Le lion mangera du fourrage (IIème dimanche de l’Avent)

Faut-il croire que le principal bénéfice de la venue du Messie sera de rendre les lions végétariens ? On pourrait s’attendre à ce qu’au petit jeu des changements, les bœufs deviendraient, eux, carnivores par esprit de contradiction, eh bien il n’en est rien. Toutes les espèces animales sont invitées à se retrouver autour d’un menu sans viande.

 

Pourtant Dieu n’a pas l’air de tenir particulièrement à imposer ce régime à l’homme. Les prophètes nous promettent de sa part un festin de viandes grasses et de vins décantés. Et Caïn offre un sacrifice végétal qui n’a pas l’air d’être aussi bien agréé par Dieu que celui de son frère Abel qui, lui, « apporta des prémices de ses bêtes et leur graisse » (Genèse 4,4). Donc Dieu n’a rien contre la nourriture carnée, au nom de quelque principe naturiste. Alors ?

 

On peut penser que ce qui prendra fin, c’est le principe qui veut que les petits poissons sont mangés par les gros et que les espèces animales s’entredévorent. Ce qui est la loi de la nature actuellement, ce struggle for life, qui assure la survie du plus fort au prix de la disparition du faible, n’est pas le dernier mot de la création de Dieu.

 

Dans le monde tel qu’il est éros et thanatos, le désir sexuel et la mort ont partie liée. C’est même ainsi que l’évolution des espèces a pu s’accélérer. et se complexifier. Sans cet immense brassage des formes du vivant, qui apparaissent et disparaissent tour à tour, nous en serions encore au minéral. Et l’homme lui-même est entraîné dans ce mouvement. Ce qui a permis aux empires de naître et se développer, aux sociétés de s’enrichir, c’est la loi de la concurrence, la loi du plus fort. Vae victis, criait le chef gaulois, malheur au vaincu, malheur au faible, malheur au non compétitif. Comment voulez-vous procéder autrement ?

 

Nous devons donc faire un effort d’imagination pour penser que le monde ira à son terme par d’autres moyens. Déjà la protection que le droit assure, dans les meilleurs cas, au plus faible, au handicapé, au vieillard est déjà le signe que la compétition pour la vie n’est pas l’idéal des sociétés humaines. Clairement, c’est le christianisme qui a permis cette avancée et qui doit toujours la défendre.

 

Mais le prophète élargit nos perspectives en nous montrant cela comme la loi du futur. La coexistence des êtres au delà de la considération de leurs performances est le moyen d’enrichir notre monde de toute la variété des êtres. Là où la force et le succès ne privilégient que certaines qualités, laissant de côté le trésor que portent d’autres êtres dans une écorce fragile, l’avènement du Royaume permettra que tous vivent en bonne intelligence, mettant leur dons au service les uns des autres.

 

Si c’est un petit enfant qui guide le troupeau, c’est que l’enfance, en nous montrant notre humanité en bouton, pourrait-on dire, nous remet devant ce surgissement de notre être, cette mobilité, cette ouverture vers des virtualités non encore réalisées, qui constitue bien le fond de notre condition. Là où l’adulte est arrêté dans son développement, juste avant le déclin, l’enfant nous montre une croissance qui explose dans tous les sens. Seul notre regard blasé s’est habitué à ce que cela n’ait qu’un temps.

 

Avec Jésus, apprenons à revisiter en ce temps d’avent notre humanité.

 

Michel GITTON

 

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