III° dimanche de Pâques : un peu masos, les apôtres ?

La lecture des Actes des Apôtres qui nous est proposée ce dimanche nous rapporte quelque chose de fort curieux : la première vraie persécution qui s’abat sur le noyau des premiers disciples, après la période relativement favorable qu’ils ont traversée, est marquée par la joie : « mais eux [les Apôtres], en sortant du grand conseil, repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus ».

https://i2.wp.com/www.spiritualite-chretienne.com/marie/rosaire/gloire3.jpg?resize=242%2C299Voilà qui n’est pas normal. Subir avec courage l’adversité est une chose, y voir un motif de fierté, c’est déjà plus étonnant, mais y trouver de la joie, allons donc ! Rappelons-nous que ce sont les mêmes qui ont fui au moment de l’arrestation de Jésus, les mêmes qui se tenaient barricadés au Cénacle « par peur des juifs. » On est déjà surpris de leur audace, qui frôle la provocation, quand ils déclarent devant le Sanhédrin, la plus haute instance juridique d’Israël : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Mais là, il y a autre chose : la conscience d’avoir obtenu le privilège d’imiter Jésus jusqu’au bout, la joie paradoxale de partager son sort, même au sein de l’épreuve.

Le statut de la souffrance, en régime chrétien, est un peu surprenant. Le christianisme clame que Dieu n’a pas de complaisance pour tout ce qui abîme l’homme. Loin de tout romantisme, les chrétiens ne voient dans la souffrance aucune beauté particulière : signe de l’échec du premier projet de Dieu, elle n’est pour eux que le signe de ce qui reste à racheter dans la condition humaine. C’est pourquoi depuis le début ils ont tant fait pour soigner toutes les misères humaines et qu’aujourd’hui encore tant de religieux et de religieuses œuvrent pour soulager la souffrance sous toutes ses formes.

Mais d’un autre côté, cette souffrance qui maintenant existe, qui est une part du chemin de toute humanité, les chrétiens ont appris à ne pas la redouter, depuis que le Christ l’a traversée pour nous sauver. Ils redisent avec saint Paul : « ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances…rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur » (Romains 8,38-39).

Mieux, ils ont appris à y voir le test de l’amour poussé jusqu’au bout. Jésus en s’offrant volontairement, jusqu’à la souffrance incluse, et la plus terrible qui soit, est venu visiter ce coin obscur de notre humanité, cette zone aride où le Démon, qui tord les corps et les âmes, retient captive l’humanité. Lui, il a convoité cette place, la moins enviable qui soit, pour que l’homme n’y soit plus séparé de Dieu, qu’il ne croie plus y être abandonné de son Créateur.

Si, pour nous, le Christ a fait cela, si vraiment « il m’a aimé et s’est livré pour moi » (Galates 2,20), alors, comme le dit encore saint Paul, « l’amour du Christ nous presse » (2 Corinthiens 5,14), nous voulons, nous aussi, dans la mesure de nos forces, rejoindre le Maître dans ces terres désolées où il est venu manger le pain amer des pécheurs. Nous ne voulons pas le laisser seul, nous aspirons à partager quelque chose de sa Croix, pour ne pas seulement profiter des fruits merveilleux de sa Passion, mais encore, s’il le veut bien, en porter un peu le poids sur nos épaules. « Dieu vous a fait la grâce, à l'égard de Christ, non seulement de croire en lui mais encore de souffrir pour lui » (Philippiens 1,29). Il s’agit d’une grâce, que seuls comprennent les vrais amants.

Nous voyons mieux alors pourquoi les Apôtres, qui n’avaient, n’en doutons pas, aucun goût naturel pour les coups, ont néanmoins salué comme un honneur singulier le fait de pouvoir souffrir pour le Nom du Christ. Ils ne doutent pas qu’ils ont tout reçu de lui, et qu’ils sont capables par eux-mêmes du pire, mais ils voient dans l’épreuve (limitée) qu’ils viennent de subir la preuve que le Christ ne les traite pas comme des enfants irresponsables, mais qu’il les croit capables de porter avec lui un petit bout de sa Croix, pour le salut du monde.

Une leçon à méditer.

Michel GITTON

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