Je ne le connaissais pas (IIème dimanche dans l’année)

Saint Jean Baptiste ose dire qu’il ne connaissait pas son cousin Jésus avant de le rencontrer sur les rives du Jourdain. Comment comprendre ? Les deux familles s’étaient-elles perdues de vue depuis les jours anciens de la Visitation ? Peut-être. En tout cas, la surprise de Jean est totale, et, quand il se trouve en présence de Jésus, il ne s’attendait certainement pas à ce que ce fût lui qui répondît aux annonces prophétiques.

 

Le relatif incognito de celui qui va par la suite tellement remuer le cœur des hommes doit nous faire réfléchir. Tout d’abord la vie cachée de Jésus à Nazareth a été une vie vraiment cachée. Ni l’excellence de sa charité, ni la profondeur de son union au Père n’ont frappé ses compatriotes. Il a pu passer totalement inaperçu. Ce qui prouve, soit dit en passant, que le fameux « témoignage de vie » qui devrait sans paroles servir d’annonce à l’Evangile n’a pas fonctionné, même dans le cas qu’on peut supposer le plus parfait qui soit.  Tant que Jésus n’a pas commencé à enseigner et à faire des miracles, il ne se distingue en rien de ses contemporains.

 

Plus profondément, cela nous aide à comprendre à quel niveau se situe la divinité du Christ, pourtant présente dès le premier instant dans sa nature humaine. Nous savons tous que Jésus est véritablement Dieu et véritablement homme, mais nous sommes tentés d’imaginer ces deux natures comme deux réalités concurrentes : l’humanité du Christ laisserait la place à certains moments (miracles, Résurrection) à sa divinité qui serait cachée derrière, il serait Dieu malgré son humanité. Il n’en est rien. Jésus est Dieu dans son humanité, c’est-à-dire que sa façon de vivre notre condition humaine est proprement divine. Il ne triche pas avec notre nature, il ne lui ajoute pas de façon monstrueuse des propriétés qui ne seraient pas les siennes, il n’est sans doute pas un surdoué ni un prodige de force, mais il prend notre chair, notre psychologie, notre intelligence dans leur beauté originelle, sans la déformation du péché, et il se sert de tout cela avec une grâce particulière, une justesse, une plénitude qui révèlent, à qui sait voir, le jeu du Fils éternel éperdu d’amour pour son Père et pour les hommes.

 

Donc, pour voir la divinité de Jésus, il faut de bons yeux, disons-le tout nettement : des yeux d’amoureux. Parce que, en temps normal, tout se joue dans la manière d’être, dans un style inimitable, que bien peu ont perçu, surtout dans les débuts. N’en va-t-il pas de même pour chacun de nous, dans ce que nous avons de plus personnel ?

 

Prenons un exemple : Jésus à douze ans vient au Temple avec ses parents, c’est sa Bar-mitsva, ou quelque chose d’approchant. Qu’est-ce qui met la puce à l’oreille des Docteurs de la Loi ? Jésus n’est pas un puits de science, il n’enseigne pas à douze ans comme il le fera à trente, il posait des questions (il était là « au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger » Luc 2,46), mais des questions si justes, si intelligentes, qu’elles ouvraient des perspectives à ceux-là même qui étaient installés dans la chaire de Moïse. L’intelligence du jeune Jésus est celle du Fils éternel, qui, comme Fils, reçoit tout du Père, dans un échange continuel : « le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait » (Jean 5,20), sa manière d’avoir tout, c’est de tout demander. Ses questions mêmes sont divines. C’est pourquoi es « réponses » elles-mêmes sont étonnantes. Mais, encore une fois, cela ne saute pas toujours aux yeux non exercés.

 

Et c’est encore vrai maintenant. Si tant de gens peuvent ignorer la personne du Christ et faire de son message une banale leçon d’humanisme, c’est que, faute peut-être d’apôtres prêts à leur montrer le visage du Sauveur, il sont passé à côté de ce qui est vraiment intéressant.

 

A nous de le leur montrer !

Michel GITTON

Laisser un commentaire