La levée de l’excommunication : un geste d’œcuménisme réel

L’agence Fides, – organe de la Congrégation de la propagation de la Foi – , au Vatican, nous propose une analyse du geste du Saint Père concernant la levée des excommunications des quatre évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

Nous apprécions en général beaucoup les petits billets « les paroles de la doctrine », de l’agence Fides. Nous sommes donc particulièrement intéressés par cette analyse, dans le cadre du débat actuel. Nos commentaires sont en rouge, les mises en gras sont de nous.

VATICAN – LES PAROLES DE LA DOCTRINE par l’Abbé Nicola Bux et par l’abbé Salvatore Vitiello – La levée de l’excommunication : un geste d’œcuménisme réel

 

Rome (Agence Fides) – La Pape Benoît XVI l’avait souhaité dans la Lettre aux Evêques du, monde entier qui accompagnait le Motu Proprio « Summorum Pontificum » du 7 juillet 2007 :

 

« Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation: faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau ».

 

Oui, il est très intéressant de rappeler le but principal du Motu Proprio Summorum Pontificum, qui est un geste de réconciliation et de charité, et non pas une sorte de retour au passé.

 

A présent, après différentes rencontres avec le Pape et avec les responsables de la Curie romaine, de la part du Supérieur Général de la Fraternité, S. Exc. Mgr Bernard Fellay, le résulta est arrivé : la levée de l’excommunication pour les Evêques ordonnés sans le mandat pontifical par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre.

 

Les excommunications sont levées. Est – ce à dire que les évêques en question sont « réintégrés » ? La nuance est de taille ; pourtant, comme le soulignait dans l’article précédent Mgr Simon, la plupart des journalistes ont assimilé cette levée d’excommunication à une réintégration.

 

Le Saint-Père, le Pape Benoît XVI l’a fait avec l’autorité qu’il a de lier et de délier – « le pouvoir des clefs » – donné par le Seigneur à Saint Pierre et à ses successeurs dans l’Eglise. Cela fait partie de la mission ou « oikonomia » de l’Eglise. Il a donc accompli à l’égard de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, un acte analogue à celui accompli par Paul VI envers les orthodoxes le 7 décembre 1965 : l’excommunication était effacée pour aider au rapprochement dans la charité.

 

Parler d’œcuménisme n’est donc pas exagéré ; jusqu’à une date récente, manifestement, les orthodoxes semblaient plus proches de la pleine communion que les lefebvriens, puisqu’à la différence de ces derniers, les orthodoxes n’étaient pas (plus) frappés d’excommunication. Et c’est aussi un rappel utile, qui confirme notre remarque du paragraphe précédente : levée d’excommunication ne signifie pas retour à la communion pleine et entière. Un petit rappel : les orthodoxes ne sont pas, aujourd’hui, catholiques. Cela va sans dire… Mais parfois il vaut mieux enfoncer les portes ouvertes.

 

Le fondement est donné par l’unité fondamentale de la foi qui n’a pas diminué malgré l’acte schismatique de l’ordination d’Evêques. En outre, on a constaté qu’il n’y avait pas de différences doctrinales substantielles, et que le Concile Vatican II, dont les Décrets furent signés par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre, ne pouvait pas être séparé de la Tradition entière de l’Eglise. Dans un esprit de compréhension, il faut ensuite tolérer et corriger les erreurs marginales. Les divergences anciennes ou plus récentes, grâce à l’action du Saint-Esprit, seront redressées grâce à la purification des cœurs, à la capacité de pardon, et à la volonté de parvenir à les dépasser définitivement.

 

Attention à la levée de boucliers : « acte schismatique ». Le mot est prononcé ; c’est exactement les termes employés par le Saint Père dans « Ecclesia Dei adflicta ». On ne peut pas le nier.

 

En de nombreuses occasions dans le passé, les anathèmes ont été annulés sans aucune autre action formelle que le simple accueil réciproque des parties qui étaient en conflit. Cela se révèle être aujourd’hui un pas indispensable sur la voie de l’unité des chrétiens. L’abrogation de l’excommunication est donc un « acte de charité ».

 

Un acte de charité ; un acte d’accueil ; la mise en présence des parties et la confiance dans l’Esprit Saint… Malgré les difficultés nombreuses qui se dressent devant la route,.. Nous pourrions donc ajouter qu’il s’agit aussi d’un acte d’Espérance et de Foi dans les paroles du Christ sur l’Eglise. A cela il faudrait ajouter que ce geste d'oecuménisme est également un signe fort qui est envoyé à la fois auxorthodoses et à d'autres Eglises ou communautés ecclésiales qui se posent la question ou sont en instance de demander la pleine communion (comme par exemple la "Traditional Anglican Communion").

 

Le Supérieur Général Mgr Bernard Fellay a écrit, dans la Lettre à la Fraternité Saint Pie X, que cet acte était un fruit de la prière ardente du Rosaire adressée à la Notre-Dame de Lourdes, et il a réaffirmé la foi dans l’Eglise Catholique Romaine et l’obéissance au Pape.

 

Deo gratias. Par ailleurs, suite à sa déclaration concernant le désaveu de Mgr Williamson, plus personne ne peut douter du sens ecclésial de Mgr Fellay. Une vraie lueur apparaît donc à l’horizon.

 

Et surtout, que l’on réfléchisse sur le fait que l’itinéraire qui a conduit à la levée de l’excommunication, est agréable à Dieu qui nous pardonne quand nous nous pardonnons les uns les autres ; dans cet esprit évangélique, il ne peut pas ne pas être apprécié par tous les vrais catholiques, dans le monde entier, comme expression de réconciliation, et comme invitation à poursuivre, dans une charité réciproque, le dialogue qui amènera, avec l’aide de Dieu, à vivre dans la pleine communion de foi, de concorde fraternelle, et de vie sacramentelle qui existait avant le schisme.

 

C’est dit et bien dit : abroger ces excommunications, c’était nécessaire, et positif. Mais il reste du chemin à parcourir ; Il s’agit tout de même de résorber un schisme. Ce n’est pas rien !

 

Que l’on mette de côté, une fois pour toutes, les « lectures politiques » de la communion ecclésiale qui voudrait diviser le Corps du Christ en traditionnalistes et en progressistes. Qu’on laisse cela au monde. Nous sommes du Christ. Ne cherchons-nous pas, en effet, le dialogue et la réconciliation ? Ou bien, ne jouons-nous pas aux œcuméniques a courant alternatif ? 

 

Merci pour cette dénonciation de la polarisation entre modernistes et traditionnalistes. L’Eglise n’est pas un parlement avec une « majorité » et une « opposition ». Et l’Eglise n’est pas non plus quelque part entre ces deux « pôles », ou un équilibre entre ces deux « partis ». Elle est bien davantage que cela : le Corps du Christ.

(Agence Fides, 29 janvier 2009)

 

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