La congrégation pour le culte divin annonce une démarche mondiale « Diakonia »

Comme cela n’aura pas échappé à nos lecteurs attentifs, ceci était un poisson d’avril. Espérons seulement que la réalité ne dépasse pas la fiction…

 

Dans la suite du synode extraordinaire sur la famille, et en lien avec les demandes répétées du Pape François à mieux intégrer dans l’Église les femmes, la congrégation du culte divin annonce le lancement de la démarche mondiale « Diakonia » qui cherchera à répondre aux questions posées à diverses reprises par les conférences épiscopales, et les ouvertures permises par Benoît XVI dans son motu proprio Omnium in Mentem.

 


On se souvient de l’interview à RCF, de Mgr Batut, évêque auxiliaire de Lyon en 2013 :

«On a relevé que dans les organismes du Saint Siège, il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes. Il y a des femmes extrêmement compétentes… des théologiennes, des femmes qui ont toutes les compétences pour siéger dans les organismes du Saint-Siège même à un très haut niveau. Je ne vois pas pourquoi une femme ne pourrait pas être cardinal… C’est une fonction qui n’est pas nécessairement masculine. Étant entendu que dans la foi catholique on pense que Dieu a un dessein spécifique sur l’homme et sur la femme et que c’est la source même de leur complémentarité ».
Mgr Batut s’est également montré favorable à l’ordination de femme diacres : « C’est une vraie question parce que le diaconat n’est pas un ordre sacerdotal donc pourquoi ne pas la soulever. On peut tout à fait le faire »

Brigitte, Assistante laïque en pastorale (ALP) à Usson-en-Forez témoigne :

Je ressens depuis plusieurs années un appel intérieur très fort à être ordonnée diacre. Cela n’a rien à voir avec la prêtrise qui est et restera, bien sûr, un ministère masculin. Mais aujourd’hui, au XXIème siècle, les filles servent la messe, les femmes font les lectures, chantent au pupitre, distribuent la communion, et sont les principales chevilles ouvrières de la vie des paroisses. Elles apportent un appui décisif au rôle du curé. Pourquoi l’Église ne les appellerait pas à devenir diacres ? Elles pourraient alors également lire l’Évangile à la messe, célébrer des baptêmes, des mariages : être les ministres du seuil et de l’accueil, pour rejoindre les périphéries vers lesquelles nous envoient le pape François. Rappelons que le mystère diaconal est un ministère de service, il n’implique pas la célébration de l’Eucharistie. Cela allégerait la charge des prêtres.

Mais pour ce prêtre, interviewé en 2013 et qui souhaite rester anonyme, la véritable question n’est pas là ; il ne s’agit pas d’ordonner des diacres femmes juste pour aider davantage les prêtres, mais réellement, de permettre à l’Église de s’ouvrir à la question d’une place plus juste des femmes.

Le pape François devra intégrer de façon forte cette question à la réflexion qu’il mène sur la réforme de l’Église. Il n’est pas admissible que l’Église catholique soit la seule Église chrétienne qui ne se soit pas posé cette question de façon forte. Même dans l’orthodoxie, il y a des diacres femmes. L’ouverture œcuménique nous oblige à prendre à bras le corps cette question. Heureusement que nous avons désormais un pape qui n’hésitera pas à aller contre les vieux réflexes des conservateurs qui tiennent la Curie à Rome. Il est plus que temps de donner au catholicisme un visage qui soit humain. Il y va de la survie de l’Église elle-même. Mais j’ai confiance : Jésus a promis que les ténèbres ne prévaudront pas contre elle.

Cette ouverture profonde en réalité, n’est pas née uniquement de la volonté de réforme du pape François. Elle était déjà en germe dans la pensée de son prédécesseur Benoît XVI ; dans son motu proprio Omnium in Mentem, Benoît XVI a pu ainsi entrouvrir la porte au diaconat féminin en établissant que justement le diacre n’est pas une sorte de « sous-prêtre », mais le collaborateur de l’évêque. Omnium in Mentem corrige ainsi le code de droit canonique (canon 1008) de sorte que le diacre ne soit plus agissant « en la personne du Christ Chef ». Le lien fort conféré par l’ordination sacramentelle entre la personne du diacre et la personne (masculine) du Christ-tête n’étant plus maintenu par le code, une barrière essentielle qui empêchait l’ordination des femmes au diaconat est tombée.


La démarche Diakonia mise en œuvre pendant l’année jubilaire de la Miséricorde, permettra d’insister sur tout ce qu’apportent les femmes à l’Église catholique. Plusieurs membres du conseil restreint du Pape François (appelé le G8), parmi lesquels le Cardinal Reinhard Marx, on soulevé la question du diaconat des femmes notamment à la suite de la reconnaissance par l’Église d’Angleterre de l’ordination épiscopale de femmes.


Le Cardinal Marx et les candidates au diaconat.

Il se reconnaît bien dans le chemin parcouru par les dirigeants de cette Église contre un courant conservateur qui a longtemps empêché tout progrès sur ce point. Pour eux, ce problème vient d’être résolu ; c’était donc le moment de démarrer ce chantier, pour l’Église romaine, dans la foulée du synode ordinaire sur la famille.

Le pontificat de François sera bref. Il est donc important de démarrer aussi vite que possible les réformes d’ampleur. Pour le diaconat féminin, il y a des années que ce sujet a été maintenu sous cloche ; sur ce point particulier, sous le pontificat de Jean-Paul II – pas forcément le pape mais certainement son entourage – il y a eu des vrais reculs. C’est le moment pour nous d’agir dans le bon sens et c’est la raison pour laquelle ce dossier va devenir prioritaire à compter de la fin de l’année 2015. La démarche Diakonia permettra d’accompagner les fidèles et espérons – le, – si nous prions – de susciter des vocations nombreuses parmi toutes celles qui depuis des années sont devenues les forces vives de nos diocèses.


Romains 16 : 1    « Je vous recommande Phoebé, notre soeur, qui est diaconesse (diakonos) de l’Eglise de Cenchrées »

 

Si l’Église exclut l’ordination presbytérale de femmes, l’argumentaire en faveur du diaconat des femmes est consistant. L’histoire montre la présence de nombreuses diaconesses ; les représentations anciennes (icônes fresques mosaïques) représentant des femmes portant l’étole diaconale ne sont pas rares ; la bible elle-même fait référence à des femmes comme « diakonos ». Par ailleurs, le diaconat est essentiellement un ministère de Parole et non de Sacrifice. La théologie a toujours distingué l’essence profondément différente de ces deux aspects de la liturgie. Peut être l’une est plus féminine, et l’autre masculine ? Loin de céder aux sirènes des études de genre, l’Eglsie catholique, en faisant ce pas en avant pourrait ainsi bien mieux réaffirmer ce qui distingue de façon profonde l’homme de la femme, et se rendre encore plus fidèle à l’enseignement du Christ et des apôtres.

Et qu’est ce que le ministère diaconal féminin, si ce n’est tout simplement la réitération du geste de Sainte Véronique qui essuie le visage du Christ lors du portement de la Croix ? Méditons – le à la veille du Triduum pascal 2015.


Le diaconat féminin, loin de choquer, peut être considéré comme très traditionnel.

 

Liens / Sources :

http://lyon.catholique.fr/?Diaconia-le-coeur-dans-la-main

http://www.leprogres.fr/actualite/2013/03/08/mgr-batut-eveque-auxiliaire-de-lyon-pourquoi-pas-des-femmes-cardinal-dans-les-organismes-du-saint-siege

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Benoit-XVI-redefinit-le-statut-du-diaconat-permanent-_NG_-2009-12-15-570392

http://www.diakonia-world.org/


 

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