L’Avent nous apprend cela (Ier dimanche de l’Avent)

Le bienfait inestimable que nous ont apporté les prophètes d’Israël est de nous aider à penser autrement que dans la répétition du « on a toujours fait comme cela », « on ne peut pas faire autrement ». A travers un jeu d’images fulgurantes, ils nous ont permis d’imaginer l’avenir autrement que comme la gestion d’un statu quo, la répétition des insuffisances d’aujourd’hui, avec tout au plus quelques améliorations pour demain. Un monde où le loup vit en bonne intelligence avec l’agneau, où les pauvres foulent de leurs pieds nus la cité orgueilleuse sans devenir les riches et les orgueilleux de demain, où la mort est vaincue pour toujours, çà n’existe pas, çà n’a jamais existé et pourtant cela sera, non parce que nous le désirons (l’aurions-nous simplement imaginé ?), mais parce que Dieu l’a promis.

 

Il y a là tout l’inverse d’un monde de conte de fées, où pendant un moment l’enfant se promène dans un jardin enchanté, délivré des contraintes du réel. Le prophète ne nie pas la réalité, au contraire il l’a voit d’un œil plus exact que nous, il sait sa dureté insupportable, il connaît les ressorts cachés du mal qui défigure le plan de Dieu. S’il annonce un avenir différent, ce n’est pas par un simple retournement de situation plus ou moins fantasmé, c’est parce qu’il y a plus réel que le mal: la volonté du Dieu créateur qui a disposé un univers pour l’homme son enfant bien-aimé. Si le mal a pu se diffuser et rendre méconnaissable l’œuvre du Créateur, celle-ci n’est pas abrogée pour autant et Dieu aura sa façon à lui de lui donner un avenir, encore bien plus beau que le point de départ.

 

Voilà pourquoi il faut, pendant l’Avent nous mettre à l’école des Prophètes. Nous ne comprendrons rien à ce que Jésus veut pour nous, si nous restons engoncés dans la perspective de l’inéluctable. Tout au plus aurait-il le droit de changer les significations, de donner un nouvel éclairage aux réalités de ce monde, qui, elles, continueraient, parfaitement inchangées. L’audace de notre foi catholique, c’est de croire que Dieu peut changer quelque chose au réel, même maintenant. Il peut faire de ce que tout le monde prend pour du pain le corps de chair de son Fils, comme il pu transformer le cadavre d’un mort de plusieurs jours en un Vivant à jamais. Et cela ne fait que commencer.

 

Je suis frappé de la résignation avec laquelle beaucoup de chrétiens envisagent leur vie. Certes, nous avons appris à ne pas rêver, à ne pas croire trop vite qu’on peut tout changer, parce qu’on a eu un coup de cœur et qu’on a cru qu’on était parti pour la grande aventure. Mais c’est quand même vrai que notre baptême nous a changés, que Dieu a inséré au fond de notre cœur le germe de vie qui défie la mort. La difficulté, c’est que ce changement est si profond, si intime et donc si caché, qu’il laisse en apparence subsister le cours du monde, comme si rien ne s’était passé : le petit d’homme reste capricieux et possessif, l’adulte prend des habitudes qui ne le lâchent pas, les élans retombent, même après une retraite ou un pèlerinage.

C’est là que commence le domaine de la foi. Jésus nous dit que si nous en avions un tant soit peu, fût-ce comme un grain de sénevé, nous dirions à un grand arbre de se déraciner et d’aller se planter dans la mer et il le ferait. Notre foi, c’est de croire en la parole qui nous a été dite : « voici que je fais toute choses nouvelles », « prends ton grabat et marche » et de faire fond sur elle. Oui, Jésus m’a fait neuf, il ne me manque que d’y croire, d’exercer ma liberté, de repartir, de tendre vers les biens qu’il me promet, de miser sur la sainteté non pas seulement possible, mais déjà réelle, déjà presque touchée à certains moments. Et ce changement, fugitivement entrevu, il n’est pas seulement celui de mon « âme », il est déjà en germe celui de mon corps investi soudain de forces inexplicables, rendu comme léger, parfois même transparent au feu qui l’habite. Ce changement, il est celui de nos communautés, qui, même insérées dan la médiocrité du quotidien, soumises au lois de la sociologie autant qu’on voudra, deviennent un jour contre toute attente porteuses de paix, et ferments de renouveau pour le monde qui nous entoure.

 

L’Avent nous apprend cela, ne le perdons pas.

 

Michel GITTON

 

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