Le saint sacrifice de la messe

La consécration et l’élévation

L’AUTEUR de l’Épître aux Hébreux nous le dit clairement : « (le Christ) n’a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice », tout simplement parce que « c’est une fois pour toutes, au temps de l’accomplissement, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice ».

D’où vient donc cette idée que chaque messe serait comme le sacrifice du Christ offert à Dieu pour nos péchés ? On comprend que Calvin au 16e siècle ait réagi avec vigueur à cette présentation des choses. Tout au plus, la célébration de l’eucharistie serait une manière pour les chrétiens de se souvenir du sacrifice de Jésus (c’est ainsi qu’à l’époque, on interprétait la notion de mémorial, qui est en fait plus riche).

C’est bien ainsi en tout cas que beaucoup aujourd’hui voient la messe (qu’on hésite d’ailleurs d’appeler de ce nom), préférant la considérer comme une évocation symbolique de la dernière Cène (d’où les petites tables et les fleurs) et nullement comme un acte distinct que le Christ viendrait accomplir à notre profit sur l’autel. Certains pensent tout concilier en faisant remarquer que, si le Christ n’a pas à s’offrir à nouveau pour nous, nous avons, nous, à nous offrir à Dieu et que la messe est l’occasion de notre offrande jointe au souvenir de celle du Christ.

Cette solution, encore insuffisante, est néanmoins une avancée dans la bonne direction. Nous comprenons que, si tout est fait du côté de Jésus, tout reste à faire de notre côté. Le salut n’est pas un simple décret d’amnistie, qui nous blanchirait sans que nous y participions de quelque façon. Le salut, c’est la guérison de notre liberté blessée, le mouvement retrouvé après l’ankylose. Seulement, entre l’offrande du Christ et la nôtre, il n’y pas seulement un rapport d’imitation, comme si, touchés par son exemple, nous décidions de nous y mettre à notre tour, car ceci n’irait sans doute pas bien loin et resterait toujours très subjectif, il y a une grâce nouvelle, s’inscrivant dans le temps de notre histoire personnelle, par laquelle le Christ vient saisir notre pauvre consentement et l’entraîne dans le mouvement de son offrande. Ce qu’il a fait une fois pour toutes sur le Golgotha, il vient le faire à notre échelle, dans ce petit canton du temps et de l’espace où nous sommes, pour nous appliquer les fruits de son sacrifice. Et ça s’appelle : la messe.

Ce n’est donc pas parce que le sacrifice du Vendredi Saint ne serait pas complet, ou serait insuffisant pour laver tous les péchés, qu’il faudrait rajouter quelque chose qui manquerait et ce serait le sacrifice de la messe. C’est justement parce que tout est donné, et en surabondance, que le Christ peut venir sans cesse en tirer quelque chose de nouveau tout au long de la vie de son Église. La célébration de l’eucharistie est d’abord une prière qui prend la forme d’une grande « action de grâce », un mouvement de remise totale de soi à Dieu dans la reconnaissance, et quand l’Église, par la bouche d’un de ses prêtres, opère cela, elle coïncide mystérieusement avec le Seigneur qui s’offre à son Père sur l’autel céleste. Admirable, non ?
Michel GITTON

L’offertoire

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