Interprétation… suite.

Pour faire suite à notre article sur l'interprétation , une excellente synthèse de principes de base est disponible sur Pro Liturgia : nous en reproduisons le texte ci dessous :

L'INTERPRETATION DU CHANT GREGORIEN: QUELQUES CONSEILS…
Elements de réponse aux questions posées par une internaute.

 

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Le problème de l'apprentissage et de l'interprétation du grégorien qui se pose au sein de certaines chorales est complexe. Que répondre aux personnes qui posent des questions à ce sujet? D'abord, on peut dire qu'il n'y a aucune "méthode" d'apprentissage et d'interprétation pleinement satisfaisante ou parfaite: tout dépend aussi, pour une bonne partie, du chef de choeur.
La méthode d'interprétation sont basées sur ce qu'on apprenait jusque dans les années 1960: le comptage et la décomposition en unités neumatiques. C'est quelque chose qui peut être très utile pour le déchiffrage d'une pièce et pour unifier les voix. Cependant, ça peut aussi donner un grégorien qui manque de vie, de chaleur, d'élan. Aussi est-il souvent nécessaire de dépasser cette méthode pour donner davantage de liberté au chant (c'est surtout vrai pour les pièces ornées).
La base de tout le grégorien réside dans un principe très simple: il s'agit de chanter intelligemment les mots et les phrases. Pour cela, il faut voir que ce qui est essentiel, c'est l'accent verbal: toutes les lignes mélodiques du grégorien sont construites autour de l'accent verbal. C'est lui qui doit "chanter", c'est lui qui doit permettre de structurer les mélodies.
Un exemple: dans l'introït du 1er dimanche de l'Avent, considérons les paroles du début "Ad te levavi". Celui qui se limite au comptage mettra un ictus rythmique sur le podatus de "LEvavi". Or l'accent verbal du mot se trouve sur la syllabe "leVAvi" (il y a d'ailleurs un petit accent ajouté sur la syllabe du mot). L'ictus peut conduire ici à faire des choses fausses: en effet, il ne faut pas appuyer la première syllabe du mot (LE), mais faire chanter la deuxième syllabe (VA); cette "musicalité" de la syllabe accentuée est préparée par la syllabe qui précède (LE) et rejaillit, mais en se reposant, sur la syllabe qui suit (VI).
Même chose pour les mots suivants: l'accent est sur "A" de "animam" (d'ailleurs cette syllabe est épanouie par la montée mélodique) et on ne refait plus d'accent sur les autres syllabes… même si le comptage pousserait à remettre un ictus sur le podatus de "MAM".
Idem pour le mot "meam": l'accent est sur "ME", puis l'éclairage de la syllabe suivante "AM" se fait par la lumière de l'accent.
Attention! L'accent verbal latin est quelque chose de léger, de chantant: il ne faut donc jamais l'alourdir ou le frapper sous prétexte de vouloir bien le faire.
Il y a dans cette même pièce de l'Avent un autre exemple intéressant. C'est le mot "neque". On trouve une seule note sur "NE" et sept notes sur "QUE" (plus un point mora au sujet duquel il y aurait beaucoup à dire!) Généralement, le "NE" est sacrifié par les choristes, et l'on entend surtout le "QUE"… Or la syllabe accentuée reste bel est bien "NE". Comment interpréter alors? Il faut éviter de précipiter cette première syllabe "NE", et ensuite il faut alléger la tenue sur "QUE", ce que confirme d'ailleurs l'écriture des manuscrits anciens qui, sur les trois notes groupées signale une tristropha (légère) et non une trivirga (plus "solide").
Allons un peut plus loin et considérons la montée quilismatique sur "inimici". Le quilisma indiquait assez souvent, à l'origine, l'emplacement d'un demi-ton qui pouvait faire problème (ici, si/do) et il marquait une sorte d'élan de la montée (amplification?). Or si l'on marque très "scolairement" le point mora de la première note, on aura toutes les chances – ou plutôt les risques – de briser cet élan.
Certes, pour faire un bon élan, il faut bien prendre appui sur quelques chose… à condition de ne pas rester coller dessus! L'élan doit donc être judicieusement réparti sur les quatre notes de la syllabe "MI" en sorte que tout vienne s'épanouir sur la dernière note do.
Ce ne sont là que quelques indications. Tout maître de choeur devra aussi tenir compte des possibilités des ses choristes et de l'acoutisque de l'église. L'essentiel n'est-il pas d'abord de faire un grégorien vivant qui suscite la joie de s'unir à la prière chantée de l'Eglise?

 

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