II° dimanche de Carême : Prenez-moi tous pour modèle.

Saint Paul n’oublie à aucun moment ses limites (« ce trésor, nous le portons dans des poteries sans valeur », nous dit-il), il se sait enveloppé de faiblesses, il nous raconte ses combats pour être fidèle à l’appel du Christ. Mais, curieusement, il n’a pas peur à certains moments de donner en exemple sa conduite : « tous ensemble imitez-moi, frères, et fixez votre regard sur ceux qui se conduisent suivant l'exemple que vous avez en nous » (Philippiens 3,17).

 

C’est que le christianisme n’est pas chose abstraite, somme de principes tout théoriques, idéal lointain, il s’incarne dans des personnes. Tout simplement parce qu’il a commencé ainsi, dans le Christ, Verbe incarné. En lui d’abord, en lui surtout, la perfection de Dieu s’est donnée à voir, à toucher. A travers les gestes et les paroles de Jésus, toute la sainteté de Dieu s’est laissée approcher. Or le miracle se continue avec ses disciples. Non qu’ils soient sans péché, nous le savons bien. Mais à travers ceux qui nous transmettent la foi, nous pouvons deviner comment la vérité du message se fait chair et sang.

 

Ce n’est pas un hasard si la suite du Christ s’est personnalisée au fil des siècles dans des figures spirituelles (grands moines, fondateurs d’ordres, « starets » en Orient etc…) qui ont paru soudain faire revivre un ou plusieurs traits du modèle premier. On sait comment saint François d’Assise a soudain secoué la chrétienté toute entière, qui a vu en lui comme une icône du Christ.

 

Ne nous croyons pas trop vite adultes au point de n’avoir plus besoin de modèles et  d’exemples, comme si la lettre des Evangiles nous suffisait. Beaucoup de ceux qui ont fait un chemin de conversion qui les a amenés à la foi, ou encore à la vocation sacerdotale ou religieuse, l’ont souvent accompli en compagnie d’un « témoin » qui leur a révélé la vérité profonde du christianisme à travers sa vie de prière et de charité, ses convictions et ses combats. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas été conscients de ses faiblesses, qui parfois sautaient aux yeux, presque caricaturales à côté des sommets entrevus, mais ce paradoxe même fait partie de l’image du Christ, qui a pu être ensemble si fort et si faible.

 

Il y a des tas de choses dans le christianisme qu’on peut dire, qu’on peut expliquer, justifier autant qu’on voudra, mais qui ne deviendront réelles pour moi ou pour tout autre que quand on les aura vues à l’œuvre, réalisées dans le temps, avec des forces humaines, des contraintes extérieures etc… Comment voulez-vous que je sache le pardon, le vrai pardon, sans ressentiment ni démission, si je ne l’ai pas vu un jour offert, magnifiquement, patiemment offert, dans le don sans réserve de celui qui, comme Thérèse, avec la vielle sœur insupportable qui troublait sa prière et s’offusquait de sa spontanéité, finit par gagner le cœur l’offenseur et enlever de son cœur toute amertume ?

 

Mettons-nous en ce Carême à l’école des amis de Dieu. La gloire de la Transfiguration (dont nous lions ce dimanche le récit) rejaillit sur eux.

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