La charte des chanteurs liturgiques.

            Après la Charte des organistes parue en novembre 2000, voici la « Charte des chanteurs liturgiques », élaborée par la Commission épiscopale de Liturgie, en collaboration avec le Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle et trois de ses associations partenaires : l’ANCOLI (chorales liturgiques), l’ASA (animateurs de chant) et les PUERI CANTORES (Petits Chanteurs).

 

Pourquoi une « charte » des chanteurs ?

 

« Les chanteurs, une chance pour une paroisse ! ».

 

            Cette affirmation finale de la nouvelle charte est à rapprocher d’un article paru dans la revue « Eglise qui Chante » il y a une vingtaine d’année et qui débutait par ce cri du cœur souvent entendu à l’époque : « Une chorale, ah non, Dieu merci ! ».

 Faire tomber les préjugés en éclairant les esprits, telle est la première raison d’être de ce document épiscopal qui voudrait donner à tous les membres de l’Assemblée un moyen de célébrer réellement « en  communion » dans l’action liturgique.

 

            Pour répondre à ce besoin, la charte, en 11 articles et 2 annexes, informe d’une manière précise non seulement sur la place de la chorale (dans la paroisse  comme à l’intérieur de l’église), mais aussi et surtout sur les raisons d’être du chant en liturgie et sur la nature même de ce qu’elle appelle la « Voix de l’Assemblée ».

En voici les éléments essentiels :

 

La Voix de l’Assemblée. (§ 1)

(Les chiffres entre parenthèses renvoient aux différents paragraphes  de la charte).

 

            « Parce que l’Assemblée chrétienne incarne la voix du Christ, elle est une réalité sainte qu’il faut vénérer comme telle. »(1.1)

Ce rappel initial d’une des grandes affirmations du Concile Vatican II montre l’infinie noblesse de la prière liturgique où « nul ne peut revendiquer de monopoliser tous les actes de chants » Et le document précise : « loin d’être une foule indistincte, l’assemblée est composée de membres qui apportent, à tous, leur compétence particulière. Ainsi, la liturgie ressemble à une œuvre symphonique où la mise en œuvre des chants se fait sur plusieurs plans sonores :  le chant de tous, le chant du groupe de chant, la chant du Président (prêtre ou diacre), du psalmiste, des autres solistes… » » (1.2)

Ces affirmations nous permettent de prendre conscience d’un fait essentiel : la chorale n’est pas en compétition avec l’Assemblée (en « concert » au sens étymologique du mot). La chorale fait partie de l’Assemblée, et cette réalité, quand elle est admise par tous, permet de résoudre (presque) tous les problèmes.

Ainsi, tout le monde ne chante pas tout (1.3). Et, de fait, les chants liturgiques présentent des formes très diverses (psalmodies, litanies, chants à refrain) qui demandent presque toujours un dialogue entre les participants, dialogue très intéressant pour donner vie à la mise en œuvre et briser l’uniformité génératrice d’ennui. L’assemblée peut même participer par l’écoute à condition, bien sûr, que ceux qui chantent en son nom apportent à la prière un support de qualité.

           

           

La voix dans la liturgie 2).

 

            « On ne prêtera donc jamais assez attention à la qualité de la voix »(2.1), de la voix parlée,  moyen pour Dieu de faire entendre sa Parole.(Hébreux 1,1-2), mais surtout de la voix chantée qui nous fait passer à une autre dimension. La voix chantée ouvre et amplifie le texte : « La voix chantée fait entendre l’inouï du verbe de Dieu. »  (2.1)

 

            Mais attention ! une belle voix ne suffit pas : c’est l’intention qui est perçue par les autres fidèles qui, naturellement,  reproduisent le modèle vocal. Il est donc recommandé aux acteurs chantants de travailler leur voix dans l’esprit de la liturgie, avec une « noble simplicité ». « Une intonation  juste et belle  conduit efficacement vers le mystère célébré. » (2.3)

 

 

Les acteurs chantant et leur rôle. (§ 3)

 

            Les membres des chorales s’acquittent d’un véritable ministère liturgique. C’est ce qu’affirme la Constitution sur la sainte liturgie de Vatican II (n°29). Cela signifie qu’ils contribuent à exprimer « les grandes attitudes de la foi prévues par les rites : la louange, la supplication, la méditation… »

            «Pour les chanteurs, l’ajustement aux rites est requis autant que la justice musicale. Le groupe de chant est au service des rites : il ne chante pas pendant la messe, il chante la messe. » (3.2)          

Et les groupes les plus modestes peuvent rendre ce service au même titre que les plus renommés, « car le sublime se perçoit aussi dans les comportements les plus humbles chargés de vérité humaines » (3.2).

 

Les liens avec les autres acteurs (§ 5).

 

            Le groupe de chant ayant pour mission de favoriser la participation de tous à la célébration, il s’en acquittera d’autant mieux qu’il aura des liens étroits et réguliers avec les autres acteurs de la liturgie pour que la place de chacun soit bien définie, comprise et acceptée.

Les liens avec le curé, les équipes liturgiques, les instrumentistes, les autres fidèles faciliteront en outre une bonne mise en œuvre des chants et une élaboration concertée du répertoire.

            Les relations avec les autres chorales du secteur, et les autres activités paroissiales permettront d’élargir les horizons et de mettre en synergie ceux qui célèbrent la foi avec ceux qui l’annoncent et ceux qui la traduisent par des gestes de solidarité.

Enfin le Service diocésain de musique liturgique sera toujours présent comme source de répertoire et de formations. Dans le domaine du chant comme pour toute action pastorale, « le lien diocésain est essentiel ».(5.6)

 

La Formation (chapitre 6).

 

            Chacun le sait, la joie de chanter ensemble et la bonne volonté sont précieuses, mais ne suffisent pas. On apprend à lire la musique comme à maîtriser son souffle ou à placer sa voix.

Le chanteur liturgique doit aussi se familiariser avec la signification des rites pour pouvoir les vivre en vérité.  La charte décrit donc les différentes composantes des formations souhaitables (liturgiques, musicales,  humaines, spirituelles, ecclésiales) pour les choristes, les chantres, les chefs de chœur.

On remarque que le groupe de chant lui-même, lorsqu’il est bien dirigé, dispense une partie de cette formation (écoute des autres, maîtrise de soi, gratuité de l’effort) et que si « l’assiduité aux dimanches doit trouver des fondements spirituels », la pratique dominicale elle-même et l’habitude, en répétition, de travailler les textes aussi bien que la musique, permet de progresser dans ce domaine.    

           

 

Le chef de chœur. (§7et 8)

Ces chapitres s’adressent en fait à toutes les personnes ayant une responsabilité dans le choix et la mise en œuvre du répertoire liturgique.             

           

            Une attention toute particulière est évidemment apportée au chef de chœur dont les qualités conditionnent non seulement la survie de la chorale mais aussi la réussite de son intégration dans la paroisse. La charte rappelle opportunément les aptitudes nécessaires à cette responsabilité liturgique : connaissances des rites (7.1), capacité à analyser une partition, à évaluer sa convenance liturgique (7.2), sens des relations humaines (7.3).

 

             Enfin, le document souligne deux devoirs importants envers l’Eglise :

          

            Le chef de chœur se réfère aux normes liturgiques et met en œuvre le projet de l’Eglise, et non le sien (8.1)

L’importance de sa fonction demande qu’il forme d’autres personnes pour assurer sa relève. Il a donc le souci d’établir des liens avec les groupes de jeunes de la paroisse et les lieux de formation musicale de la région.

 

                                                       §      §

 

Ce rapide survol ne dispense pas les responsables concernés de lire l’intégralité du document et même de le travailler en groupe. Le texte complet de la charte est disponible à l'adresse suivante : http://cnpl.cef.fr/musique/Charte_Chanteurs.htm

 

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