L’Avent : pour une espérance chrétienne

POUR UNE ESPÉRANCE CHRÉTIENE

 L’Avent, c’est bien connu, est là pour nous rappeler toute la dimension d’attente qui est et qui demeure dans notre christianisme. Ce n’est pas parce que nous croyons que le Messie est venu que nous ne l’attendons pas. Une femme dont on dit qu’elle « attend un enfant » l’a déjà en elle. « Viens, Seigneur Jésus ! » (Maranatha !) était le cri des premiers chrétiens, qui retentissait jusqu’au cœur de la prière eucharistique, c’est-à-dire au moment où le Christ est le plus proche de nous.

 

Mais l’espérance est chose rare et précieuse. Notre Saint Père Benoît XVI nous en a donné en 2007 les clefs dans son Encyclique, toujours assez mal connue des catholiques, intitulée Spe Salvi. Mais il nous faut continuer à réfléchir sur ce que veut dire une réelle attente du Christ pour nous aujourd’hui. Nous voyons comment, pour beaucoup, cette attente s’est réduite à un objectif purement moral : le retour du Christ, cela voudrait dire avant tout un progrès dans l’accueil de son message, une compréhension plus complète des exigences de la charité et de la solidarité entre les hommes, voire un achèvement de l’expérience humaine trouvant son unité dans le Christ (Teilhard de Chardin a appelé cela le point Oméga). Ainsi s’éloigne l’attente, pourtant si forte dans les débuts de l’Eglise, d’un évènement venant trouer la trame du temps et apportant un renouvellement complet de l’univers, un passage à la limite, un jugement, pour parler comme la Bible, c’est-à-dire un passage au crible, une mise à nu pour une complète transformation. Au XVIe siècle, un auteur Juif, le Maharal de Prague, avait dénoncé chez les chrétiens cet affaiblissement de l’espérance biblique, le fait que pour eux de ramener l’avenir à un approfondissement intérieur ou à une envolé mystique, laissant la réalité créée, l’histoire, le corps, à leur insignifiance au profit d’une réalité toujours plus spirituelle, jugée seule intéressante. C’est à cela que Péguy réagissait à sa façon en écrivant que le « surnaturel aussi est charnel ». Le malaise de beaucoup autour de la « résurrection de la chair » (qu’on voudrait oublier ou remplacer par sa forme plus soft : la résurrection des morts) s’explique par là.

 

Pourtant, nos frères juifs eux-mêmes manifestent sur l’espérance d’autres limites, qui pourraient peut-être nous guetter nous aussi. Dans un entretien avec le cardinal Barbarin, le Professeur David Banon en 2009 se demande « si les temps messianiques peuvent advenir » et même « s’ils doivent advenir ». L’ayant lu, on a bien le sentiment que sa réponse est plutôt négative. L’annonce des jours du Messie aurait pour fonction de remettre en cause toutes les réalisations trop proches, pour relancer le désir de plus et de mieux. Si Israël a pu rebondir aux pires moments de son histoire, c’est incontestablement parce que devant tous les démentis apportés à ses attentes par les évènements, il a vu s’élargir son horizon et se radicaliser son espérance. Est-ce à dire pour autant que l’attente du Messie doive être un horizon qui recule toujours à mesure qu’on s’avance, sa seule raison d’être étant alors de relancer notre marche ?

 

Nous ne pouvons pas croire cela, parce que nous savons que cet avenir, c’est quelqu’un, c’est Jésus venu une première fois dans notre chair. Notre bonheur n’est pas livré à une course infinie vers l’avenir, mais il est déjà secrètement présent. Certes il lui reste encore à se manifester au niveau de toute l’histoire, mais cet évènement arrivera, non dans le temps de nos calculs et de nos prévisions, non dans les imaginations trop courtes qui sont les nôtres, mais il arrivera. Un jour, un vrai jour sur nos calendriers, sera le bon.

 

Et c’est cela que nous préparerons.

 

Michel GITTON

Laisser un commentaire