Le rite eucharistique et ses liens dans l’ancien et le nouveau testament (I)

Dès le début du christianisme, une forte ritualité proprement chrétienne est en place. S. Paul n’est pas présent le Jeudi Saint ; mais les gestes et les paroles de la Messe sont rituellement exécutés dès son époque, la lettre aux Corinthiens le prouve (1 Co 11,23-29). Le mot grec « Anamnèse » (anamnesis): pas une notion de « mémoire » c’est à dire de souvenir, mais d’actualisation au moyen d’un signe rituel.
Par la mort et la résurrection du Christ, nous sommes sauvés. (1 Co 11,26 : « proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ».)

    Le récit de l’institution :
On trouve dans S. Paul ce que l’on trouve dans S. Matthieu (Mat 26,26-29) S. Marc (Mc 14,22-25) et S. Luc (Lc 22,15-20), à quelques détails près. Cela se passe pendant la fête de la Pâque (le mémorial de la fuite du peuple hébreu d’Egypte : Ex 12,1-28). C’est la nuit qui précède également la mort de Jésus, le dernier repas avec ses apôtres. Paroles : ceci est mon corps, ceci est mon sang. Notion de nouvelle alliance (Lc 2,20, 1Co 11,25).
Dans S. Jean, on ne trouve pas le récit de l’institution, mais il y a des choses très similaires : Je suis le pain de vie (Jn 13,2-4), ou je suis la Vigne (Jn 15,1-5).
–    l’Eucharistie comme sacrement de l’alliance
–    l’ Eucharistie comme sacrifice pour le rachat des péchés.
–    l’ Eucharistie comme mémorial qui créé l’Eglise, le corps des croyants. Le commandement ‘faites ceci’, appelle l’Eglise via cette nouvelle et éternelle alliance à réactualiser le sacrifice.
–    l’ Eucharistie comme communion au corps et au sang qui apporte la vie éternelle. Indiqué toujours par S. Paul (1Co 10,16).
–    l’ Eucharistie c’est le banquet du royaume de Dieu jusqu’à la Parousie.

Une continuité immédiate après l’institution : Ac 2,42. « Assidus à la fraction du pain ». (Lc 24,35, Ac 20,7-11) mais aussi à l’enseignement des apôtres (2P 3,15-16,1Co 2,13).
Les épîtres ont ainsi été écrites mais aussi tout le nouveau testament, dans le cadre d’un culte ‘primo-chrétien’.. (1Th 5,26 Col 4 ,16 1Tim 4,13). Les introductions et les bénédictions reproduites dans ces ‘lettres’ sont celles des hymnes et des prières utilisées dans la liturgie. (1P1,2-5, 1Co16,22, Col 1,15-20, Ph 2,6-12, 1Th 4,16, 2Tim2,11-13).
 

Le livre de l’Apocalypse est conçu pour être lu tout haut ; la structure des évangiles (petites scènes) indique probablement que ces livres ont d’abord été écrits pour être lus à la Messe.
"La foi vient de ce qu’on entend" (Rm 10,17).
Bible et messe sont inséparablement unis par Jésus lui-même dès la première nuit de Pâques.
Et dès lors, ce commandement qu’il donne à ses disciples (« faites ceci ») il le met lui même en pratique. Cf. Emmaüs, Lc 24,44-48). S. Luc utilise délibérément les mêmes mots que ceux qu’il a utilisés lors de la Cène ; (comparer avec Lc 22,14-20).
Depuis ce jour, la première répétition, la première « ritualisation », un dimanche (il n’y a pas de nuit, c’est le 3° jour après le vendredi saint) ; les chrétiens se rassemblent pour ‘la fraction du pain’. (Ap 1,10 ; Ac20,7).

–    Le Signe de Croix
A la messe : on commence par un signe de croix ; c’est aussi biblique (Mat 28,19).
L’Apocalypse révèle que ceux qui sont marqués au front  par le sceau de Dieu ne sont pas touchés par la destruction (Ap 7,3, 9,4 14,1 22,4) et sont appelés à la participation à une liturgie céleste : ’le festin des noces de l’Agneau’ (Ap 19,7-9 21,9).
A la Messe, c’est à cela que nous sommes conviés « Beáti qui ad cenam Agni vocáti sunt.».
–    Rite pénitentiel, Kyrie
Sir 36,12; Bar 3,2; Ps 50,1; Mat 15,22; 17,15. La confession des péchés précéde le sacrifice est présente dans l’ancien testament (Lévitique 5,5-6)
–    Gloria
Lc 2,14 (acclamation des anges la nuit de Noël) et ce que Jean a entendu à Patmos (Ap 15,3-4, 4,11 5,11-14)

–    La fin de l’offertoire
        – Priez, mes frères, afin que mon sacrifice qui est aussi le vôtre, trouve grâce devant Dieu, le Père tout puissant.
        – Que le Seigneur accepte ce sacrifice de vos mains, pour l’honneur et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute la sainte Eglise.

–    La notion de sacrifice n’est compréhensible qu’à la lumière de l’ancien testament.
Un sacrifice : pratiqué dans toutes les religions antiques. De façon générale, un sacrifice est l’offrande d’un bien de prix animal, végétal, encens, nourriture, boisson, ou encens. Cela peut avoir beaucoup de significations, mais derrière tout cela , il y a une notion de reconnaissance de dette envers Dieu.
Dans la Bible, on n’a pas d’explication, de justification pour les sacrifices. Mais il y en a sans arrêt : Caïn et Abel (Gen 4,3-4) Noé (Gn 7,2 8,20), Abraham (Gn 15,8-10 22-13) et ses fils (Gn 33,20 35,1-7). On a aussi dans la Genèse le mystérieux roi-prêtre Melchisédech Gn 14,18-20. Melchisédech est le premier prêtre mentionné dans la Bible. C’est aussi le roi de Salem, qui sera appelée plus tard Iéru Salam (vison de paix) : cf. Ps 75,2.
La combinaison entre roi et prêtre est rare dans le NT mais nous verrons cette appellation appliquée au fils de David (Ps 109,4) et dans le Nouveau Testament à Jésus (He 7).
C’est sur la montagne où sera plus tard le temple qu’Abraham est appelé à sacrifier son fils Isaac. On peut clairement faire un parallèle entre le sacrifice d’Isaac et celui de Jésus (Gn 22,12,15 / Jn 3,16). Le seul mot que prononce Isaac est « Père ».
La notion de sacrifice était centrale chez les Hébreux au temps de la captivité en Egypte. Moïse demande la permission d’aller au désert pour y offrir un sacrifice au Seigneur notre Dieu (Ex 3,18 5,3 8,17). Et le sacrifice devient le pivot de l’histoire d’Israël, le passage de la mer rouge. Dieu demande à chaque famille de sacrifier un agneau et de verser son sang avec une branche d’hysope sur la porte. L’agneau sacrificiel meurt pour que le premier né de Dieu, Israël, puisse vivre (Ex 4,22). Cette première alliance est fondée par une institution perpétuelle (Ex 12,14-24). Moïse recommande qu’il y ait dans le rite du mémorial une partie narrative (Ex. 12,26-27). Et quand ils arrivent au mont Sinaï, ils ratifient leur alliance avec un sacrifice (Ex 24,3-11). Dans lequel des taureaux sont sacrifiés, le sang répandu sur le peuple et un repas sacrifice est pris par les anciens. C’est le moment également où le livre de l’alliance est donné à Israël. Encore ici une notion de relation étroite entre le livre et le sacrifice.
A partir de ce moment là, est organisé le rite israélite au moment où ils entrent dans la terre promise. La plus grande partie du Pentateuque regroupe des lois et des règles pour l’offrande des sacrifices : Lev 7-9 Nombres 28 Deut 16. Les sacrifices devaient être offerts dans la ‘tente de la rencontre’ une chapelle portative contenant  l’arche de l’alliance et le lieu de la présence glorieuse de Dieu. L’arche de l’alliance contenait la table des commandements (Cf. Ex 16,32-33), le bâton d’Aaron (Nombres 17,25) et un peu de manne sont les Hébreux se nourrirent au désert (Ex 16,32-33).
Les sacrifices offerts dans la tente de la rencontre sont réalisés par un feu provenant du ciel.
Sous David et Salomon, on prend conscience de la nécessité d’offrir un abri définitif à l’arche d’alliance. Le Temple est construit selon un commandement de Dieu (1Chr 28,19). C’est une maison de sacrifice (2Chr 7,12).

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