La prière pour les Juifs du Vendredi Saint.

D’aucuns connaissent probablement la controverse récente concernant la nouvelle prière pour les Juifs du Vendredi saint dans la forme extraordinaire du rite romain. Rappel de contexte, pour tous ceux qui « ne sont pas au jus » : dans le missel de 1962, on avait, depuis Jean XXIII (qui avait fait supprimer la mention « perfide » – qui a un lien avec la Foi, mais non avec la « perfidie ») :

« Prions aussi pour les juifs afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur. (…) Dieu qui n’exclut pas même les juifs de la miséricorde, exauce nos prières que nous t’adressons pour l’aveuglement de ce peuple, afin qu’ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres. »

Cette prière a été remplacée par la suivante :

« Prions aussi pour les juifs, afin que notre Seigneur et Dieu illumine leurs cœurs, et qu’ils reconnaissent le sauveur de tous les hommes. (…) Dieu éternel et tout-puissant, qui veux que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité, fais que, la plénitude des nations entrant dans ton Eglise, tout Israël soit sauvé. »

Cette modification de la prière universelle du vendredi Saint pour les Juifs rencontre toujours des oppositions ; en effet, il est fait explicitement mention d’une conversion des Juifs : en effet il s’agit bien d’amener les Juifs, d’une façon qui nous appartient en tant que catholiques – ou pas ( ?) à reconnaître Jésus comme Messie. Cela choque les tenants du dialogue judéo-catholique autant que le baptême de Magdi Cristiano Allam choque les tenants du dialogue islamo-chrétien. Le tout en s’appuyant sur la déclaration du Concile Vatican II sur les religions non chrétiennes, Nostra Aetate… Vatican II aurait, pour les Juifs comme pour les Musulmans, supprimé toute velléité d’apostolat et de conversion ?

Rien n’est moins sûr. Expliquons nous : la prière modifiée ne concerne qu’un parie infinitésimale des fidèles catholiques ; ceux qui sont de rite romain, utilisent la forme extraordinaire, et acceptent cette modification de l’ordo demandée par Benoît XVI (cela exclut tous ceux qui, rattachés à la Fraternité S. Pie X de Feu Mgr Lefebvre, rejettent toute idée de modification de cette prière, et bien sûr les autres « indépendants » et « sédévacantistes » de toute sorte.)

Le plus cocasse dans cette affaire, c’est que les médias restent absolument silencieux sur le fait que les catholiques utilisant la forme ordinaire du rite romain (c’est-à-dire l’immense majorité des catholiques) et le pape lui-même on prié et prieront explicitement pour la conversion des Juifs le jour de Pâques lui-même et à plusieurs autres occasions, cette année, dans la liturgie romaine, forme ordinaire (c’est-à-dire sa version d’après le Concile Vatican II) !

Voici donc ce que l’Eglise demande, dans la liturgie du Concile Vatican II : 

Laudes du 31 décembre :

Christe, Deus et homo, qui Dóminus es David et fílius eius, prophetías adímplens,

— te rogámus, ut Israel te Messíam agnóscat.

 Ières Vêpres du VII° dimanche de Pâques :

Omnes gentes tibi regi et Deo psallant,

— et Israel fiat posséssio tua.

 Vêpres du mercredi de la II° et de la IV° semaine de Pâques :

Tu, qui primítias discipulórum Fílii tui ex Iudáico pópulo elegísti,

— fíliis Israel repromissiónem revéla, quæ ad patres eórum facta est.

 Vêpres de Pâques,  III° et V° dimanche de Pâques :

Israel in te Christum spei suæ agnóscat,

— et omnis terra cognitióne tuæ glóriæ repleátur.

 Donc, si l’on compte bien, la liturgie romaine dans sa forme ordinaire, prie pas moins de sept fois pour la conversion des Juifs au catholicisme.

Et le pape Benoît XVI, dans sa modification de la prière du Vendredi Saint de la forme extraordinaire, ne fait que reprendre une doctrine qui est abondamment explicitée dans la liturgie romaine ordinaire (post – conciliaire) depuis 40 ans…

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