Introduction à la théologie de la liturgie des heures :

Voici la première partie de la recension de la conférence que le P. de Reynal nous a donnée lors de notre week-end annuel à Solesmes à l’occasion du 1er dimanche de carême 2005.

Eucharistie et liturgie des heures

Je suppose que vous venez de participer à l’Eucharistie avec nous ; c’est très bien parce que la liturgie des heures découle de l’Eucharistie ;

Mère Geneviève Gallois, osb - la vie du Petit saint Placide

Mère Geneviève Gallois, osb – la vie du Petit saint Placide
Ce qu’est l’office pour Petit Placide : "Chanter sa vie et vivre son chant". Qu’est ce que ce chant et qu’est ce que cette vie qu’il nous révèle ? Qui est donc celui à qui nous parlons en de tels termes ? Dans quels rapports sommes – nous …

comme tous les autres sacrements, la vie de l’Eglise dépend de cette source et de ce sommet qu’est l’Eucharistie ; ce que nous allons dire se réfère forcément à l’Eucharistie, puisque le Christ est là au maximum de sa puissance et de son amour. Donc, tout l’amour et toute la grâce qui va découler de Lui dans l’Eglise vient de l’Eucharistie. La Liturgie des heures est toute irriguée par cette sève, cette vie, qui vient de l’Eucharistie.

 

"Laudis canticum" : un tournant de la théologie de la liturgie des heures après Vatican II

Que nous dit l’Eglise à propos de cette « liturgie des heures » ?
Je commence par vous citer un passage de la Constitution apostolique « Laudis canticum » du 1er novembre 1970. C’est un texte important, canoniquement parlant ; une constitution apostolique, c’est ce qui vient tout juste après une encyclique, donc c’est un texte qui compte.
« Le chant de louange qui résonne éternellement au ciel et que Jésus-Christ , souverain prêtre, a introduit dans cette terre d’exil a toujours été continué par l’Eglise au cours des siècles, avec constance et fidélité, dans la merveilleuse variété de ses formes. »
« La liturgie des heures [1] s’est développée progressivement pour devenir la prière de l’Eglise locale. [2] Dans des lieux et des circonstances déterminées, elle est alors devenue, sous la présidence du prêtre, comme le complément nécessaire de tout le culte divin exprimé dans le sacrifice eucharistique, pour imprégner toutes les heures de la vie des hommes. »

Mère Geneviève Gallois, osb  - la vie du Petit Saint Placide

Mère Geneviève Gallois, osb – la vie du Petit Saint Placide
… donc avec lui ? Petit Placide se trouvait établi dans sa vraie situation devant Dieu. La liturgie lui faisait dire ce qu’il n’avait jamais osé dire. Sa parole façonnait sa pensée, et sa pensée façonnait son être. Donc, la Liturgie tombait sur lui comme un moule ; et lorsqu’elle l’avait transformé, elle remontait à Dieu comme l’expression de son Etre à lui, Petit Placide.

De même que sur la table de l’autel vous avez le pain et le vin devenus corps et sang du Christ, le pain est fractionné en tous petits morceaux que l’on distribue. Et bien de l’autel de l’eucharistie, il y a des grâces qui sont données pour tous les états de vie : les prêtres, les religieux, les personnes mariées, les célibataires : chacun reçoit de l’Eucharistie des grâces pour mener sa vie chrétienne, dans son état de vie. Et puis il y a aussi les « moments » de la vie. Nous communion, et c’est toute la semaine qui est sanctifiée par cette communion… Nous communion aujourd’hui et c’est toutes les heures qui de cette journée de travail, les repas, les rencontres, la vie commune, notre vie personnelle avec Dieu, tout cela va être sanctifié par le sacrifice eucharistique.
« A la fin de ces prières [3] on reprend la prière du Seigneur [4]. Celle-ci étant récitée également à la Messe, l’usage de l’Eglise primitive où elle était récitée trois fois par jour se trouve maintenant restauré. »
A l’origine du christianisme, les premières communautés n’ayant plus le droit d’aller à la synagogue, n’ayant plus le droit d’aller au Temple, le sacrifice de l’ancienne loi ayant été abrogé, ils avaient comme lieu de culte leur propre cœur ; et puis ils célébraient l’Eucharistie là où ils pouvaient, c’est à dire dans la plus grande maison appartenant à un membre de la communauté ; chaque jour, il avaient un moment de prière : le matin, au milieu de la journée et le soir ; et ils disaient le « Notre Père ».
« La prière de la Sainte Eglise étant donc rénovée et restaurée complètement selon sa très ancienne tradition et en tenant compte des besoins de notre temps, il est très souhaitable qu’elle imprègne, vivifie, pénètre profondément toute la prière chrétienne, qu’elle l’exprime et qu’elle l’alimente efficacement toute la vie spirituelle du peuple de Dieu. »
Tout est dit… Et c’est la suprême autorité de l’Eglise qui dit cela… C’est la première fois que cette rénovation et restauration est faite depuis des siècles parce que le Concile de Trente n’avait pas eu le temps d’élaborer une nouvelle prière des heures. Il avait mis en place des grandes règles pour changer la vie de l’Eglise, réformer les choses qui n’allaient pas bien. Le Concile avait dit au pape : « c’est à vous de rénover le Missel », – ce qu’a fait le pape Pie V, et puis c’est à vous de vous occuper du bréviaire, c’est à dire du livre de la prière des heures, ce qu’avait fait également le pape Pie V, mais en déléguant. A l’époque on avait essayé de retrouver une certaine unité dans l’ancien office qui datait du IX° siècle et qui avait eu des ajouts, des recoupes, au cours des siècles. Là , c’est la première fois que dans les 4 livres de la liturgie des heures, il y a tout, qui est donné à toute l’Eglise. « Alimenter la vie spirituelle » : nous recevons dans l’Eucharistie tout, mais la grâce eucharistique doit être « étalée » tout au long de la journée.

Liturgie des heures et prière chrétienne

« La prière chrétienne est avant tout la prière de toute la communauté humaine que le Christ rassemble. »
Il y a deux moments clés dans l’évangile où Jésus parle de la prière : il y a deux directives précises et fortes ; quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret. C’est une première affirmation de la réalité, la nécessité et de l’urgence de la prière. Chacun de nous est appelé à pratiquer cette prière personnelle. L’idéal de la vie des moines c’est que cette prière soit continuelle, que l’on soit sans cesse « branchés ». C’est pour cela que nous sommes un petit peu à l’écart, pas trop de bruit, n’avoir pas trop de choses à faire à la fois. C’est le but de la prière personnelle. Ca n’est pas réservé aux moines, c’est l’idéal de tout chrétien. Et puis il y a la prière en commun : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Et il ajoute ailleurs : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, ils peuvent demander n’importe quoi, mon Père le leur donnera ». Vous avez là toutes les bases évangéliques de la prière chrétienne en général. Et la prière des heures peut être pratiquée par des cellules vivantes du Corps du Christ réunis par l’Esprit Saint dans un seul tout qui est l’Eglise. Et si le corps est là, l’Eglise n’est pas un cadavre décapité, l’Eglise est un corps vivant avec une tête Jésus Christ. Et la vie qui circule entre les membres jusqu’au plus petit de nos orteils, c’est l’Esprit Saint. Donc chaque fois que nous sommes en prière, nous vivons cette communion à la Sainte Trinité.
« Chacun participe à cette prière qui est la prière propre d’un corps unique, car en elle s’unissent les prières qui expriment la voix de l’épouse bien aimée du Christ, les désirs et les vœux de tout le peuple chrétien, les supplications pour les besoins de tous les hommes. »

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Un "bréviaire" moribond ?

Quand j’avais cherché à comprendre ce qu’était la prière des heures, j’ai vu pas mal de livres d’études … Et je n’arrivai pas à comprendre ; j’étais un peu comme un étudiant en médecine qui a disséqué pas mal de cadavres et qui aurait voulu savoir ce que c’est comme corps vivant. Et le médecin il est là pour soigner les vivants, par pour disséquer les morts. J’avais l’impression d’avoir étudié un cadavre, j’en connaissais toutes les parties ou à peu près, et il manquait encore quelque chose pour comprendre de quoi il s’agissait.
Et tout d’un coup, j’ai eu une distraction pendant l’oraison, et m’est revenu en mémoire un souvenir de ma petite enfance : qu’est ce que papa et maman ont à se raconter tout le temps ? Ils n’arrêtent pas de parler ensemble ? Et encore le soir, on s’endort en les entendant parler dans leur chambre. Mais qu’est ce qu’ils racontent ? C’est vrai que nous avons eu la chance d’avoir des parents très amoureux l’un de l’autre, ils ne s’ennuyaient jamais ensemble. J’étais l’aîné donc j’étais censé savoir, mais je n’en avais aucune idée. J’étais resté sur ma faim ; et tout à coup dans mon oraison ce jour là -bienheureuse distraction ! – je me suis dit en fait ils parlaient de nous, des soucis, des enfants des projets, comment améliorer le bonheur familial ? Et je me suis dit ça y’est : la liturgie des heures, c’est ça : le Christ et l’épouse qui se parlent. Ils sont en train de communiquer la vie ; le Christ donne sa grâce en permanence. Et l’Eglise, émerveillée par la beauté de son, époux, amoureuse de lui depuis toujours, ne cesse d’être accueillante à sa parole et à lui demander pour ses enfants, pour leurs enfants, tout ce dont il a besoin. Et le Christ qui a tout donné pour son épouse, qui lui a livré sa vie sur la croix pour elle.

Donc la liturgie des heures c’est tout un ensemble de paroles de Dieu, de prières de l’Eglise d’intercession de louanges et d’action de grâces, d’écoutes et de réponses, c’est tout cela. Un dialogue où nous pourrions avec un bon stéthoscope, entendre les pulsations, les battements du cœur du Christ et de l’Eglise. Dans cette prière là vous avez à travers les mots, à travers le mariage des phrases, la succession des différentes parties de l’office la possibilité de capter les battements du cœur du Christ, et ces mêmes battements du cœur de l’Eglise. Et c’est extraordinaire. C’est la plus belle harmonie qui soit au monde, c’est ce chant d’amour entre le Christ et l’Eglise.
« C’est du cœur du Christ que cette prière reçoit son unité. Notre rédempteur a en effet voulu « que la vie qu’il avait commencée dans son corps mortel par ses prières et son sacrifice fût continuée sans interruption au cours des siècles dans son Corps mystique qui est l’Eglise [5] ». »



 

[1] C’est un nom nouveau ; c’est la première fois dans l’Eglise qu’on utilise ce terme ; « liturgie », c’est à dire service de Dieu, service opéré, offert par l’Eglise, « des heures », pour le temps ; sanctifier le temps, et le temps c’est notre vie ; chacun de nous au moment de sa conception a reçu un certain temps, une durée , nous sommes jusqu’à la fin de notre vie pris par une durée, pris par le temps. Donc la liturgie des heures, n’est pas un sacrement – il y a 7 sacrements -, mais un « sacramentel ». La liturgie des heures est une manière de rendre saint le temps, le temps du monde, notre temps, le temps de l’Eglise.

[2] Ca serait donc bien qu’en sortant d’ici, chacun d’entre vous se sente responsable de la liturgie des heures dans sa paroisse…

[3] les trois grands moments de la journée : la prière du matin : les laudes, l’Eucharistie, et les vêpres

[4] C’est à dire le « Notre Père ».

[5] Pie XII : encycl. Mediator Dei, 20 nov. 1947, n°2.

 

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