Le Saint Père et le jeudi saint


On nous pose cette question :

D’après Mgr Xuereb, le lavement des pieds de femmes, dont une non-baptisée, a été fait pendant l’eucharistie du jeudi saint [2013]. C’est la fin de la réponse à la troisième question. http://fr.radiovaticana.va/news/2014/03/11/mgr_xuereb,_secr%C3%A9taire_particulier_du_pape_fran%C3%A7ois,_se_confie/fr1-780537

Bien sûr, il ne cherche pas à répondre précisément à la question de savoir si le lavement des pieds a été fait pendant la messe ou en dehors mais comme il le dit, il semble bien que c’était pendant et si cela avait été autrement, cela l’aurait suffisamment marqué pour qu’il ne s’exprime pas comme cela, non ?

Bon effectivement. Mais si le pape va contre les rubriques, et qu’il souhaite que ce soit institutionnalisé, il a le pouvoir de changer les rubriques. Il est pape. Et pour l’instant, il ne l’ a pas fait…. Et évidemment je souhaite qu’il ne le fasse pas.

Plusieurs diront que ce n’est pas si important. Il me semble pourtant que c’est fondamental, pour deux raisons :

– La liturgie est source et sommet de la vie de l’Église (Cf. Vatican II Sacrosanctum Concilium, 10) Donc on ne dira pas que tout cela est secondaire.

– à l’heure où on mélange les genres, il me semble essentiel que les signes de la liturgie de l’Église permettent à la femme d’être femme, et donc à l’homme de se donner à la femme. Ephésiens 5,24-25. La femme est soumise à l’homme pour que ce dernier la fasse resplendir. Apc 21,10. L’homme est au service (ministre) de la femme comme de l’Église pour qu’en lui étant soumise elle brille. Le don de l’homme à la femme c’est le don du Christ à l’Église, et le don du Père au Fils.

Si on perd tout cela de vue, demain on aura des diaconnesses, (et il y a une véritable revendication à l’heure actuelle pour cela : on voit ici que pour certaines c’est quasi acquis… !) après demain des prêtresses, après-après demain des évêquesses. La femme ne sera plus femme, elle ne resplendira plus, elle ne sera plus figure de la Jérusalem nouvelle mais une caricature masculinisée et avide de pouvoir. L’homme sera même empêché de se donner. La question n’est pas fonctionnelle – ce n’est pas une question de compétences, mais de symbole. Parce que cela a un sens, et un sens très profond.

Cf. Gertrud Von Lefort. La femme éternelle

« Ce n’est pas l’homme qui se révèle être la véritable figure apocalyptique de l’humanité (…) Comme figure reconnaissable humaine de l’Apocalypse, se dresse la femme : seule la femme infidèle à sa vocation peut représenter cette stérilité absolue du monde qui doit le conduire à sa mort et à son effondrement (…) La grande prostituée est la figure apocalyptique de la fin des temps. La prostituée signifie la suppression radicale de la ligne des « Fiat » » (…)

« L’analogie sublime et presque effrayante que l’Église pose à propos du mariage de l’homme et de la femme, en le disant semblable à l’union du Christ avec son Église, a un sens profond : convaincre la femme qu’épouse de l’homme, elle doit être aussi épouse du Christ et qu’elle appartient à Dieu. C’est seulement dans cette perspective que le mot célèbre de saint Paul sur la soumission de la femme à son mari prend sa véritable signification (…)

Car ce qui menace la femme, ce n’est en aucune façon son seul refus du don de soi, mais son exagération (…) La relation exclusive de la femme à l’homme absorbe alors en même temps ce qui revient à Dieu. Ainsi s’introduit dans la relation de la femme à l’homme, la même désolation et l’absence finale de tout horizon, que nous avons déjà reconnue comme un danger mortel de cette culture orientée vers le monde (…) La femme qu’on prétend « masculinisée », ne représente qu’une variante de la femme, qui a cessé de se consacrer à l’homme selon l’ordre divin »

Le problème de fond c’est qu’on a déjà commencé à glisser dans la pente… Et ça ne date malheureusement pas d’hier. Il est donc plus que jamais important dans notre société infectée par les « études de genre » de donner au vir sa place dans la vie paroissiale, et donc dans la vie liturgique car c’est la partie de la vie paroissiale qui lui revient de droit. Il faut donc conséquemment aller contre l’implication des femmes dans le ministère liturgique : lavement des pieds, enfants-de-choeuses, lecteuses, distributrices de la communion.

Le péché de la femme, c’est l’appétence pour le pouvoir. Le péché de l’homme c’est la démission face au service, qui est don. La femme comme l’homme ont besoin d’être aidés dans leur combat contre leur péché, et c’est ce que font les rubriques (« viri selecti » donc exclusivement des hommes pour le jeudi saint, et aussi la mention de la réservations aux viri des ministères d’acolyte et de lecteur dans Ministeria Quaedam par Paul VI.). Évidemment, ce n’est pas « nécessaire à la validité », et il peut y avoir des exceptions rendues nécessaires par les circonstances. Mais l’exception ne fait pas la loi, et l’extraordinaire n’est pas le quotidien. Car si on ne donne pas de visibilité explicite à la primauté d’ordre masculine dans la liturgie, c’est un pan entier du mystère du salut qui est rendu obscur par les « nécessités du siècle » qui ne sont en réalité rien d’autre que la mondanité.

Depuis un an on nous rappelle salutairement que l’Église n’est pas une ONG… Rendons donc visible cette vérité.

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