Fête Dieu

L’Eucharistie, c’est pour nous la présence de Jésus dans l’hostie, c’est le don de son amour dans la communion, c’est le rassemblement des chrétiens qui apprennent à former un seul Corps en lui, c’est beaucoup de choses finalement. Beaucoup de choses, sauf précisément une « eucharistie ».
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Ceux qui retiennent ce mot, qui veut dire, comme chacun sait, « action de grâces », l’emploient généralement à contresens. « Avec l’eucharistie, nous rendons grâce à Jésus (ou à Dieu) de ce qu’il a fait pour nous », lit-on dans bien des explications de la messe pour les enfants. Eh bien non ! Ce n’est pas cela. L’action de grâces, l’eucharistie, c’est celle de Jésus tournée vers son Père. Voyons comment cet aspect qui ne nous parait pas forcément le plus important donne tout son sens au sacrement.

L’eucharistie, c’est une prière très caractéristique de la liturgie juive, qui ne se contente pas de louer Dieu pour ses bienfaits passés, ni même d’en demander le prolongement pour aujourd’hui, mais qui contient un acte de remise de soi de la part de la communauté, une confession des péchés, pour que le règne de Dieu arrive. L’« eucharistie » a donc la portée d’un sacrifice : derrière les paroles énoncées, c’est l’offrande du Peuple à son Dieu qui se consomme en un acte public et solennel (cf. Néhémie, chapitre 9). On comprend alors que Jésus ait voulu inscrire le don de sa vie dans le contexte d’une « eucharistie ». Tout s’y trouve rassemblé : l’affirmation de la bonté absolue de Dieu, la certitude de son dessein bienveillant, la volonté de s’y livrer totalement, la reconnaissance du péché de son peuple et de l’humanité, l’acceptation de porter les conséquences de ce mal, la fidélité maintenue jusqu’à l’extrême.

Dire que l’eucharistie est un sacrifice est donc un pléonasme. L’eucharistie première, celle du Jeudi Saint, est l’acte du grand prêtre qui s’offre pour son peuple, anticipant par là le don sanglant de lendemain. Mais l’eucharistie d’aujourd’hui est toujours cela : même offerte par des mains humaines, elle reste celle que le Christ présente à son Père dans ses dispositions d’adoration, d’oblation, d’intercession aimantes. Et ce don est accueilli, magnifié par le Père. C’est cela qui sous-tend les autres aspects du mystère eucharistique.

La présence réelle, d'abord, Si les paroles du prêtre peuvent obtenir une telle fécondité que de rendre Jésus présent sur l'autel, c'est que l'offrande pascale de Jésus, dans l'eucharistie de sa vie toute donnée au Père, lui permet de réaliser ce qu'il a promis et de multiplier en quelque sorte la présence de son Corps dans tous les lieux et tous les temps où la messe sera célébrée. Sa sainte humanité y est tellement glorifiée qu'elle peut excéder ses limites, déborder le lieu et du temps de son Incarnation, au point de rejoindre ses amis sur toute la face de la terre.

La communion, comme imprégnation à la fois personnelle et communautaire de nos vies, témoigne de cette « fluidité » du Corps du Christ offert en eucharistie au Père, qui ne s'arrête pas à la porte de notre existence, mais peut - ô miracle - y pénétrer, devenir plus nôtre que nous-même et nous réunir les uns aux autres par d'invisibles liens de charité.

N'ayons pas peur de revenir encore et toujours à ce centre merveilleux : « les miséricordes du Seigneur, à jamais je les chanterai ! »
P. Michel Gitton

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