Le sacré coeur de Jésus : une valeur sûre.

Cette semaine a eu lieu la fête du Sacré Cœur, à laquelle tout le monde n’a pu assister, mais qu’il ne faut pas laisser passer sans en avoir dit un mot, et, si possible, en avoir retiré la sève.

Le Sacré Cœur semble peut-être lié pour nous à une certaine imagerie XIXe siècle, avec un petit relent de nationalisme (« sauvez, sauvez la France au nom du Sacré-Cœur »), qui ne nous le rend peut-être pas forcément sympathique à tous. Mais d’abord le XIXe siècle n’a pas fait que des mauvaises choses : le renouveau catholique incontestable qui a soulevé la France en ces années-là n’était pas sans valeur, nous lui devons (entre autres) le Curé d’Ars et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, ce n’est pas si mal ! Même l’art religieux de ce siècle, si souvent attaqué sous le nom d’art « Saint-Sulpice », n’a pas fait que des œuvres mièvres et interchangeables, le Musée d’Orsay nous a rendu heureusement une autre image de ce siècle.

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De plus, l’attention au Cœur de Jésus n’a pas attendu le XIXe siècle pour entrer dans la prière et la réflexion des catholiques. La scène du cœur ouvert par la lance, source du don de l’Esprit (saint Jean chap. 19) a nourri la méditation des chrétiens depuis les premiers temps de l’Eglise. Les mystiques du Moyen Age y étaient déjà fort sensibles (Gertrude la Grande, Bonaventure et combien d’autres). Les grands spirituels du XVIIe siècle lui ont fait une place sous un vocable ou sous un autre (qu’on pense à saint Jean Eudes, l’Apôtre de la Normandie), et c’est en ce siècle que la grande confidente du Sacré Cœur, sainte Marguerite Marie, commence à développer un culte, qui va s’amplifier au XVIIIe, pour remédier au dessèchement de la piété des catholiques due en partie à l’influence du jansénisme. Grâce à la compagnie de Jésus, qui y voit un moyen de ranimer la ferveur dans les masses en voie de déchristianisation, le culte du Sacré Cœur de Jésus se voit doter d’une messe et un office, qui sont à l’origine de notre fête actuelle.

Il est clair que dans la seconde moitié du dernier siècle, le Sacré Cœur a connu une certaine éclipse, due sans doute à sa coloration quelque peu revancharde, mais on a vu aussi se lever de nouvelles approches de son culte, à partir des deux centres où il était encore très vivant : Paray le Monial et Montmartre. Le sanctuaire de Paray le Monial, grâce notamment à la présence de l’Emmanuel, a développé une vision chaleureuse du Cœur de Jésus insistant sur sa proximité aimante, sa miséricorde, sa capacité de guérison, etc… Dans les mêmes années, Mgr Charles à Montmartre renouvelait en profondeur la compréhension du Cœur de Christ, à partir des auteurs de l’Ecole française de spiritualité : le cœur n’est pas seulement un symbole de l’amour, mais une manière de désigner « l’intérieur » de Jésus ;  s’y pencher avec saint Jean, c’est entrer dans le secret de son  humanité déifiée où tout est grâce, et de plus ce cœur débordant de l’Esprit Saint nous communique tout ce qui fait sa vie, nous conformant peu à peu à lui….

Ce qui est étonnant, c’est la capacité qu’a le thème du Sacré Cœur de cristalliser dans le christianisme le meilleur de sa sève intérieure. Là où beaucoup ne veulent s’intéresser au Christ qu’à travers son enseignement, son influence morale dans l’histoire, les amoureux du Cœur de Jésus, eux, savent que c’est lui, en tant que personne, qui est intéressant, qu’on n’a pas à le laisser derrière soi, sous prétexte qu’on aurait compris son message et qu’il faudrait maintenant l’appliquer. Ce Cœur ouvert, comme l’ont bien vu les mystiques de tous les temps, est la Source cachée, la fente du rocher où vient s’abriter la colombe, le lieu secret où Dieu donne rendez-vous à l’homme pour le combler de ses biens.

Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en Vous !

Cœur Sacré de Jésus que votre règne arrive !

 

Michel GITTON

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