IV° dimanche de Pâques : MES BREBIS ECOUTENT MA VOIX

 Le quatrième dimanche de Pâques amène souvent une réflexion sur la place des prêtres dans l’Eglise, à l’imitation du Bon Pasteur. La chose nous parait tellement normale que nous ne prenons même pas le temps de nous étonner. Les protestants n’appellent-ils pas eux aussi leurs ministres du nom de « pasteurs » ?

 

Mais justement, dans le cas de nos frères de la Réforme, ce titre avait valeur de réaction contre le clergé catholique, clergé essentiellement voué au culte et auquel on reprochait de ne pas s’occuper de ses « ouailles », de ne pas chercher notamment à les instruire, se contentant de leur offrir des pratiques pieuses. Parler de responsabilité « pastorale » pour les prêtres de l’Eglise, c’est dire qu’il ne sont pas seulement des liturges, des hommes du culte, enfermés dans leurs sacristies, mais qu’ils ont à rassembler le troupeau de Dieu, puis à le nourrir de sa parole et de ses sacrements. Les deux ne s’opposent pas d’ailleurs, car le culte n’est pas une échappatoire, une activité en marge, mais le centre vivant qui rayonne en mission, en souci des pauvres, en invitation à former la jeunesse, en appel à la beauté etc… Et, dans l’autre sens, il n’y aura pas de réelle évangélisation des cœurs et des vies sans un retour contemplatif au centre de toute vie chrétienne, dans l’eucharistie.

 

Mais aujourd’hui la difficulté viendrait plutôt d’un autre côté. Parler de berger, c’est dire qu’il y a des brebis et quelqu’un qui les conduit et donc qu’il y a une différence entre eux, et cette différence n’est pas facile à vivre. Jadis, elle était inoculée par un mode de vie différent, des habitudes sociales qui faisaient du prêtre un notable, ou au moins un être à part, tout cela a largement disparu. Et le prêtre, je parle surtout des plus jeunes, a bien du mal à trouver sa place. On lui a appris au séminaire à être un bon chrétien, pieux et dévoué, on ne lui a pas appris à être un chef. Cela lui est même plutôt déconseillé. Il ne fait pas bon, dans le clergé d’aujourd’hui, d’être un leader, et quand on dit d’un d’entre eux qu’il a de l’emprise, c’est rarement un compliment.

 

Les laïcs se sont par ailleurs habitués à ce que les prêtres se renouvellent vite, qu’aucun n’ait vraiment le temps de marquer sa paroisse et les titulaires des postes de responsabilité s’organisent souvent sans lui, en communiquant directement avec les bureaux diocésains. Ainsi nos communautés font-elles souvent figure de familles régulièrement recomposées, où le prêtre ne fait que passer sans rien bâtir, se limitant souvent aux contacts personnels qu’il parvient à tisser avec tel ou tel. Peut-on encore parler de « pasteur » ?

 

Certes l’autorité dont nous parle Jésus n’a rien d’un pouvoir dictatorial, elle émane de celui qui, en même temps qu’il est le berger, est aussi l’Agneau immolé pour la vie du troupeau, mais elle reste une autorité, elle doit orienter, entraîner, ramener les récalcitrants, veiller à l’ensemble. Elle suppose que celui qui en est investi se sache responsable devant Dieu de tous les membres de son troupeau, y compris ceux qui ne viennent plus le voir. Au lieu de guetter l’approbation de ceux qu’il a mission de conduire, il doit chercher leur bien, fût-ce au détriment du sien. Et pour cela, il faut qu’il ait réellement en charge tous les éléments qui permettent à la communauté chrétienne de vivre depuis les plus matériels jusqu’aux plus spirituels. Le prêtre en situation pastorale n’est pas seulement un « starets » (maître spirituel dans la tradition russe), il est un maître et un père.

 

Prions, c’est nécessaire, pour demander des prêtres, et de saints prêtres, mais demandons aussi que, pour exercer leur responsabilité, ils trouvent des brebis prêtes à les suivre.

 

Michel GITTON

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