Faut il « coexister » ? (2/3)

Dans l’article précédent était abordé la question de l’initiative « YouCoun » qui concerne avant tout une mise à disposition des enseignements de Vatican II à la jeunesse. Ce qui est évidemment une très bonne chose, mise à part, disons, quels approximations concernant les textes mêmes de la première constitution du Concile pourtant revendiquée par le principal initiateur de « You Coun » ; cela nous a fait un peu réfléchir sur une autre de ses initiatives, « Coexister », une association inter religieuse qui cherche à promouvoir la paix.

Je constate que ce concept de « coexistence » n’est en fait pas du tout franco-français, puisqu’un véritable mouvement international, « Coexist » , a été lancé dans les milieux anglo saxons et prend de l’ampleur : vous savez, un de ces mouvements qui font du militantisme avec des autocollants qu’on met sur la voiture, ou sur tel ou tel effet personnel ; un peu comme le mouvement du petit noeud rouge qui veut dire « je suis contre le Sida » et qui en fin de compte n’est que le paravent, habillé de bon sentiments, d’un militantisme en faveur du préservatif ou de la « normalisation » des unions homosexuelles… Parce que je ne connais pas grand monde qui est en faveur du Sida…

J’ai trouvé sur un excellent blog, « The Curt Jester », une analyse tout à fait bienvenue sur la question, je vous livre donc ici une traduction commentée. Parce que tout cela n’est évidemment pas sans lien avec la question liturgique, où, « comme chacun sait » il faut savoir « coexister » avec d’autres expressions plurielles…

Coexister avec des gens qui arborent un autocollant « Coexister ».

S’il y a un autocollant que j’ai très souvent vu à côté des autocollant politiques, c’est certainement l’autocollant « Coexister ». Or, il ya quelque chose vis-à-vis de cet autocollant qui m’ennuie vraiment. Un reflexe qui ne mène pas vraiment à la tolérance vis à vis de la personne qui a mis l’autocollant.

Je me suis donc demandé : pourquoi ?

L’autocollant de la tolérance comme beaucoup de choses, promeut une vérité mais en même temps une erreur : maintenant bien sûr vous ne pouvez pas espérer qu’un autocollant avec un seul mot fait de divers symboles religieux soit une démonstration capable d’articuler pleinement ce que la propriétaire de cet autocollant désire qu’il signifie. C’est plus la façon astucieuse avec lesquelles les symboles religieux sont utilisés pour écrire el mot qui fait son succès. Mais le symbole lui-même pour les gens qui mettent ça sur leur voiture semble absent. Le véritable message, c’est le suivant : je suis tolérant, vous ne l’êtes pas, remettez-vous en cause. [Notons immédiatement également à quel point ce réflexe conditionné est appliqué dans le domaine liturgique, et habillé de sensibilité, avec le discours des commissions liturgiques sur le chant grégorien : il vous faut « chanter de tout » ou alors vous n’êtes pas « ouvert » à une Eglise plurielle. Le chant grégorien n’est admissible qu’à condition qu’il « accepte » de « coexister » dans l’expression rituelle du rite (sous entendu « infra-ordinaire »).]

Il y a aussi le slogan « Ne pouvons –nous pas juste vivre ensemble ? », et là aussi, il y a une signification plus large. La tolérance religieuse définie comme telle c’est certainement quelque chose qui devrait être promue et recherchée. Le design original vient d’un designer polonais Piotr Mlodozeniec qui l’a conçu pour un concours artistique d’un musée de Jérusalem. Il a été popularisé par U2 (NDT : le groupe rock) qui a commencé à l’utiliser en toile de fond d’une de ses tournées. Lorsqu’on connaît les conflits qui ont eu lieu en Irlande, on comprend en quoi cela a interpellé les membres de U2.

Maintenant, vous ne pouvez pas psychanalyser quelqu’un en fonction de l’autocollant qu’il a mis sur la lunette arrière de sa voiture, mais vous pouvez tout de même avoir une idée générale en essayant de deviner ce qui a motivé cette personne à choisir cet autocollant.

Concrètement, ces autocollants sont parfois combinés avec d’autres slogans réputés « de gauche », et ça aide à comprendre. Ceci dit, une fois j’ai vu un autocollant « Coexister » à côté d’un autre autocollant « Nobama ». Mon analyse depuis mon fauteuil est la suivante : la plupart des « coexistants » sont soit sans religion, ou appartiennent au groupe des « spirituels non religieux ». Ils sont à juste titre scandalisés par l’intolérance religieuse spécialement quand cette dernière implique de la violence. Cependant, en même temps, ils connaissent peur de choses au sujet de la véritable intolérance religieuse. Par exemple, je doute qu’il y ait un recoupement entre les « coexistants » et ceux qui sont inquiets de l’intolérance religieuse impliquée par le Mandat HHS (NDT : l’« Obamacare » qui nie la possibilité pour les catholiques de refuser l’avortement, contre lequel l’épiscopat des États-Unis est entré en lutte politique ouverte).

Le fait que les Musulmans une fois au pouvoir dans certains pays ont restreint sévèrement les autres religions est également quelque chose qui ne semble pas non plus alerter plus que ça les « coexistants ». Cette vision des choses est en réalité appuyée sur l’indifférentisme religieux qui est inférée de cet autocollant : toutes les religions devraient aller ensemble parce que toutes les religions sont en fait égales. [Encore une fois ce réflexe indifférentiste doctrinal et religieux est accompagné dans les paroisses d’un réflexe indifférentiste sur le répertoire musical. Tout répertoire musical est supposé être d’égale valeur. Or, malheureusement, ce n’est pas du tout ça que disent le Concile Vaticna II et le missel romain … Actuel.  ]

L’idée de la tolérance est quelque chose de tout à fait autre lorsqu’on regarde la définition proposée par la Catholic Encyclopedia :

« La tolérance signifie le fait de supporter patiemment la présence d’un mal qu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas empêcher. Par tolérance religieuse, on entend l’indulgence magnanime que quelqu’un montre vis-à-vis d’une religion autre que la sienne accompagné de la détermination morale de la laisser, ainsi que ses adhérents, sains et saufs, en privé et en public, même si cette personne est en complète désapprobation intérieure de cette « fausse foi ».

En fait si vous expliquiez à un « coexistant » que vous appréciez son « support patient de la présence d’un mal », je suis certain qu’il n’aimerait pas cette définition. [Encore une fois faisons notre parallèle liturgique : ce n’est pas parce qu’on admet dans le culte des musique qui sont inadaptées, qu’elles sont tolérées faute de mieux, que justement, là où le mieux est en stock et disponible sur simple demande – à savoir le chant grégorien – la valeur de ce dernier doit être abaissée au niveau des répertoires de piètre qualité qui sont malheureusement le quotidien de nos célébrations liturgique. Le concile et le missel sont pourtant clairs là dessus. Mais acceptera t’on un jour de les appliquer ?  ]

Ce qui m’ennuie le plus souvent c’est que cet appel à la tolérance tombe « trop court ». Je suis appelé à aimer mon voisin, pas juste à la tolérer. Je suis aussi appelé à aimer mon ennemi, pas juste à le tolérer. Mais la vision fausse de la tolérance ne s’autorise pas à avoir d’ennemi. Je suis appelé à aimer ceux qui n’ont pas la même foi que moi, et si possible leur apporter l’Évangile. Et ce type d’amour ardent, est dissoute dans l’eau tiède de la tolérance.

Si vous regardez le mot tolérance dans le catéchisme de l’Eglise catholique, vous ne trouverez rien, et en tout cas vous ne trouverez certainement pas la fausse vue de la tolérance qui met au même niveau toutes les croyances.

«L’Église reconnaît dans les autres religions la recherche, mais« dans l’ombre et les images » (Constitution dogmatique. Lumen gentium, n. 16) d’un « Dieu inconnu », mais proche, parce que c’est lui qui donne à tous la vie et le souffle à toute chose.  » C’est pourquoi l’Église considère tout ce qui peut être trouvé « de bon et de vrai» dans les religions comme une préparation à l’Évangile et comme un don de Celui qui illumine tous les hommes afin qu’à la fin ils aient la vie « (Ibid.)» (Catéchisme de l’Église catholique, 843).

Il y a encore beaucoup à dire là dessus… Mais soyez tolérant, et patient… La suite au prochain numéro…

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