Joie paradoxale du décollage…

La rumeur selon laquelle le pape a nommé Mgr Ranjith comme nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin, afin de contrebalancer le Cardinal Arinze trop « conciliaire » est établie dans les milieux dits « tradis ». D’ailleurs, la rumeur a été largement confirmée par un article de La Croix, dans lequel ce dernier aurait expliqué que la réforme liturgique du concile « n’a pas décollé ». Mgr Ranjith qui serait  ainsi un fervent tenant de la liturgie de S. Pie V,  qui allait enfin (!) mettre à bas « l’affreuse liturgie conciliaire ».

On se demande vraiment de qui on se moque. D’après les brillants analystes de la politique vaticane, Benoît XVI aurait donc placé donc dans la même équipe deux personalités opposées, certainement dans le but  de faire ne sorte de déclancher une guerre des missels à la congrégation du culte divin.

Le Fr Yves Combeau, o,p, du  couvent de Paris, nous alerte heureusement : « Ou bien le traducteur était distrait, ou bien le sens m’échappe. » (on lira son article, disponible sur le site web des dominicains, ci-dessous…) Sous la plume de ce brillant religieux, il faut évidemment comprendre : « Quelle belle opération de désinformation ! ». Nous le suivons donc entièrement. Car la vraie figure de Mgr Ranjith, apparaît parfaitement dans cette interview non pas de La Croix mais de l’APIC. Cette dernière est une agence de presse au service du Vatican. Qui potest intellegere, intellegat.

Dans cette interview – menée cette fois par un excellent journaliste, qui manifestement, lui n’a pas de problème avec les traductions… – il s’agit d’Antoine-Marie Izoard, on peut lire que, en fait :

1. Mgr Ranjith n’a donc jamais parlé de « non-décollage ».

2. Il dénonce cependant l’attitude « béate » d’un certain  nombre de prêtres et de fidèles qui considèrent que Redemptionis Sacramentum ne les concernent pas ou que toutes les questions afférentes aux abus liturgiques ne les concernent pas ou ne peuvent pas les concerner. Oui, il faut le répéter : « quelque chose ne va pas » !

3. Il renvoie vigoureusement aux normes telles qu’elles sont définies par le siège épiscopal.

4. Il ne milite pas pour le missel de 1962.

Des preuves ? Voyez ci dessous :


Le pape veut mettre fin aux abus, assure Mgr Malcom Ranjith

Rome, 13 juillet 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI va mettre fin aux « abus » dans la célébration de la messe et faire cesser « les affrontements » avec les partisans de la messe en latin, a déclaré jeudi un responsable du Vatican à l’agence I.Media, partenaire de l’Apic à Rome. Selon l’évêque sri-lankais Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le pape va « prendre des mesures » car la liturgie de l’Eglise catholique serait trop souvent « un signe de scandale ». Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard.

Q.: Vous avez récemment affirmé dans le quotidien catholique français La Croix que la réforme liturgique du Concile Vatican II n’avait “jamais décollé“. Ces mots ont surpris de nombreuses personnes…

R.: Je suis surpris, car je ne l’ai pas dit ainsi et ce n’est pas vrai. Je voulais dire que la réforme conciliaire – avec le renouveau spirituel attendu, avec les catéchèses profondes qui devaient relancer l’Eglise face au contexte séculariste – avait donné des résultats qui ne sont pas si positifs que cela. La réforme a bien décollé. Ainsi, l’utilisation de la langue vernaculaire est une chose positive, car tout le monde peut comprendre ce qui se passe à l’autel ou lors des lectures. De même, pour le sens de communion qui s’est développé. Mais ces éléments ont parfois été un peu trop accentués en abandonnant certains aspects positifs de la tradition de l’Eglise. Le cardinal Ratzinger lui-même, dans la préface du livre Tournés vers le Seigneur – l’orientation de la prière liturgique du père Uwe Michael Lang, a rappel é que l’abandon du latin et l’orientation du célébrant vers le peuple ne faisaient pas partie des conclusions du Concile.

Q.: Pour certains, qui ont fidèlement suivi le Concile, vos propos surprennent…

R.: Il ne s’agit pas d’abandonner le Concile, car il a déjà beaucoup influencé l’Eglise, comme dans son ouverture au monde. Mais, dans le même temps, il aurait fallu approfondir ce que nous possédions déjà. Il aurait fallu, comme dit le Concile, un changement ‘organique’, sans brusquerie, sans abandonner le passé. L’Encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean Paul II (publiée en avril 2003, ndlr), et l’Instruction Redemptoris Sacramentum (avril 2004) qu’il avait demandée à la Congrégation, indiquent bien que quelque chose n’allait pas. Le pape parlait alors avec une certaine amertume de ce qui se passait. Ainsi, on ne peut pas dire que tout s’est bien passé, mais on ne peut pas dire non plus que tout s’est mal passé. Les réformes du Concile, par la façon dont elles ont été traduites et mises en place, n’ont pas porté les fruits espérés.

Q.: Concrètement, que faut-il faire?

R.: Il y a deux extrêmes à éviter: permettre à chaque prêtre ou évêque de faire ce qu’il veut, ce qui crée la confusion, ou, au contraire, abandonner complètement une vision adaptée au contexte moderne et s’enfermer dans le passé. Aujourd’hui, ces deux extrêmes continuent de croître. Quel est le juste milieu ?… Il convient de réfléchir un moment, de célébrer sérieusement et d’améliorer ce que nous faisons actuellement.

Q.: Doit-on attendre un document pontifical ou de votre Congrégation à ce sujet ?

R.: Dans son livre L’esprit de la liturgie (publié en allemand en 2000, puis en français en 2001, ndlr), le cardinal Ratzinger avait présenté un cadre très complet de la question. Je crois que le pape est très conscient de ce qui se passe, qu’il étudie la question et qu’il faut faire quelque chose pour aller de l’avant. Il va prendre des mesures pour nous indiquer avec quel sérieux nous devons célébrer la liturgie. Il a la responsabilité que la liturgie devienne un signe d’édification de la foi et non un signe de scandale. Car, si la liturgie n’est pas capable de changer les chrétiens et de les faire devenir des témoins héroïques de l’Evangile, alors elle ne réalise pas sont but véritable. Celui qui a participé à la messe doit sortir de l’église convaincu que son engagement social, moral, politique et économique, est un engagement chrétien.

Q.: Les abus liturgiques sont-ils réellement si nombreux ?

R.: Chaque jour, nous recevons tellement de lettres, signées, où les gens se lamentent des nombreux abus : des prêtres qui font ce qu’ils veulent, des évêques qui ferment les yeux ou, même, justifient ce que font leurs prêtres au nom du ‘renouveau’… Nous ne pouvons pas nous taire. Il est de notre responsabilité d’être vigilants. Car, à la fin, les gens vont assister à la messe tridentine et nos églises se vident. La messe tridentine n’appartient pas aux Lefebvristes. C’est le moment de cesser les affrontements et de voir si nous avons été fidèles aux instructions de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium . C’est pourquoi il faut de la discipline pour ce que nous faisons sur l’autel. Les règles sont bien indiquées dans le Missel romain et les documents de l’Eglise.
(…)

 


(Source : http://www.dominicains.fr/article.php3?id_article=757).

Joie paradoxale,

27 juin 2006

Je viens de lire quelque chose d’assez curieux sous la plume d’un récent prélat romain, chargé de la liturgie : que la réforme liturgique depuis les années 1930 « n’a pas décollé ». Ou bien le traducteur était distrait, ou bien le sens m’échappe.

Qu’est-ce à dire : « pas décollé » ? J’aurais compris « pas abouti » : si tant est qu’on puisse, dans ce domaine, aboutir jamais à un état définitif ; j’aurais compris « abouti à des résultats critiquables », car on peut et doit toujours progresser ou corriger ; j’aurais compris encore : « n’a pas été mise en pratique de façon satisfaisante », tellement il est vrai que la chansonnette ânonnée et le pot en terre qui-veut-faire-pauvre sont le quotidien liturgique de la majorité des Français ; mais « pas décollé » ?
Et les textes du Concile ? Ils sont postérieurs à 1930, non ? Ils ne « décollent » pas ? Première nouvelle.
Et Duployé, Doncœur, et toutes les recherches, et tous les efforts, et la traduction liturgique de la Bible, et les pèlerinages, et Rimaud, et Berthier, et André Gouzes ? Toujours pas « décollé » ? Fichtre !
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des erreurs et des errements. Je suis le premier à me désoler de la platitude, du mauvais goût et de l’ignorance de la tradition que je vois çà et là. Mais « pas décollé » ? Grand Dieu ! Pour aller où ?

Résumons : le traducteur avait sans doute la tête ailleurs.

Heureusement, je me console en lisant un résultat de l’institut Médiamétrie : les sujets télévisés qui intéressent le plus les spectateurs sont, dans le désordre, la violence, le sexe et la religion. Pas de surprise pour les deux premiers, c’est aussi vieux que l’humanité.
Mais la religion ! Après de si longues décennies de négation, la voici qui revient. Chassez la religion par la porte, elle repassera par la fenêtre. Anarchiquement, sans doute, pas dans les rails, pas dans les cadres. Mais j’ai déjà dit que Dieu est libre et que la foi, même « sauvage », est une œuvre de l’Esprit. À nous d’ouvrir la fenêtre, comme disait Jean XXIII, à nous de laisser celui qui veut croire et être guéri venir au Christ même si c’est, comme le paralytique, par un trou du toit.

le frère Yves Combeau (Paris)

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