La messe (dite « de Paul VI ») en latin et en chant grégorien, pourquoi pas ?

Voici un livre qui, avec l'aide de Dieu, fera date : Denis Crouan, le docteur en théologie catholique bien connu de Pro Liturgia n'hésite pas ici à mettre les pieds dans le plat. Il nous parle de la messe latine, oui, bien sûr, mais avec l'ordo actuel (2002), c'est à dire tout simplement ni la messe de S. Pie V, ni la Messe de Paul VI, mais la messe selon le missel promulgué par Jean-Paul II !

L'avons-nous assez souligné sur ce site web ? Peut être pas : il est tout à fait légitime de célébrer la messe entièrement en chant grégorien mais aussi entièrement en latin. Et c'est tout à fait conforme au concile Vatican II !

Mais ceci est bien connu par nos lecteurs. Ce qu'ils ne connaissent pas forcément, c'est justement que tout cela a un réel sens notamment pastoral. Oui, vous avez bien lu, pastoral

A la veille de la Pentecôte, qui est justement la fête linguistique par excellence, nous ne résistons pas à la tentation de vous donner un avant goût de cet excellent ouvrage, qu'il faut vous précipiter d'aller acheter chez Téqui, dont la librairie est près de la place S. Sulpice, à Paris, en face de la Procure !

 

 

Or, un phénomène proche de celui qui s’est déroulé la première Pentecôte peut se produire, toutes proportions gardées, quand une langue telle que le latin (ou tout autre langue ancienne traditionnellement utilisée dans un cadre rituel) est mise au service de la liturgie : chaque fidèle traduit spontanément cette langue en un langage personnel. Certes, cette sorte de traduction n’offre aucune garantie du point de vue grammatical ni du point de vue du sens exact des paroles entendues, mais au fond, peu importe puisqu’il ne s’agit pas tant d’obtenir une transposition exacte du texte que d’obtenir une saisie de la parole liturgique qui, tout en demeurant toujours juste puisqu’elle vient de l’Église, peut varier infiniment selon la grâce reçue, selon les dispositions personnelles, selon les circonstances et les besoins secrets de l’âme. La traduction dont il est question ici a ceci de particulier qu’elle se situe sur le plan mystique, spirituel : là où chaque âme a toutes les bonnes raisons d’être touchée individuellement. On me permettra d’illustrer ici mon propos à l’aide d’une histoire vécue. Dans un village d’Alsace où j’étais organiste, il y avait un vieux chantre fidèle parmi les fidèles, et entièrement dévoué à la paroisse depuis de très longues années. N’ayant fréquenté que l’école communale, il ne savait évidemment pas le latin. Or, un jour qu’il était monté à la tribune de l’église paroissiale pour chanter une messe de Requiem à l’occasion du décès d’une paroissienne, il fut meurtri jusqu’au fond de l’âme en apprenant que le nouveau curé, qui venait tout juste d’être nommé dans la paroisse, ne voulait plus qu’on chante en grégorien la messe des funérailles comme cela s’était toujours fait jusqu’alors. Refermant avec tristesse son livre de messe plein d’images pieuses et dont les pages se décollaient à force d’avoir été tournées et retournées, le vieux chantre se pencha vers moi, alors que j’étais déjà en train de préluder aux claviers de l’orgue, et me dit à l’oreille, en dialecte alsacien (car, vu son âge, il ne s’exprimait avec facilité qu’en dialecte) : « Si on ne chante pas la messe des défunts en latin comme on a toujours fait, alors je ne comprendrai plus rien…»

 

Et oui : une justesse pénétrante d'analyse qui fait voler en éclat les revendications pastoralo-bobo de beaucoup d'équipes d'animation pastorales (EAP). Et qui peut être renforcée par une anecdote vécue tout simplement par un maître de choeur grégorianiste de la région parisienne : Pâques 2006, à la fin de l'introït "Resurrexi", une dame – noire (je n'écris pas pas "de couleur") – originaire d'Afrique de l'ouest (parce que cette paroisse n'était pas une paroisse cossue et bourgeoise de l'ouest parisien) me dit : "j'espère que vous allez chanter autre chose en latin, quand même". Et à la fin de la messe (seuls l'introït, la séquence et la communion avaient été chantés en grégorien), furieuse : "quand même, je ne comprends pas, chez nous – au village – nous avons droit à toute la messe en latin et en chant grégorien !". Et je peux vous assurer que non seulement elle connaissait mais qu'en plus elle a uni sa voix au chant de chacune des trois pièces du propre, sans la partition ! Par coeur, c'est à dire de façon on ne peut plus conforme à la plus haute tradition grégorienne…

Alors, le chant grégorien, élitiste ? Ce sont les personnes réputées les plus "humbles" qui en redemandent ! Faisons cesser  la désinformation sur la question. Le monde attend que l'Eglise redevienne une société de louange. Les plus démunis socialement sont manifestement loin d'être les plus démunis spirituellement… Saint Exupéry décrivait, la veille de sa mort : "il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. Si j'avais la foi, il est bien certain que je ne supporterais plus que Solesmes.". Certains disent que leur problème a eux, précisément, c'est qu'ils ont la Foi. Et qu'ils sont donc bien près de ne plus supporter que Solesmes. Comme je les comprends !

C'est aussi l'abbé Berto qui rappelait : "Le seul luxe des pauvres, c'est le luxe en religion ; Chartres est à eux, Reims est à eux, on ne paie rien pour entrer. Le grégorien aussi est à eux, moyennant qu'on le leur apprenne; c'est cela, servir les pauvres !  "

Alors qu'attendons-nous ? 

COMMENTS

  • ADRIEN (Prénom de mon anagramme)

    Pour essayer de réconcilier dans une même messes les traditionalistes et la majorité des catholiques, vous proposez la messe de Paul VI mais en latin !!!

    Une autre solution serait à l’inverse de garder la messe d’avant Vatican II mais entièrement en langue du pays de la célébration de la messe. C’est-à-dire en français en France.

    Si vous le permettez, les prochains commentaires vont :
    – — vous expliquer la souffrance de ceux qui ne comprennent rien au latin et la logique de son élimination puisque ce n’est qu’une langue morte pour le peuple.

    —- Vous expliquer pourquoi pendant les messes actuelles, les prières qui doit être logiquement chantées par le peuple sont les otages d’auteurs et compositeurs, de chorales et de Services liturgiques qui font tout, probablement inconsciemment, pour que le peuple ne chante plus comment cela se fait dans la liturgie d’avant Vatican II.
    Merci de votre attention :

    Langue et musique à la messe actuellement.(1)

    Quand on a 76 ans et que, dès 5 ou 6 ans, on va « TALA » messe, (comme disaient les étudiants du Centre Richelieu de la Sorbonne vers les années 50) on a connu l’évolution de la liturgie des messes dès 1941 jusqu’à maintenant.
    Que d’évolutions : Changement de place de l’autel pour la communion solennelle de juin 1946, mise à jour des cérémonies de Pâques par PieXII, changement de style des vêtements sacerdotaux, certaines lectures par les femmes, etc… etc… etc… et tout cela bien avant Vatican II !

    Déjà au sujet de ces changements presque « préhistoriques », une petite remarque :
    Seules les personnes très âgées, comme moi, ont connu ces changements. Elles pourraient avoir l’excuse d’une nostalgie due à l’âge.

    Alors pourquoi certains, beaucoup plus jeunes remettent ces manières d’un autre siècle comme celle du prêtre tournant le dos aux fidèles. Il parait que le Pape et même l’archevêque de Paris auraient dit ainsi la messe dernièrement. Pourquoi revenir en arrière ? Cette information est à vérifier et il faut espérer qu’elle est fausse.
    Pour clore cette parenthèse il faut revenir à la messe avant Vatican II.
    Toujours que du latin pour les prières de la messe et la consécration. Chose la plus pénible pour un enfant et même pour un adulte. La messe était une triste épreuve de version latine comme à l’école.

    Entendre le prêtre, écouter une chorale ou dire soi-même en latin tout en lisant la traduction sur le livre de messe, une vraie galère !

    Naturellement aucun sentiment de prière vis-à-vis de Dieu dans cet exercice déplorable.

    Mais, enfant, adolescent ou même jeune adulte, aucune question ne se posait car étant dans cette ambiance, on pensait que seul l’utilisation du latin, comme un peu une formule magique, était la seule langue permettant la transsubstantiation du pain en corps du Christ. Ce miracle était le centre de la foi et l’on aurait accepté n’importe quoi pour s’assurer de la présence du Christ sur l’autel puis en nous. Le latin était le « Sésame ouvre-toi » de la venue du Christ en nous. Enfin c’était non formulé, ni par l’Eglise, ni par nous même, mais c’était dans notre subconscient.
    Quelle libération quand, enfin, les prières chantées du peuple n’étaient que la prière sans être gâchée par un exercice de version latine, grâce à Vatican II.
    Prions les uns pour les autres dans l’Amour, la Grâce, la Communion et la Miséricorde de la Sainte Trinité
    ADRIEN

    • admin

      Adrien,
      Vous me semblez essayer de proposer des arguments qui sont d’un autre âge… Que dis-je ? Qui sont de votre âge. Aucun d’entre nous ne cherche à faire de la nostalgie pour une époque qu’il ‘a pas connue. Par contre vous oui…
      S’il vous plaît arrêtez de croire que c’est vous qui êtes à la pointe du progrès et des avancées de l’Eglise. Aucun d’entre nous n’a 76 ans, et c’est très bien, notre grille d’analyse su la situation de Eglise et de sa liturgie n’est pas la vôtre.

      Par ailleurs, vous citez des textes qu’apparemment vous n’avez pas lus, comme la plupart des gens de votre génération qui ont confondu mai 68 et Vatican II. Votre approche est tellement polarisée entre l’avant et l’après un évènement que vous mythifiez, Vatican II, qu’elle en devient ridicule. Faites nous le plaisir de sortir de l’idéologie et regardez ce que la Révélation vous propose, ce que le Magistère vous enseigne, et convertissez vous. Il n’est pas trop tard.
      Regardez le vrai Vatican II, c’est à dire les textes tels qu’ils ont été promulgués, et pas ce qu’on vous en a dit, ou ce que vous avez voulu y voir à l’époque.
      La réforme de la vigile pascale par Pie XII a justement été reprise et changée (en mieux !) par … Paul VI ! Mais ce n’est pas le seul exemple. Plusieurs autres évolutions auront encore lieu dans le même sens. Ne soyez pas nostalgique.

      Je prie pour vous.

  • ADRIEN (Prénom de mon anagramme)

    Mes commentaires, qui ont suivi le premier, ne présentent aucune nostalgie mais seulement de la logique.

    Ce n’est pas très sympa de retourner le problème. Mais j’ai déjà entendu ce raisonnement par des traditionalistes.

    Très belle technique diplomatique !!!!

    Moi aussi, je prie pour vous et sans rancune. De la discutions jaillit la lumière, pourvu que chacun veut bien lire et comprendre ce que les autres expriment.

    Je n’ai attaqué personne comme vous le faite vis à vis de moi.

    Je suppose que vous aller refuser de mettre mes autres commentaires.

    Prions les uns pour les autres dans l’Amour, la Grâce, la Communion et la Miséricorde de la Sainte Trinité
    ADRIEN

    • admin

      Mais si, Adrien, ces commentaires expriment la nostalgie de votre génération, qui croyait voir advenir une nouvelle ère par la sécularisation des consciences, de la prière et du christianisme. Ce n’est pas ça qu’il s’est passé, ni que se passera. Ouvrez les yeux, nous ne sommes précisément plus au XXème siècle c’est à dire siècle dernier,.

      Je ne vois pas l’intérêt de publier vos autres commentaires qui reprennent de façon répétitive tous les arguments éculés passés de mode depuis 1990. Et nous vous plaignez pas de ne pas avoir « voix au chapitre ici », tout votre argumentaire idéologique a été servi resservi et encore resservi jusqu’à la nausée par tous les médias réputés officiels depuis 50 ans. Permettez à internet d’être encore un endroit où on puisse s’exprimer sans avoir en plus la crainte de devoir se plier au diktat de la pensée unique qui Dieu merci est de moins en moins majoritaire.
      Les consciences se réveillent.

      Vous mettez « j’ai déjà entendu ce raisonnement par des traditionalistes »… Mais où avez vous vu que nous sommes traditionalistes ? C’est bien le fond du problème. Vous voudriez bien qu’on le soit, ça vous arrangerait, ça vous permettrait de nous mettre dans une petite case et de nous inonder de vos commentaires pré-rédigés et prédigérés, qui ne commentent rien mais qui cherchent juste à vous enfoncer vous mêmes dans une idéologie qui en réalité non seulement fait du mal à l’Eglise mais va contre vous même, votre foi et votre relation à Jésus-Christ.

      Evidemment comme je ne mâche pas mes mots avec vous, vous prétendrez que je vous attaque. Mais non: je vous mets en face de votre propre discours et je vous invite non pas à nous fournir votre argumentaire que nous connaissons par coeur, mais à penser par vous-même, à essayer de remettre en cause le discours dans lequel vous avez été conditionné pendant 50 ans : bref, à dialoguer, en vérité.

      Ce site web a pour objectif d’être un lieu de réflexion. Les contributions sont acceptées à condition d’être emprunte d’une véritable volonté de dialogue. Ce que les 6 commentaires que vous avez proposé ne sont pas, et c’est pourquoi ils ne seront pas publiés. Nous n’avons que faire d’un discours pontifiant et méprisant qui prétend nous expliquer la vie, à nous « petits jeunes qui n’avons rien compris au Concile et aux souffrance du peuple ».
      Vos contributions seront donc acceptées si vous changez de ton et que vous acceptez de regarder la vérité, la révélation et le magistère en face. A ce moment là, nous pourrons essayer d’entamer correctement un dialogue fructueux.
      Bien à vous.

  • ADRIEN (Prénom de mon anagramme)

    J’ai entendu, il y a quelques temps à Radio Notre Dame la citation ci-dessous de je ne sais plus quel auteur.

    « Je ne dis pas que j’ai raison mais j’ai raison de dire ce que je pense »

    Faites de même

    Que vous ne publiez pas mes textes cela m’est bien égal. Je ne cherche pas à faire de la publicité personnelle.
    Mais je vous demande simplement de les lire pour vous même.

    C’est pourquoi je pense continuer à vous les envoyer.

    Je ne vois pas en quoi mon ton ne vous convient pas. Je comprendrais mieux que vous disiez que c’est le contenu qui ne vous plait pas. La vrai est bonne discution est justement entre des avis différents.

    Si tout le monde doit penser la même chose où est le dialogue.

    Car j’ai aussi des problèmes avec la messe telle qu’elle est dite actuellement.
    Et cela risque de vous plaire !!!

    Prions les uns pour les autres dans l’Amour, la Grâce, la Communion et la Miséricorde de la Sainte Trinité

    ADRIEN

    • admin

      Le contenu de ce que vous dites, nous le connaissons par coeur. Votre argumentaire n’est absolument pas innovant. Bien au contraire. Vous ne nous apprenez rien… Oui, c’est bien votre ton qui pose problème. Parce que ce que vous proposez ce n’est pas une réflexion, c’est un discours tout fait.
      Cependant, je suis très heureux de constater que vous ne dites pas que vous avez raison. Peut-être dans ces conditions pouvons nous espérer que vous changiez d’avis. Même à votre âge, vous pouvez encore vous convertir…
      Et puis, il y ad’autres radios chrétiennes que Radio Notre-Dame… Je vous dis ça comme ça en passant.

  • Aline-Marie

    Je me permets de mettre mon avis personnel sur cette discussion.
    « le peuple », c’est beaucoup de monde et les souffrances ne sont pas toutes pareilles. Je peux dire la mienne à moi, qui fais quand même un peu partie du « peuple » : ma souffrance a été depuis le début de ma conversion au catholicisme (j’étais protestante) de voir beaucoup de catholiques mépriser leur
    splendide tradition ou en avoir honte. Je n’ai jamais pu comprendre cela !
    Souffrance actuelle encore d’être regardée de très haut parce que je chante le dimanche dans une communauté « tradi » (le seul lieu de ma région où le grégorien est encore sauvegardé intégralement…); d’être traitée d’intégriste et de m’entendre dire que n’ai qu’à « aller chez les Lefèvristes », juste parce que je désire que la liturgie (rénovée d’après Vatican II) soit tout simplement respectée. Souffrance de n’avoir rien en paroisse entre la liturgie francophone gnian-gnian à souhait, et le rubricisme tradi, fermé à toute évolution : et pourtant, la liturgie (latine) rénovée est si riche, je m’en émerveille chaque jour ! Le latin demande certes un effort supplémentaire pour être compris et médité, mais cet effort en vaut la chandelle ! Ou alors vais-je refuser de grimper une colline pour voir le beau panorama, en argumentant que cela va me fatiguer ?? Et pour ceux qui sont vraiment allergiques, on ne peut pas dire que ce sont les liturgies en vernaculaire qui manquent ! Alors, que ceux qui refusent la latin vivent la liturgie en français qui foisonne, et respectent ceux qui préfèrent le latin, qui est et reste la langue universelle de l’Eglise. Merci.

  • ElisabethA

    Avant de faire des commentaires je vous conseille de « pratiquer » chacun des rituels un certain temps. Ensuite vous pourrez émettre un avis personnel, qui ne sera pas forcément éclairé mais qui aura au moins le mérite d’être documenté à partir d’un vrai vécu.
    Le problème que rencontre l’église catholique à l’heure actuelle avec ses multiples rituels vient surtout du fait que chacun donne son avis. Vous trouverez ainsi tout et son contraire et parmi tout cela l’avis du démon dont nous pouvons nous passer. Comptez sur ce dernier pour vous conseiller de faire tout pour lui laisser la place.
    Ceci dit je me garderai de donner mon avis ne voulant pas faire la preuve de ce qui précède.

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