Laissez-vous conduire par l’Esprit

Saint Paul nous enseigne les principes de la liberté chrétienne, note juste, pas si facile à trouver, entre la contrainte et le laissez aller.

 
Il faut se rappeler qu’il s’agit avant tout pour lui d’éviter un retour en arrière à ses correspondants tentés par la sécurité des observances juives : non que celles-ci soient mauvaises, mais pour qui a goûté à la nouveauté du Christ, à l’expérience de la gratuité du don de Dieu, vouloir en plus la garantie d’un système légal prétendu apte à justifier l’homme, c’est nier le bienfait absolument immérité qu’on a reçu, c’est « reprendre les chaînes de [notre] ancien esclavage ».

 
Mais on voit aussitôt le danger d’en déduire que tout est permis et qu’on est tellement sûr de la miséricorde qu’on n’a plus à se fixer de règles. Saint Paul réagit de toutes ses forces contre cet amoralisme, qui s’est souvent levé sur les pas des juifs et des chrétiens, chaque fois qu’ils prétendaient brûler les étapes et se tenir déjà au-delà du bien et du mal, dans le Royaume.

 

Pour nous faire comprendre ce dont il s’agit, il nous introduit dans la dialectique de la chair et de l’esprit, qui n’a rien à voir, entre parenthèses, avec la distinction de l’âme et du corps. Pour lui, la chair, c’est l’homme livré à lui-même, centré sur son moi, désireux de se construire par ses propres forces. Cet homme « charnel » peut se livrer tout autant à la débauche qu’au légalisme, c’est le même égoïsme qui est à l’œuvre : il cherche à s’engraisser au dépens des autres, il ne voit Dieu que comme le moyen de parvenir à ses fins. Tout autre est évidemment l’homme « spirituel », c’est-à-dire, l’homme sous la mouvance de l’Esprit, l’homme qui vit, au lieu d’être un mort en sursis. Le spirituel, c’est celui qui est capable d’aimer, parce qu’il sait se renoncer. Il a vu la supériorité de l’être sur l’avoir, il est libre.

 
La vie dans l’Esprit est un exercice très particulier, il s’agit d’apprendre à faire grandir cette liberté qui nous a été donnée au baptême, mais dont nous sommes toujours tentés de déchoir. Les commandements y ont leur place comme garde-fou, mais nous ne pouvons vraiment les pratiquer qu’en vivant dans la charité, c’est-à-dire en allant au-delà, jusqu’au bout du don, comme le Seigneur nous le montre si bien dans le Sermon su la Montagne : « si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens… » Quand nous nous sommes profondément abaissés devant nos frères, quand nous avons fait deux cents pas avec eux au lieu des cent qu’ils nous demandaient, pouvons-nous encore les frapper ou leur mal parler?

 
La vie de l’Esprit en nous n’est pas tracée d’avance, même si le bien que nous avons à faire est objectif. L’Esprit nous le montre non pas comme l’accomplissement d’un programme fixé, mais comme la joyeuse réponse à une invitation pour aujourd’hui. Au lieu d’une montagne à soulever, ou d’un plan quinquennal à mettre en place, c’est ce oui pour maintenant, cette réponse qui ne peut attendre et qui fera chanter demain.

 
L’Esprit nous faire voir notre vie comme le terrain où s’expérimente notre nouveauté baptismale. Certes la « chair «  au sens de  saint Paul est toujours là, et nous voyons parfois de tristes reliquats de notre homme ancien qui remontent à la surface. Mais même cela ne doit pas nous arrêter ; s’attrister est encore une complaisance, un retour en arrière. Allons de l’avant, là où l’Esprit nous entraîne et nous dessine d’imprévisibles chemins.

 
La Loi nouvelle, c’est le Saint Esprit inscrivant des chemins nouveaux dans notre âme, et nous rendant inventifs dans l’amour. Là où si souvent nous faisons l’expérience d’une situation bloquée, où nous campons sur notre bon droit face aux autres, l’Esprit suggère des « sorties » inattendues, des démarches qui prennent de court les rancunes et mettent un sourire dans le sérieux mortel de nos conflit.

 
Michel GITTON

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