Le secret de la force (XXXIème dimanche « per annum »)

Le livre de la Sagesse nous donne, comme à l’accoutumée, une vision très positive de l’action de Dieu en direction des hommes. L’auteur veut par-dessus tout laver Dieu du soupçon de partialité, d’arbitraire ou de cruauté. L’homme est cette créature que Dieu enveloppe de toute sa miséricorde. Dieu, « parce qu’il peut tout », a pitié de tous.

Réfléchissons-y : le secret de la bonté de Dieu est là. Sa force n’a rien de brutal et de violent, parce qu’il n’a pas à s’imposer à qui que ce soit. Les parents qui se heurtent aux provocations de leur grand garçon ou de leur grande fille ne font pas vraiment preuve de maturité, quand ils réagissent comme s’ils étaient attaqués. Il vaut beaucoup mieux sourire et laisser passer, sans pour autant renoncer à aucune des exigences qu’on est en droit d’avoir à leur égard. C’est se montrer soi-même faible et mal assuré que de s’indigner des propos agressifs d’un plus jeune. La colère de ce dernier est bien souvent un appel au secours, une manière de dire sa détresse et son besoin d’être aimé. Mieux vaut s’en apercevoir avant de manier les foudres de la vindicte !

La symétrie, en ce domaine, est mortelle. Si je reçois un coup et que je le rends, je reste prisonnier d’un jeu absurde qui ne s’arrêtera qu’avec la disparition d’un des deux adversaires. Le plus fort et le vrai vainqueur, c’est celui qui sait lâcher prise, qui cesse de se croire menacé et qui ouvre les bras. Prendre au sérieux la méchanceté de l’autre, la dénoncer, s’en protéger, c’est donner à celle-ci une consistance, c’est amener l’autre à s’y enfermer pour ne plus en sortir.

La miséricorde dont parle la Sagesse consiste pour Dieu à ne pas durcir la situation dans un choc frontal, où l’homme en peut qu’être brisé. Là se trouve la vérité de l’attitude du Seigneur face au pécheur Adam. Loin de le poursuivre dans ses retranchements, il lui ouvre une possibilité de se reprendre, de se détacher de son comportement coupable. Certes, le mal n’est pas sans conséquence, la mort physique vient le sanctionner, mais cette mort elle-même est-elle autre chose, comme l’ont vu les Pères de l’Eglise, qu’une mesure conservatoire, une façon de limiter la casse en n’ouvrant pas à l’homme un champ indéfini où il ne pourrait qu’aggraver sans cesse son cas ? Les anges déchus font la triste expérience des conséquences d’un refus qui fait corps désormais avec leur être. La mort humaine, en arrêtant la série des actes volontaires, empêche l’homme de durer indéfiniment dans son mal.

Il nous faut méditer sur la force de Dieu qui peut encaisser les coups, et perdre pas de mal de manches avant de gagner la belle, cette force-là est au service de l’homme et de sa vie. A nous d’en demander quelque chose et, à notre tour, de nous risquer à partager cette miséricorde bouleversante avec les autres !

Michel GITTON
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