La prière dans le chant Liturgique

D’où vient le chant
liturgique ? Pourquoi avons-nous des problèmes avec les chantres
(autoproclamés « animateurs liturgiques ») dans nos paroisses ?

En reprenant l’interview du Très Révérend Père dom Robert Guillot, abbé de Ganagobie, par le magazine Rythme et Raison, ce moine bénédictin nous plusieurs clés de compréhension de l’origine du chant liturgique.

TRP Dom Guillot : Au
commencement était le Verbe, la Parole : vous reconnaissez là le début
de l’évangile selon st Jean ; mais c’est bien cela l’origine du chant
grégorien : au commencement, il y a l’Écriture Sainte, la Parole de
Dieu et plus particulièrement les Psaumes, ces prières pensées en
hébreu, puis traduites en latin. Pour les dire ensemble et les
prononcer correctement, on est aidé par la rythmique propre du psaume,
de la poésie hébraïque et surtout par l’appui rythmique que donne
l’accent des mots latins.

Le chant Liturgique vient donc de
l’Hébreu et du Latin formant toutes deux des langues accentuées, donc
avec une mélodie « intérieur ». D’ailleurs, souvent on considère que pour
bien prononcer le Latin, il faut prendre l’accent de Marseille, accent
chantant.

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de chanter la Parole de Dieu et non n’importe quel texte.

Le chant Liturgique a des origines simple : proclamer la Parole de Dieu dans une langue chantante.

Par la suite, la mélodie s’est
développée tout en restant centrée sur le texte et sans chercher à
prendre la première place dans la globalité du chant. La mélodie est
toujours restée en retrait de la Parole de Dieu par son tempo et en
plaçant les ornements décoratifs surtout sur les mots clés de la Parole
de Dieu.

Par exemple : psaume graduel « Christus
factus est » pour le Dimanche de la Passion où la mélodie point sur les
mots « pro nobis » [pour nous] puis sur le mot « obédiens » [obéissant]
pour rappeler le coeur de se passage : l’obéissance du Christ à son
Père par Amour pour les Hommes.

Si le chant Liturgique était
l’expression chantée de la Parole de Dieu, pourquoi trouvons-nous
parfois que les chants de la Messe ne nous amène pas à la prière ?

TRP Dom Guillot : Il ne
faudrait pas croire que parce qu’il y a chant, il y a louange ; et
inversement, que parce qu’il y a louange, il doit y avoir chant. Pour
nous, le chant n’est qu’un moyen, excellent certes, mais qu’un moyen
d’exprimer ensemble une prière ; ce qui va permettre d’ailleurs à celui
qui n’a pas de voix, qui n’a pas d’oreille, n’est que peu sensible à la
musique, ne fait pas de différence entre un ton et un demi-ton, de
prendre malgré tout une part active à notre chant.

Le concile Vatican II a demandé qu’en
matière de Liturgie les fidèles laïcs aient une participation pleine,
consciente et active. Une mauvaise lecture entretenue encore
aujourd’hui veut que la participation active se fasse forcément de
façon vocale. On cherche à faire chanter l’assemblée à tout moment. Or
pour cela, il faut des chants simples.

Les compositions modernes et
contemporaines ne cherchent plus à mettre la Parole de Dieu et s’en
sont éloignées sous prétexte de donner des paroles simples avec des
mélodies simples pour les assemblées dominicales.

Or dans ce comportement, nous sommes à l’inverse du chant Liturgique.

De plus, nous sommes aujourd’hui dans
période où les valeurs et l’éducation de la société prédominent sur les
valeurs et l’éducation chrétienne. C’est-à-dire que nous nous
retrouvons plus facilement à concilier nos divers centres d’intérêt,
nos croyances personnelles en discutant et négociant avec les
« autres » plutôt que d’accepter la Vérité de l’Eglise et notamment ses
normes.

Concrètement, nous allons chercher à
utiliser des chants attirants pour une frange de la population et à
transformer la Messe pour la faire coller à des modes. Au lieu de cela,
nous devrions chercher à appliquer les normes Liturgiques tout en
cherchant à les comprendre. Cette démarche nous permettrait de grandir
dans la Foi et rendrait nos Liturgie plus belles, plus authentiques et
surtout plus priantes. Pour cela, il faut faire acte d’obéissance
envers l’Eglise, comme le Christ l’a fait envers son Père pour nous
sauver.

Alors se pose la question : pourquoi
nos célébrations ne sont-elles pas dans la pleine obéissance de
l’Eglise ? Pourquoi avons-nous des célébrations « sur-mesures » ?

TRP Dom Guillot : Un
chœur de moines, ce sont de braves gens qui viennent dans un monastère
parce qu’ils pensent trouver Dieu en suivant ce style de vie.
Secondairement, ils s’aperçoivent que cet engagement implique une vie
liturgique dans laquelle il y aura du chant, et qu’ils devront chanter,
même si cela ne leur est pas facile. Au contraire, dans une chorale, il
y a des gens qui font de la musique, qui aiment et cultivent leur art
et qui ne pensent pas toujours à ce qu’ils disent quand ils chantent ;
au mieux, dans ces chorales, la prière ne vient qu’après, elle est
comme plaquée par-dessus, elle ne vient pas de l’intérieur.

Nous retrouvons un thème très courant :
la vie de prière. Voilà ce qu’il manque aux responsables du choix des
chants dans nos paroisses. Même si les différents « chantres » ont une
vie de prière personnelle, il leur faut une vie de prière propre à leur
équipe au service de la Liturgie.

Il leur faut également accepter de se
former à la Liturgie et accepter le message de l’Eglise, puisqu’ils
devront le transmettre par le chant.

La fonction de chantre ne s’improvise
pas. Même si on a les capacités à diriger une chorale ou une assemblée,
si on ne sait ce qu’est vraiment la Liturgie et quels sont ses moyens,
on ne sera qu’un piètre serviteur de cette dernière.

Connaître le calendrier Liturgique et
des chants « cathos » sont une chose, savoir que le thème de la Messe
de l’aurore au matin de Noël est « Dieu lumière qui se révèle aux
nations » relève de l’Amour et de l’étude de la Liturgie.

En conclusion, le chant Liturgique doit
être une vraie source de prière et de vie de prière. Le meilleur
exemple que nous ayons est celui des moines qui rythment leurs journées
avec la Liturgies des Heures et la Messe. Ces Liturgies utilisent le
chant Liturgique depuis la fondation des différents Ordres. Les
chantres Liturgiques doivent prendre exemple sur ces Ordres et plus
particulièrement le liens qu’ils font entre Liturgie – Prière- chant.

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