La célébration de la foi

Aujourd’hui, on peut se demander si, après tout, il y a encore un rite latin ; la conscience de ce rite n’existe certainement plus guère. Aux yeux de la plupart, la liturgie apparaît plutôt comme une chose à réaliser par chaque communauté, tâche en vue de laquelle les groupes concernés bricolent de semaine en semaine leurs « liturgies » propres avec un zèle aussi admirable que déplacé. Cette rupture dans la conscience liturgique fondamentale me paraît être ce qu’il y a ici de véritablement funeste. Les frontières entre liturgie et réunions estudiantines, entre liturgie et convivialité disparaissent insensiblement ; on s’en aperçoit aussi, par exemple, au fait que des prêtres croient, conformément aux usages de la civilité bourgeoise, ne pouvoir communier eux-mêmes qu’après avoir distribué la communion aux autres ; au fait qu’ils n’osent plus dire « je vous bénis », rompant ainsi le face à face liturgique fondamental ; et encore aux salutations souvent insupportables avec leurs séries de banalités, que certaines communautés attendent pourtant maintenant comme une politesse indispensable, et qui sont devenues ici monnaie courante. À l’époque où le nouveau missel n’avait pas encore paru, mais où l’ancien était déjà traité d’« ancien », on n’eut plus conscience qu’il y a un « rite », c’est-à-dire une forme liturgique préétablie, et que la liturgie n’est elle-même que parce que ceux qui célèbrent ne peuvent en disposer à leur guise. Même les nouveaux livres officiels, si bons soient-ils par bien des côtés, laissent ici et là trop apparaître une planification professorale délibérée, et renforcent l’idée qu’un livre liturgique peut être « fait », comme n’importe quel autre livre.

Cardinal Joseph Ratzinger, La célébration de la foi, 1981 

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