Le baptême de Jésus : une bonne nouvelle (Baptême du Seigneur)

On se demande parfois ce que vient faire le Baptême du Christ dans le temps de la Nativité, alors qu’on n’a pas encore célébré la Présentation au Temple (2 février) et que nous serions plutôt portés à penser à l’Enfant de la crèche qu’au rabbi de Galilée.

 

La réponse est simple : l’évocation du Baptême du Seigneur a fait partie depuis toujours de la fête de l’Epiphanie, mot qui veut dire, comme chacun sait, « manifestation ». L’Eglise ancienne, qui ne s’astreignait pas à une logique linéaire, regroupait dans des moments clefs différents épisode de l’Evangile qui illustraient un des titres du Sauveur. Ici, il s’agissait de montrer comment le Verbe éternel s’était manifesté : en se faisant homme dans le sein de la Vierge, en se révélant aux bords du Jourdain comme le Serviteur destiné au sacrifice, en accomplissant son premier miracle à Cana. Dès 1960, il a été prescrit que le jour octave de l’Epiphanie serait dédié au Baptême du Seigneur.

 

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De toute façon, l’épisode du Baptême mérite bien qu’on s’y arrête. Ne fût-ce que parce qu’il n’est pas toujours bien compris. Certains s’étonnent que Jésus, le tout saint le tout pur, ait dû recevoir un baptême, comme nous qui avons besoin d’être lavés du péché originel. Bien sûr, on leur répond que le baptême que reçoit Jésus, baptême d’eau conféré par Jean le Baptiseur, n’est pas le sacrement chrétien, lequel n’a existé justement qu’à partir du Christ et de sa passion. Il n’empêche que le baptême de Jean avait une coloration nettement pénitentielle et signifiait bien, comme le symbolisme l’indique, le désir de se purifier du péché, de marquer sa conversion par un signe fort. Alors pourquoi Jésus y recourt-il ? S’agit-il seulement de nous donner une leçon d’humilité ?

 

L’enjeu est bien plus profond et on voit, dans la version de saint Matthieu que nous lisons cette année, que la question de savoir qui – de Jésus ou de Jean Baptiste – doit baptiser l’autre s’est posée dès le départ. La réponse de Jésus : « laisse faire maintenant: c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice ».  (Matthieu 3, 15 [traduction TOB]) nous laisse un peu sur notre faim, à moins de comprendre de quelle « justice » il s’agit, non pas de l’équité qui n’est pas en cause ici, mais de la conformité à la volonté de Dieu. Jésus, en se présentant au Baptême de Jean, a conscience d’accomplir un acte significatif, qui exprime sa volonté d’agir comme le Serviteur annoncé par le prophète Isaïe (on nous donne comme première lecture un passage du chapitre 42, qui en dit long sur le sujet). Pour lui, il s’agit de vaincre non en imposant de l’extérieur un plan de réformes ou de libération, mais de s’offrir lui-même, de prendre la condition humaine de l’intérieur pour la retourner et l’offrir au Père, c’est cela, la justice, et Jean peut y contribuer à sa façon en assumant le rôle qui lui est confié, malgré sa conviction d’être indigne.

 

Si tout le mal dont souffre l’homme vient du péché, la vraie libération commence par l’éloignement du péché, dans une attitude de pénitence, de contrition et de réparation. Mais l’homme est si englué dans les conséquences de son mal qu’il est plus prompt à accuser qu’à reconnaître sa faute. Au lieu de revenir humblement vers Dieu et d’assumer sa part de responsabilité, il se croit victime de la méchanceté des autres et parfois de celle qu’il prête à Dieu. Il y a si peu de rapport entre ce qu’il a pu faire de mauvais et le malheur qui l’assiège qu’il se croit victime et se durcit.

 

Jésus fait tout l’inverse : le sans-péché ne réclame pas un traitement de faveur, le juste fait la queue au milieu des pécheurs pour recevoir le baptême et demander pardon à son Dieu. Par le fait même, il commence à dénouer le lien qui retenait l’homme captif. La culpabilité mal assumée empoisonnait la vie de l’homme, comme le reconnaissent maints spécialistes des sciences humaines. Jésus seul s’est aventuré jusqu’à prendre sur lui le péché des hommes, à en porter le fardeau, la honte, et les conséquences. Et cela le mènera, comme on sait, à la Croix.

 

On comprend que cette conduite, déjà porteuse de tout ce que le Christ sera, provoque le cri d’admiration du Père « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma complaisance ! »

 

Michel GITTON

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