Eveil au judaïsme

Cette année, nos amis juifs fêtent le 13 et 14 septembre « Roch-ha-chanah », le début de l’année, précédant de peu le Grand Pardon (Yom Kippour, le 22 septembre) et la Fête des Tentes (Soukkot) qui s’étage sur toute une semaine (du 27 au 4 octobre).

Nous avons intérêt à mieux connaître ces fêtes (dont l’origine est mentionnée dans la Bible, cf. Lévitique 23,23-42) et que Jésus a connues et pratiquées. Nous allons voir qu’elles ne sont pas sans avoir influencé notre liturgie chrétienne, en tout cas elles peuvent toujours élargir notre prière.

 

Roch-ha-chanah n’existait sans doute pas comme tel avant l’exil à Babylone, car, à date ancienne, l’année commençait au printemps avec le renouveau de la nature (c’est pourquoi la Pâque est datée du 13 du premier mois). Néanmoins, à l’époque perse, les Hébreux se mirent à suivre le calendrier des peuples au milieu desquels ils vivaient et dont l’année commençait à l’automne, si bien qu’ils rattachèrent le début de l’année au cycle de la fête des Tentes. Le Lévitique parle d’un jour de repos, de souvenir et d’acclamation au début du septième mois, devenu ainsi le premier. Tous les peuples marquent d’une façon ou d’une autre le début de l’année comme une journée de prières pour demander la protection divine, les juifs le font aussi, mais en donnant à ce jour le sens d’ « un jour du souvenir, où l’homme est invité à faire un retour sur lui-même, à interroger son passé » (C. Kessler). En effet le chofar, la corne de bélier, que l’on sonne solennellement ce jour-là est « comme un appel issu du fond des âges, il réveille en sursaut les consciences endormies. » Loin d’une vision cyclique, où le monde recommence chaque année, la foi biblique nous fait vivre l’histoire comme l’occasion d’une avancée laborieuse, tendue entre une origine, la création, et un avenir que Dieu nous prépare, sa pleine victoire sur le mal.

 

Plus important pour nous est le Yom Kippour, qui traduit un profond appel à la Rédemption, à la guérison du péché. Le mot même de Kippour (« expiation ») exprime ce qu’on attend de Dieu : la purification des fautes commises. Malgré l’usage français, le mot hébreu traduit ici par « expier » n’implique pas qu’une souffrance soit la condition nécessaire de la délivrance, le rite sacrificiel qui marquait jadis cette fête consistait pour le Grand Prêtre à pénétrer de façon exceptionnelle dans le Saint des Saints et à déposer le sang du taureau offert pour les péchés d’Israël sur la plaque de métal (le « propitiatoire ») qui se trouvait entre les deux chérubins dans le lieu mystérieux de la présence divine, accompagnant ce rite d’une prière, où, pour une fois, le nom sacré et imprononçable de Dieu (Yahvé) était proféré à haute voix. L’Epître aux Hébreux nous présente le sacrifice de Jésus comme la grande réalisation de ce rite impressionnant. Aujourd’hui les juifs, qui n’ont plus accès au temple de Jérusalem et n’offrent plus de sacrifices, vivent ce jour dans la prière et le jeûne, dans un appel très instant à la miséricorde divine. Le sentiment du péché est la condition très réelle requise pour que nous puissions bénéficier de la miséricorde. Par une curieuse coïncidence, nous avons ce dimanche la lecture de l’épisode du Veau d’Or, dont le souvenir est très présent dans la liturgie de Kippour, tout péché est dans son fond, une idolâtrie, une manière d’esquiver le silence de Dieu en se donnant un objet proche à encenser et à servir.

 

Quant à la fête de Soukkot, elle est la seule des trois grandes fêtes de pèlerinage à ne pas avoir trouvé directement place dans le calendrier de nos fêtes chrétiennes (à la différence de la Pâque et de la Pentecôte). On sait qu’elle marque le souvenir de la vie d’Israël au désert, qu’elle évoque ce moment de précarité heureuse où le peuple fait l’expérience de sa proximité avec Dieu, qui le soutient de ses dons et l’instruit de ses voies. Il n’est pas interdit de voir un rapport avec la fête de la Croix glorieuse, le 14 septembre, où l’Eglise découvre la protection que lui assure le bois de la Croix et apprend à cheminer sans autre assurance que celle-là : notre faiblesse avec lui est une force…

 

Prions pour que Dieu nous garde fidèles dans ce chemin qu’il a fait suivre à Israël et qu’il a prolongé dans l’Eglise. Demandons à ne jamais déchoir de l’expérience que nos Pères nous ont transmise.

 

Michel GITTON

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