La liturgie, célébration de la Parole de Dieu (II)

Suite de notre série sur la Parole de Dieu.
2 L’Ecriture Sainte, la Parole de Dieu et la Liturgie dans leurs rapports mutuels

Rien de tout cela n’est un hasard. Dans le plan divin, la Messe autant que la Parole de Dieu nous sont données pour notre salut, pour nous aider à pénétrer le mystère, et unifier nos vies à la Sienne (Cf. 2Thim 3,15-16 et Jn 20,31). Dans la Messe, l’Ecriture sainte devient effective. Notre culte est transformé justement parce  que c’est dans la liturgie que les extraits de la Bible que nous entendons – mots humains – sont pleinement la parole de Dieu (Cf. 1 Thess 2,13). C’est le sens profond de l’acclamation  « Verbum Domini – Deo Gratias » « Parole du Seigneur – Nous rendons grâce à Dieu » que nous chantons à la fin de chacune des lectures à la Messe. Seule la Parole sacrée de Dieu peut transsubstantier du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ. La signification de la Bible et son but sont entièrement réalisés dans la liturgie et plus particulièrement en son centre, la Messe. La Parole de Dieu devient alors « Esprit et Vie » et « les Paroles de la Vie éternelle » (Cf. Jn 6,63 et 69).
La liturgie comme « incarnation » de la Parole divine, son support biblique a sans doute été beaucoup trop laissé de côté dans le catholicisme de ces derniers siècles. Vatican II a voulu replacer tout cela dans la bonne perspective mais il est exact que même 40 années après le Concile, la richesse de cette signification profonde n’est pas encore perçue par la plupart des fidèles.
Lors de l’année de l’Eucharistie instituée par Jean-Paul II, Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, avait quant à lui institué une « année de la Parole » ; certains fidèles avaient dénoncé cet état de fait en cherchant à opposer les directives de leur évêque à celles de Rome. On voit bien qu’en réalité, la connexion entre Eucharistie et Parole est tellement forte qu’avec cette réflexion diocésaine, on peut largement affirmer les fidèles de Nanterre n’ont pas été lésés, bien au contraire ! Il ne s’agit même pas de « complémentarité » entre les deux approches, entre les deux sujets. Il s’agit bel et bien de la même réalité, qui est proprement une réalité liturgique.
A ce sujet précis, il faut rappeler quelques éléments tirés de l’enseignement du concile :
Dei Verbum n°21 :
« L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle fait pour le Corps même du Seigneur, puisqu’elle ne cesse, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table qui est celle de la Parole de Dieu aussi bien que du Corps du Christ et de le présenter aux fidèles ».
Mais c’est surtout Sacrosanctum Concilium, la constitution sur la liturgie qui est particulièrement pertinente pour la question qui nous intéresse :
« [Le Christ] est là présent dans sa parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les saintes Écritures ».
et au n°7 :
« Dans la célébration liturgique, la proclamation de la parole de Dieu ne se fait pas d’une seule manière, et elle ne frappe pas toujours le cœur des auditeurs avec la même efficacité ; mais c’est toujours le Christ qui est présent dans sa parole, lui qui, accomplissant pleinement le mystère du salut, sanctifie les hommes et offre au Père le culte parfait ».
Le statut de l’Ecriture sainte dans la vie chrétienne est proposé d’une façon tout à fait renouvelée dans le Concile : non seulement il y a une intégration totale de la Bible dans l’action liturgique, mais il y a surtout l’idée que l’Ecriture Sainte devient Parole de Dieu de façon « sacramentale » dans la liturgie. Vatican II parle de lecture « dans l’église » de la Bible.
Le Fr. Patrick Prétot (moine bénédictin de la,Pierre qui Vire, directeur de l’Institut supérieur de Liturgie à l’Institut Catholique et membre du Centre National de Pastorale Liturgique) explique (Vatican II : une nouvelle appréciation de la Parole de Dieu) que :
L’affirmation de la présence du Christ dans la proclamation des Écritures – « lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les saintes Écritures » (SC 7) – confère à la liturgie de la Parole non seulement un poids symbolique décisif mais bien plus, une véritable dimension sacramentelle puisqu’en théologie sacramentaire catholique classique, les sacrements « effectuent ce qu’ils figurent » ou encore « opèrent ce qu’ils signifient. »  La proclamation de la Parole dans la liturgie effectue ce qu’elle figure puisque, par elle, c’est la voix même du Christ qui parvient aux auditeurs. On touche, par là, le réalisme de la médiation liturgique, la force de la proclamation liturgique qui permet d’entendre la « viva vox evangelii ».
Des travaux sur la formation du canon des Ecritures gagneraient à être plus connus et montreraient dans beaucoup de cas la précédence de la liturgie sur l’Ecriture, voire le caractère proprement liturgique de certaines péricopes évangéliques, qui ont été proprement conçues pour une proclamation dans le cadre liturgique. A la messe, nous ne venons pas simplement pour entendre ou prononcer à haute voix un texte, mais bien pour replacer l’Ecriture Sainte dans son environnement naturel, qui n’est justement pas écriture mais parole, et Parole de Dieu.

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