluny, les liturgies des cathédrales sont peu ouvertes sur la ville. En effet il y a souvent, avant le XIIème siècle, deux églises distinctes dans l’ensemble cathédral, l’Eglise des fidèles et l’église des chanoines.

 

Peu à peu la conscience religieuse de la société s’éveille, de plus en plus de laïcs s’intéressent au fond de la foi. L’origine des hérésies qui ont  eues lieu au XIIème et au XIIIème siècle (Cathares et Vaudois essentiellement), ne se trouve-t-elle pas, dans une certaine mesure, dans une appropriation du dépôt de la foi par la population ? L’auteur nous montre les changements profonds de l’architecture sacrée au cours de la période. Ces changements sont particulièrement nets à partir de la période dite gothique. L’abbatiale de saint Denis, considérée comme la première du genre, en est un exemple flagrant. Saint Denis est une abbaye assez singulière, elle est d’abord un reliquaire, reliquaire de l’évêque Saint Denis. Elle est aussi une nécropole, celle des rois de France. De ce fait elle est par nature beaucoup plus ouverte sur l’extérieur que ne peut l’être celle de Cluny : des pèlerins viennent y vénérer les reliques.

 

            L’évolution de l’art sacré et de l’architecture des bâtiments de culte accompagne une appropriation de la religion par l’ensemble des fidèles. Deux phénomènes connexes se déroulent dans le même sens : l’ouverture des édifices religieux sur la ville et l’émergence des ordres mendiants en particulier de l’ordre des prêcheurs. Le fait religieux se démocratise. L’église – la cathédrale en particulier – se tourne vers la ville et vers le passant. L’église des chanoines et l’église du peuple se regroupe dans un même bâtiment. Sa façade se pare de statues et de bas-reliefs interpellant le passant : jugement dernier, nativité, couronnement de la vierge, etc. Les portails s’élargissent. Les fenêtres s’ouvrent de plus en plus grandes. La statuaire édifie le passant, l’architecture signifie certaines réalités théologiques.

 

Tout l’intérêt de cet ouvrage est cet éclairage de l’évolution de l’art avec celle de la société de cette période. Cette évolution est révélatrice de celle de la pratique religieuse et notamment de la liturgie.    

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