Le culte chrétien, ses fondements dans la Révélation et la Tradition.

Le sens de la prière et le sens de la liturgie.

La prière de l’homme, le travail de Dieu

Saint Benoît de Nursie

Saint Benoît de Nursie
Patriarche des moines d’Occident.

Lorsqu’on aborde le sujet de la prière, la question est souvent perçue
sous l’angle du devoir, et un devoir contraignant : il faut que
« je » prie. Or, ce n’est pas du tout ce que nous enseigne S.
Benoît, lorsqu’il parle de l’Opus Dei (qui n’a rien à voir avec le
mouvement espagnol). « Ergo nihil operi Dei præponatur » :
« ainsi rien ne sera préféré à l’oeuvre de Dieu » (Règle de
S. Benoît, Ch. XLIII, « de ceux qui arrivent en retard à l’œuvre
de Dieu ou à table »). L’Opus Dei, dans la Règle de Saint Benoît,
c’est le travail de Dieu, et l’oratoire est bien ce lieu du travail de
Dieu. Pour bien marquer cette dimension de travail de Dieu en nous dans
la prière, et non l’invese, il faut remarquer la chose suivante :
il n’y a aucune méthode d’oraison dans les ordres monastiques. Ce sont
des choses qui on été introduites dans la spiritualité chrétienne avec
les ordres mendiants (franciscains, dominicains). La prière personnelle
n’est en fait que le prolongement de la liturgie, et ce prolongement
doit même être bref, sauf en cas d’inspiration manifeste de l’Esprit
Saint (ce qui montre bien l’aspect exceptionnel de la chose), (Cf.
Règle de S. Benoît, Ch. XX, « du respect dans la
prière ») :

Et
ideo brevis debet esse et pura oratio, nisi forte ex effectu
inspiratione divinae gratiae protendatur. In conventu tamen omnino
brevietur oratio, et facto signo a priore, omnes pariter surgant.
C’est
pourquoi la prière doit être brève et pure, sauf le cas où elle se
prolongerait sous l’effet d’un sentiment inspiré par la grâce divine.
En communauté, cependant, la prière sera toujours très brève et au
signal du supérieur, tous se lèveront ensemble.

Dans
le récit de la Genèse, Dieu fonde l’humanité et place l’homme et la
femme dans un jardin, pour qu’ils le cultivent (Cf. Gn II, 15). En
réfléchissant à la racine du mot cultiver, on peut facilement, nous
Français, comprendre également cette volonté de Dieu comme le
commandement suivant : que nous lui rendions un culte.

La création, instrument de louange divine par l’homme

Dieu
est avant tout créateur, et les créatures louent Dieu. Les créatures
non pourvues d’âmes louent Dieu par la voix de l’homme (C’est le
cantique de Daniel) :

Benedicite,
omnia opera Domini, Domino, laudate et superexaltate eum in saecula.
Benedicite, caeli, Domino, laudate et superexaltate eum in saecula.
Benedicite, angeli Domini, Domino, laudate et superexaltate eum in
saecula. Benedicite, aquae omnes, quae super caelos sunt, Domino,
laudate et superexaltate eum in saecula. Benedicat omnis virtus Domino,
laudate et superexaltate eum in saecula. Benedicite, sol et luna,
Domino, laudate et superexaltate eum in saecula. Benedicite, stellae
caeli, Domino, laudate et superexaltate eum in saecula. Benedicite,
omnis imber et ros, Domino, laudate et superexaltate eum in saecula.
(…)
Toutes les oeuvres du
Seigneur, bénissez le Seigneur : A lui, haute gloire, louange
éternelle ! Vous, les anges du Seigneur, bénissez le
Seigneur : A lui, haute gloire, louange éternelle Vous, les cieux,
bénissez le Seigneur et vous, les eaux par-dessus le ciel, bénissez le
Seigneur et toutes les puissances du Seigneur, bénissez le
Seigneur ! Et vous, le soleil et la lune, bénissez le Seigneur et
vous, les astres du ciel, bénissez le Seigneur vous toutes, pluies et
rosées, bénissez le Seigneur !(…)

C’est l’homme qui fait monter la louange de tous les êtres animés et inanimés (Cf. le Ps XVIII) :

Caeli
enarrant gloriam Dei,et opera manuum eius annuntiat firmamentum. Dies
diei eructat verbum,et nox nocti indicat scientiam. Non sunt loquelae
neque sermones,quorum non intellegantur voces :in omnem terram
exivit sonus eorum,et in fines orbis terrae verba eorum. Soli posuit
tabernaculum in eis,et ipse, tamquam sponsus procedens de thalamo
suo,exsultavit ut gigas ad currendam viam. A finibus caelorum egressio
eius,et occursus eius usque ad fines eorum,nec est quod se abscondat a
calore eius.(…)
Les cieux
proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses
mains. Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne
connaissance. Pas de paroles dans ce récit pas de voix qui
s’entende ; _ mais sur toute la terre en paraît le message et la
nouvelle, aux limites du monde. Là, se trouve la demeure du
soleil : + tel un époux, il paraît hors de sa tente, il s’élance
en conquérant joyeux. Il parait où commence le ciel, + il s’en va
jusqu’où le ciel s’achève : rien n’échappe à son ardeur. (…)

Et
puisque c’est par l’homme que s’élève le culte, c’est l’homme qui est
et demeure le centre de toute la création. Parmi les 150 psaumes, il y
en a un bon tiers dont le sujet est uniquement la louange.

Par L’Eglise, c’est le Christ qui prie et se sacrifie

L’homme
est don le centre de toute la création ; et le mystère de l’homme
a son explication dans le Christ. Saint Augustin dit : « quand le psaume gémit, c’est le Christ qui gémit ».
Et lorsque nous rendons grâce, c’est dans le Christ que nous rendons
grâce. C’est ainsi qu’il faut comprendre la nécessité de la
création ; les biens que Lui, nous a donnés, nous les prenons à
notre tour pour les lui offrir à nouveau. Tout cela est parfaitement
résumé dans ce passage du canon romain (prière eucharistique 1) :

Offérimus
præcláræ majestáti tuæ de tuis donis ac datis hóstiam puram, hóstiam
sanctam, hóstiam immaculátam, Panem sanctum vitæ ætérnæ, et Cálicem
salútis perpétuæ.
Nous te
présentons, Dieu de gloire et de majesté, cette offrande prélevée sur
les biens que tu nous donnes, le sacrifice pur et saint, le sacrifice
parfait, pain de la vie éternelle et calice du salut.

Ce
qui est valable pour l’Eucharistie est généralement valable pour les
autres sacrements : le pain, le vin, l’eau, l’huile… C’est la
raison pour laquelle l’Eglise demande qu’il y ait toujours 30% de cire
naturelle dans les cierges, que les fleurs qui ornent l’autel soient
des fleurs coupées (en signe d’offrande) et non empotées, que les
ornements liturgiques, les aubes, soient en matériau naturel (laine,
lin, soie) ainsi que les linges d’autel. C’est la raison pour laquelle
le rite de l’offertoire était beaucoup plus long lors des premiers
siècles de l’Eglise. Toutes les offrandes étaient faites en nature.
Dans la liturgie, tout est directement issu de la création comme les
mains (impositions), les époux (mariage)… Saint Ambroise dit :
« le prêtre prête sa bouche au Christ pour qu’il puisse dire
« ceci est mon corps ». C’est un grand mystère, effrayant, de
penser que le Christ ne peut pas dire cela sans la Création, et en
l’espèce, sans le prêtre. Bossuet ajoute : « l’Eglise, c’est
le Christ continué et prolongé ». Voici le mystère de
l’Incarnation.

Origine du culte chrétien

Le
culte chrétien plonge ses racines dans la liturgie de l’Ancien
Testament. Les Hébreux sacrifiaient des animaux, et aspergeaient de
leur sang le peuple pour la purification. Il y avait déjà cette notion
de sacrifice et cette notion d’aliment mystérieux (la manne), et les
deux tables : tables du pain et de la loi. Il est intéressant
d’ailleurs pour nous de constater la convergence étymologique entre le
sacrifice et le pain par rapport au lieu de naissance de Jésus : Béthléem, c’est la maison du pain en Hébreu, et c’est bayt léham,
la maison de la viande en Arabe. La question du pain et de sa dimension
liturgique est présente sans dote dès les premiers temps du
Chritianisme, avec l’énoncé du Notre Père dans S. Matthieu (Mat. VI,
9-11) :

Pater
noster, qui es in caelis, sanctificetur nomen tuum, adveniat regnum
tuum, fiat voluntas tua,sicut in caelo, et in terra. Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie ;
Notre
Père qui es aux cieux,Que ton nom soit sanctifié,Que ton règne arrive,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, Donne-nous
aujourd’hui le pain supersubstantiel ;

On
peut regretter qu’on ne parle pas de pain supersubstantiel aujourd’hui
dans la liturgie. Il s’agit bien de l’Eucharistie, et c’est ce qui a
poussé l’Eglise petit à petit à autoriser puis encourager la
célébration quotidienne de l’Eucharistie, puis la communion quotidienne
(Cf. Pie X, 1913). Ce qui est intéressant, c’est que cette notion
eucharistique dans le Notre Père n’intervient que dans S. Matthieu, qui
a écrit le seul évangile qui n’est pas en Grec. Cette particularité est
bien relevée dans S. Jérome (le traducteur des écritures saintes en
grec et hébreu / araméen vers le latin, la « vulgate »). Le
langage de S. Matthieu devait être imprégné de ces notions, qui sont,
on l’a vu, judaïques.

Il n’y a
aucune cassure du culte entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Dès
après l’Ascension, les disciples se rendent au Temple pour y prier et
louer Dieu. Ce sont les derniers mots de l’Evangile selon S. Luc (Lc,
XXIV, 53). Après la Pentecôte, les Actes des apôtres nous décrivent les
premiers fidèles assidus à la prière et à la fraction du pain (Actes,
II, 42). L’appellation « fraction du pain » désigne bien sûr
l’Eucharistie et est propre à S. Luc, qui l’utilise également lors de
l’épisode des disciples d’Emmaüs.

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