II° dimanche de Pâques : Mon Seigneur et mon Dieu.

Saint Thomas, dans sa surprise et son admiration, ne trouve rien de mieux à dire que d’appeler Jésus ressuscité, qui est là devant lui, son « Seigneur » et son « Dieu ». Passe encore pour le premier terme qui a une signification assez large : depuis le simple « Monsieur » (« c’est vrai, Seigneur, mais… » déclare simplement la syrophénicienne en Marc 7,28), jusqu’au nom divin (transcrivant le Tétragramme imprononçable) que Moïse a entendu au mont Sinaï (Exode 3,14). Difficile néanmoins de ne pas y voir un terme déjà très fort, chargé d’une nuance de respect et d’attachement.

https://i1.wp.com/www.mon-expression.info/images/religion/saint-thomas.jpg?resize=250%2C227Mais le mot de « Dieu » a de quoi faire sursauter. Quoi ! Le Dieu qui a fait le ciel et la terre, que ne peut contenir aucun lieu, fût-ce le Temple de Jérusalem, serait là en chair et en os ? Il y a là une chose impensable pour un juif, formé à la rude école de l’Ancien Testament, et qui a appris à rejeter l’idolâtrie sous toutes ses formes. On sait bien que les païens voient des dieux partout et qu’ils honorent même leurs empereurs de ce titre, mais c’est un triste exemple, qui prouve seulement qu’ils ne savent plus ce qu’est Dieu. Thomas, lui, le sait, il l’a même appris de Jésus à défaut de quiconque. « Nul n’est bon que Dieu seul » (Marc 10,17), « tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c'est à lui seul que tu rendras un culte » (Luc 4,8). Il y aurait lieu de rassembler, pour les méditer, tous les passages où Jésus nous parle de Dieu, c’est visiblement le sujet qui lui plait le plus et où il a le plus à dire, car il sait lui de quoi il parle : « moi, je dis ce que j'ai vu auprès de mon Père » (Jean 8,38). Il nous chante sa puissance créatrice et recréatrice, sa providence, sa patience, sa miséricorde, son innocence devant le mal, son dessein de salut etc… Il est triste de voir des chrétiens qui n’ont rien à dire sur Dieu et qui, quand on leur en parle, font tout de suite bifurquer la conversation sur Jésus. Sans doute, « nul ne connaît qui est le Père sinon le Fils », mais la réciproque est vraie aussi : « nul ne connaît qui est le Fils sinon le  Père » (Luc 10,22). Sans une grande idée de Dieu, peu de chance de savoir reconnaître Jésus pour ce qu’il est.

Néanmoins le titre de Dieu donné au Christ a de quoi surprendre. Elle ne se rencontre que trois fois dans tout le Nouveau Testament (outre cet exemple : Romains 9,5 et Tite 2,13). Il ne s’agit pas en effet de laisser croire qu’il y a un deuxième Dieu à côté du Père, mais bien que celui-ci, source absolue de la divinité, entretient en lui-même, depuis toujours, un lien unique et privilégié avec Celui qu’il appelle son Fils. Le Fils n’est pas à côté du Père, comme un rival ou un inférieur, il est en Lui, inséparable de Lui. D’ailleurs le plus beau nom qui puisse lui être donné, celui de Père, ne suppose-t-il pas qu’il ait un Fils ? Et si ce nom est son nom propre, c’est qu’il en a toujours été ainsi, même avant de nous créer, et donc qu’il a toujours eu un Fils, et que celui-ci partage tout avec Lui.

Reste à comprendre pourquoi c’est à ce moment que Thomas le désigne ainsi. Qu’a-t-il vu, après tout ? Même ressuscité, Jésus qui apparaît est un homme, ses mains et son côté sont de la chair humaine, comment passer de ce constat, assez surprenant, il est vrai, d’un mort qui est revenu à la vie à la conviction que c’est Dieu en personne ?

Cela n’est possible que parce qu’il y a eu la parole de Jésus, qui annonçait ce qui allait suivre. Resurrexit sicut dixit, il est ressuscité, comme il l’avait dit. La Résurrection n’arrive pas à Jésus comme le dénouement heureux de son histoire personnelle, elle manifeste qu’il domine cette histoire de toute sa stature, qu’il est depuis toujours le confident du Père et l’artisan de son œuvre, que rien ne s’est fait au hasard et qu’aujourd’hui encore, il vient au devant de l’incrédule pour le faire entrer à son tour dans un très beau dessein, qui va bien au-delà du présent.

Quand nous allons communier, nous pouvons redire, avec respect, avec admiration, avec tout l’élan de notre cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Michel GITTON

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