IVeme dimanche de Carême : lire la providence divine

LIRE LA PROVIDENCE DIVINE À TRAVERS UNE HISTOIRE CAHOTIQUE

 

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L’occasion de cette réflexion nous est offerte par la page du second livre des Chroniques qu’on nous propose ce dimanche. Les Chroniques ! Ce sont des livres que nous avons assez rarement l’occasion de rencontrer dans la liturgie et qui pâlissent un peu de la comparaison avec leur double : les deux livres des Rois, souvent plus vivants et plus remplis d’anecdotes. Pourtant, ces deux sources sont également importantes et leurs regards croisés sur les évènements de la période royale (en gros de l’an 1000 avant Jésus-Christ à l’an 500) s’averre souvent complémentaire. C’est particulièrement vrai de la finale que nous avons ce dimanche et qui, au lieu du pessimisme du dernier chapitre des Rois, nous donne un aperçu saisissant de la manière dont Dieu mène l’histoire, tout en passant par la succession des empires qui, elle, obéit en apparence à d’autres lois. Nous voyons comment la ville de Jérusalem, qui, en 701, avait échappé de justesse à l’attaque des Assyriens, finit par succomber, un peu plus d’un siècle plus tard, à la conquête des Chaldéens de Nabuchodonosor (en 589 ou 587), ceci étant vu comme un châtiment de la constante dérive idolâtrique de la monarchie judéenne. Or, cinquante ans plus tard, la situation change radicalement à l’occasion de l’arrivée d’un nouveau venu sur la scène internationale, le perse Cyrus. Celui-ci conquiert Babylone en 539 et suit une politique toute opposée à celle des Chaldéens, favorisant dans chacune des province de son immense empire les cultes nationaux et donc rendant aux Juifs déportés la possibilité de revenir dans leur pays et d’y rebâtir leur Temple, ce qui s’opère dans les années 520-515, donc soixante-dix ans après la destruction, comme l’avait annoncé Jérémie (29,10), mort entre temps.

 

Il s’agit là d’un évènement bien établi, et réellement stupéfiant, qui défiait toutes les prévisions, un peu comme, à notre époque, la chute du Mur de Berlin en 1989. Sans doute, des historiens sérieux expliqueraient la destruction soudaine de l’Empire chaldéen par ses faiblesses internes, sa brutalité, la corruption qui régnait dans ses élites (on continuait à banqueter dans certains quartiers de Babylone, alors que Cyrus avait déjà investi certaines parties de la ville !). Le changement de politique à l’égard des juifs au moment où s’établit la domination perse n’est pas non plus sans explication : la monarchie perse a une religion solaire, un culte du Dieu Très Haut, qui n’entre pas en concurrence avec les pratiques des différents peuples conquis et qui peut même faire bon ménage avec la religion très épurée des Hébreux. Le souhait de voir ceux-ci revenir dans leur terre ancestrale correspond à la conviction que les transferts de populations auxquels s’étaient livrés les empires précédents était un procédé à double tranchant qui n’assurait pas toujours le loyalisme des peuples soumis etc… etc…

 

Toutes ces raisons étant admises, l’évènement n’en garde pas moins son caractère miraculeux. D’une part, parce que l’histoire n’est pas la résultante de causes nécessaires, la liberté humaine y joue un grand rôle, rien n’est joué a priori, même si après coup, on trouve des raisons qui permettent d’expliquer ce qui s’est passé. L’aventure aurait donc pu tourner de toute autre façon et Israël rester déporté à Babylone. Mais ce qui nous assure que Dieu est impliqué dans cette histoire, c’est qu’il l’a dit. Les prophètes n’ont pas cessé de prévenir, au nom du Seigneur, que si le peuple de Dieu continuait à vivre en Terre Sainte sans rester dans la fidélité à ses origines, cette terre lui serait retirée. Allant plus loin, Jérémie avait entrevu un temps de purification nécessaire avant qu’un petit reste ne revienne et reprenne le culte du Dieu vivant à Sion. Or c’est cela qui est arrivé. La lecture prophétique, antérieure aux évènements, nous permet de lire ceux-ci avec le point de vue de Dieu.

 

Voilà pour nous une lumière précieuse. On dirait, à entendre certains propos actuels, que de croire à l’intervention de Dieu nous obligerait dans tous les cas de négliger les explications humaines. Dieu est assez grand pour utiliser comme instruments de ses desseins des lois physiques ou politiques, sans que sa volonté et sa totale maîtrise soient remises en cause. C’est vrai de l’évolution des organismes vivants que Dieu a pu conduire pour mener jusqu’à l’homme : celui-ci peut ainsi être tout à la fois un rameau de l’évolution et la fine fleur des œuvres de Dieu. Mais cette rencontre se manifeste encore dans nos vies personnelles : le même évènement peut être compris de l’extérieur comme un fruit du hasard et des circonstances, mais se montrer à celui qui sait lire comme la trace du doigt de Dieu. La seule manière de s’assurer que Dieu est engagé dans ce qui nous arrive est de suivre le chemin qu’il nous a fait prendre jusque là et de voir à la lumière de sa Parole la continuité de ses desseins.

 

Michel GITTON

 

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