Fête Dieu

Oui je voudrais vous dire ce qui monte à mon cœur quand approche cette Fête du Saint Sacrement, très justement appelée en France Fête Dieu.


Non pas que toutes les fêtes chrétiennes ne soient pas déjà des fêtes pour Dieu, mais parce que celle-là, la tard venue, nous met soudain en face de notre Dieu dans la splendeur de sa manifestation. Toutes les autres nous disent quelque chose de lui, celle-ci nous dit : « Il est là ! ». Inexplicablement, car nous savons que Dieu est au ciel et qu’aucun lieu sur terre ne peut prétendre l’enfermer. Nous savons que le Christ est ressuscité et qu’il est près du Père dans une sphère qui n’est pas (ou pas encore) la nôtre. Et pourtant…


Cette présence a ceci de déconcertant et de mystérieux que tout ce que nous voyons n’est pas lui : Jésus n’est ni rond, ni blanc, il ne pèse pas deux grammes, on ne peut le fractionner et pourtant c’est là qu’il a caché sa présence. « Blotti au Pain de Vie pour nous donner vie », nous dit saint Jean de la Croix, dans un raccourci fulgurant. Nos sens sont concernés puisqu’il y a bien quelque chose à voir, à toucher, à goûter, mais ils sont en même temps disqualifiés, car ce qu’il y a à recevoir ne se livre qu’à la foi. La visite de notre Bien-Aimé est digne d’un grand Roi : elle provoque nos chants et mille apprêts pour rendre splendide le lieu de son apparition et Lui, il est là caché dans un peu de pain ! Mais c’est un pain qui n’est du pain qu’en apparence, car il a pris toute la place. Sur la croix sa divinité était voilée, ici c’est même son humanité qui n’apparaît plus, chante saint Thomas dans l’Adoro Te.


Seul notre amour peut correspondre à pareil don, sans amour il n’y aurait pas ici de foi, et sans la foi tout cela serait absurde et même choquant. Mais il y faut un amour large et ample, magnifique à la mesure de la magnificence de notre Dieu. Le cœur qui calcule la dépense, l’esprit trop froidement raisonnable n’ont pas ici leur place. Les simples et les enfants comprennent tout de suite l’adoration du Saint Sacrement, là où les savants ont longtemps fait grise mine. L’Église si sobre d’habitude dans ses marques d’amour pour son Seigneur n’a rien ici de trop beau, l’orfèvrerie, la plastique ont inventé des formes incroyables, la liturgie retrouve les alléluias du temps pascal, le théologien se fait poète et invente des thèmes imprévus, qui font fondre la vieille ontologie des manuels et fraient à la pensée des chemins inédits.

Que tout cela reste dans la gratuité. L’adoration n’est jamais un dû, c’est un don. L’Église, gardienne du Corps de son Époux, a grandement facilité aux fidèles l’accès à la Présence, elle permet aujourd’hui l’exposition de la sainte Hostie dans des conditions moins strictes de jadis. N’allons pas plus loin et ne transformons l’émerveillement de la Présence en un self-service, où nous n’aurions rien à gagner.

Chrétiens mes frères, la fête que nous recevons ce dimanche n’est pas là que pour un seul jour. Toutes nos adorations, toutes nos communions sont destinées à être de vraies « fêtes Dieu », où nous retrouverons la surprise et l’émerveillement de ce jour. Ne nous habituons pas…

Michel GITTON

1. Adoro te devote, latens Deitas,

Quae sub his figuris vere latitas:

Tibi se cor meum totum subjicit,

Quia te contemplans totum deficit.

1. Je T’adore dévotement, Dieu caché

Qui sous ces apparences vraiment prends corps,

À Toi, mon cœur tout entier se soumet

Parce qu’à Te contempler, tout entier il s’abandonne.

2. Visus, tactus, gustus in te fallitur,

Sed auditu solo tuto creditur;

Credo quidquid dixit Dei Filius:

Nil hoc verbo Veritatis verius.

2. La vue, le goût, le toucher, en Toi font ici défaut,

Mais T’écouter seulement fonde la certitude de foi.

Je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu,

Il n’est rien de plus vrai que cette Parole de vérité.

3. In cruce latebat sola Deitas,

At hic latet simul et humanitas;

Ambo tamen credens atque confitens,

Peto quod petivit latro poenitens.

3. Sur la croix, se cachait Ta seule divinité,

Mais ici, en même temps, se cache aussi ton humanité.

Toutes les deux, cependant, je les crois et les confesse,

Je demande ce qu’a demandé le larron pénitent.

4. Plagas, sicut Thomas, non intueor;

Deum tamen meum te confiteor;

Fac me tibi semper magis credere,

In te spem habere, te diligere.

4. Tes plaies, tel Thomas, moi je ne les vois pas,

Mon Dieu, cependant, Tu l’es, je le confesse,

Fais que, toujours davantage, en Toi je croie,

Je place mon espérance, je t’aime.

5. O memoriale mortis Domini!

Panis vivus, vitam praestans homini!

Praesta meae menti de te vivere

Et te illi semper dulce sapere.

5. O mémorial de la mort du Seigneur,

Pain vivant qui procure la vie à l’homme,

Procure à mon esprit de vivre de Toi

Et de toujours savourer Ta douceur.

6. Pie pellicane, Jesu Domine,

Me immundum munda tuo sanguine;

Cujus una stilla salvum facere

Totum mundum quit ab omni scelere.

6. Pieux pélican, Jésus mon Seigneur,

Moi qui suis impur, purifie-moi par Ton sang

Dont une seule goutte aurait suffi à sauver

Le monde entier de toute faute.

7. Jesu, quem velatum nunc aspicio,

Oro fiat illud quod tam sitio;

Ut te revelata cernens facie,

Visu sim beatus tuae gloriae.

7. Jésus, que sous un voile, à présent, je regarde,

Je T’en prie, que se réalise ce dont j’ai tant soif,

Te contempler, la face dévoilée,

Que je sois bienheureux, à la vue de Ta gloire.

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