Du bon usage de la liturgie (4) : la préparation pénitentielle

Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie« . Nous en faisons une lecture commentée.  Notre commentaire est en rouge. Les mises en gras sont de nous.

Rappels – La Troisième formule

Mettons-nous bien d’accord! Il y a un peu plus de vingt-cinq ans [On voit par cette ligne que le livre « Du Bon usage » a vraiment vieilli. Mais notre propos ici est justement renforcé que la plupart des gens en restent à une compréhension du rite romain d’après Vatican II qui est imbibé de beaucoup d’affirmations péremptoires contenues dans ce livre issu d’une instance officielle, et qu’il faudra bien tôt ou tard corriger de façon ferme.] que commençait l’application de la réforme liturgique issue du deuxième Concile du Vatican. Depuis ce temps, des habitudes se sont prises, des façons de faire se sont installées, vis-à-vis desquelles il est indispensable que nous portions un regard critique. L’enjeu n’est pas de l’ordre de la censure, mais de la fidélité. [Nous sommes d’ailleurs convaincus que beaucoup de fidèles ont bien avancé dans le sens de la fidélité, aidés notamment en cela par une compréhension renouvelée des rites grâce notamment à tous les efforts dans la célébration mais aussi les catéchèses liturgiques faites par Benoît XVI.]

Sans doute faut-il à cet effet et par tous les moyens (bulletins diocésains et paroissiaux, homélies, réunions liturgiques, etc.) réintroduire dans notre vie chrétienne la pratique ancienne des «catéchèses mystagogiques», c’est-à-dire l’explication détaillée du sens des rites liturgiques que nous vivons, pour en mieux saisir le mystère. [Les catéchèses mystagogiques, nous en avons parlé encore récemment sur notre site en ce qui concerne le dimanche In Albis]

QUELQUES RAPPELS SUR LA PRÉPARATION PÉNITENTIELLE

1. Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, la préparation pénitentielle ne forme pas un rite en elle-même: elle n’est pas un rite pénitentiel, mais fait partie d’un ensemble rituel que l’Ordo Missae appelle «l’ouverture de la célébration». [Nous l’avons déjà écrit mais en réalité, il s’agit non pas des « rites d’ouverture » mais des « rites initiaux ». Nuance sémantique, certes mais qui a son importance. Par ailleurs, ce n’est pas une « préparation » pénitentielle mais un « acte » pénitentiel. C’est-à-dire que nous ne sommes pas uniquement dans une démarche psychologique, mais bien dans l’action de reconnaître les fautes que nous avons commises, avec une gestuelle… Nous reviendrons là-dessus.] Cela ne signifie pas qu’elle soit secondaire, mais veut dire qu’elle n’est pas un tout en elle-même: elle est une partie de quelque chose qui est plus grand qu’elle.

2. Si curieux que cela puisse paraître, la préparation pénitentielle avec toute l’assemblée est une création de Vatican II. Rappelons que dans l’Ordo de saint Pie V, à la grand-messe, le prêtre célébrant était seul avec ses acolytes à réciter le Confiteor en arrivant au bas de l’autel. [En réalité, ce n’était pas la question : les choses sont beaucoup plus prosaïques. L’ordo dit de « Saint Pie V » ne prend pas en compte l’idée qu’il y a une assemblée. Donc, évidemment, l’ordo ancien ne prévoit pas de faire réciter le confiteor à une assemblée… Qui n’existe pas !] Pendant ce temps était chanté l’Introït puis le Kyrie qui est une acclamation au Seigneur miséricordieux et non un acte pénitentiel. [Oui et il faut le redire. Le Kyrie lui-même ne fait pas partie de l’acte pénitentiel] Vatican II a voulu que ce soit toute l’assemblée qui, au début de la célébration, confesse devant Dieu qu’elle est faite de pécheurs et proclame la miséricorde de Dieu.

3. A en juger par ce qui se passe dans nos célébrations, on croirait qu’il n’y a que deux formules de préparation pénitentielle: le «Je confesse à Dieu» et la triple invocation. Or il existe quatre possibilités. Qu’est devenue la deuxième formule, courte mais puissante: «Seigneur, accorde-nous ton pardon»? Qu’est devenue surtout l’aspersion? Trop d’Asperges me systématiques l’ont sans doute écartée au début; mais il est temps d’y revenir. [Rappelons que le rite de l’aspersion est réservé aux dimanches, en signe du baptême, c’est à dire de Pâques qui est une fête de dimanche qui et commémorée par la liturgie de chaque dimanche. Cela n’a pas de sens de reprendre le rite de l’aspersion en semaine. L’ensemble de la liturgie – et pas seulement de la liturgie de la messe – du dimanche est en relation avec Pâques, comme en témoigne par exemple aux vêpres le chant du psaume de la sortie d’Égypte 113, au rite romain] Il est temps surtout de revenir à une alternance des autres possibilités selon les périodes liturgiques ou les occasions. L’aspersion au Temps pascal, par exemple, a un sens pénitentiel lié au baptême, [Pas seulement au temps pascal : le reste de l’année aussi…] de la plus forte expression.

Ajoutons que d’après la dernière édition du Missel romain en français (le petit missel carré d’autel, 1978), la troisième possibilité, celle de la triple invocation, a trois formulaires, et non un seul, et qu’on peut en choisir d’autres, puisque le missel indique: «ces invocations ou d’autres». [Alors évidemment, depuis l’édition typique latine du missel qui date de 2002, et qui ne contient pas ces options, on doit probablement considérer cette remarque comme nulle et non avenue.]

4. La Préparation pénitentielle s’achève par ce que l’Ordo appelle la «prière pour le pardon» que prononce le prêtre: «Que Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde…» Il ne s’agit pas d’une formule d’absolution sacramentelle au sens strict, mais il est bien clair que le prêtre ne parle pas ici pour ne rien dire et que c’est bien le pardon de Dieu qui est offert à chaque membre de l’assemblée. Cela nous rappelle que si le recours au sacrement de pénitence et de réconciliation est requis pour les fautes graves, l’Église dispose de bien d’autres moyens pour apporter le pardon de Dieu aux chrétiens qui se reconnaissent pécheurs. Celui-ci en est un; les fidèles doivent le savoir.

LE CAS DE LA TROISIÈME FORMULE

La troisième formule est celle qui comporte les trois invocations et qui semble de loin la plus utilisée. [Comme si elle était la plus adaptée… Or nous le verrons, il n’en est rien. Bien au contraire.] C’est celle également qui permet le mieux une certaine adaptation selon, notamment, les lectures du jour. [Comme dans plusieurs passages de cet opuscule « le bon usage », il faut probablement considérer cette dernière phrase comme de trop . Rien dans l’édition typique du missel n’autorise ici une adaptation d’aucune sorte. Ce n’est pas le lieu. « L’équipe liturgique » n’a pas à « composer » une « prière pénitentielle adaptée aux lectures du jour ». Ce qui est curieux d’ailleurs, c’est que dans l’absolu le formulaire du dimanche ne contient pas que des lectures, mais a une antienne d’introït, de communion, trois prières propres : collecte, sur les offrandes et post communion, parfois une préface propre voire un communicantes ou même un hanc igitur propre. Mais jamais les tentatives de créativité des équipes liturgiques ne s’exercent sur autre chose que les lectures bibliques. Ce qui en dit long sur les présupposés qui alimentent l’esprit de ceux qui « préparent » les liturgies dominicales… ]

Mais grand Dieu, miséricorde (c’est le cas de le dire!), que s’est-il passé? Comment en une vingtaine d’années seulement, ce qui est une invocation au Seigneur («Seigneur Jésus…, O Christ…, Seigneur…») et un rappel de ce qu’il a fait pour nous sauver a-t-il pu devenir cette espèce d’examen de conscience maladivement narcissique, où l’on ne cesse de se regarder au lieu de le regarder, Lui? «Nous n’avons pas…, nous n’avons pas su…, nous avons oublié de…» Et quoi d’autre encore? [Bref : le Bon usage reconnaît que cette idée de « prière pénitentielle » qui a fini par s’imposer un peu partout, et qui est une adaptation française du missel puisque rien de tel n’apparaît dans l’édition typique est nulle et non avenue. Un rappel opportun : la raison pour laquelle la 3ème formule n’est pas à privilégier, c’est que de façon antique le Kyrie est traditionnellement attaché à une litanie (comme par exemple la litanie des saints). Que c’était le cri lancé dans l’antique Rome par ceux qui assistaient au triomphe du général. Que c’est concrètement impossible à traduire correctement du grec au français… Et que c’est une acclamation qui est beaucoup plus proche rituellement du Gloria que l’on chantera juste après. La preuve, il n’y a rituellement aucune pause requise entre le chant du Kyrie et celui du Gloria ; au contraire les deux chants doivent s’enchaîner pour justement ne pas laisser le narcissisme du retour sur soi nous faire oublier la présence glorieuse du Christ qui vient visiter Son peuple. L’utilisation de la 3ème formule oblige d’ailleurs à proférer la prière d’absolution – bien sûr non sacramentelle – entre ces deux chants : ce qui est contraire à la dynamique du rite. La 3ème formule si elle est licite, est dans la plupart des cas victime d’une jansénisation rituelle. Nous la déconseillons donc à cause de toutes les difficultés et les abus qu’elle entraîne…]

Ces données concernant la préparation pénitentielle doivent rejoindre chaque lieu, chaque équipe, chaque chrétien, prêtre ou laïc, qui prépare une célébration. Comment? Grâce à vous, lecteurs soucieux que la loi de notre prière liturgique soit la loi de notre foi: Lex orandi, lex credendi.


En tout cas ce qu’il faudrait retenir, c’est que justement le Kyrie ne fait pas partie de la préparation pénitentielle. Cela a donc plusieurs conséquences : la première, c’est que si on utilise par exemple le dimanche le rite de l’aspersion (le répertoire grégorien propose l’antienne Vidi Aquam au temps pascal et l’antienne Asperges me le reste de l’année), cela ne veut pas dire que l’on supprime automatiquement le Kyrie. Le célébrant peut même asperger les fidèles pendant le Kyrie en cas de besoin. Le répertoire grégorien propose ainsi un Kyrie de forme ornée pour les dimanches du temps pascal… C’est bien le signe qu’on peut l’utiliser ! Sinon, il ne serait même pas dans le livre officiel des chants du rite romain, parce que l’aspersion est fortement conseillée le dimanche surtout au temps pascal. La remarque vaut la peine d’être précisée : plusieurs fois des prêtres « formés » (!) nous ont expliqué que pour que ce soir « plus liturgique », il « fallait » supprimer le Kyrie. Mais de quelle liturgie parle t’on ? Deuxièmement, comme on l’a vu, le chant du Kyrie ne peut jamais tenir la place de l’acte pénitentiel qui n’est jamais ad libitum (optionnel) à la messe. Enfin, il faut tout de même préciser que l’acte pénitentiel qui est préféré en dehors du dimanche – c’est-à-dire les jours ordinaires – c’est bien le Confiteor, puisque c’est lui qui systématiquement est en choix 1 dans le missel. Nous ne nous étendrons pas sur le fait que la traduction française est bien pauvre par rapport à l’original latin, mais nous insisterons sur le fait qu’il est juste de s’incliner en signe de pénitence, et de se frapper la poitrine par trois fois à Mea culpa, Mea culpa, Mea maxima culpa si l’on célèbre en latin ou à « Oui j’ai vraiment péché » si on célèbre en Français. Encore une fois, ce n’est pas parce que la rubrique ne le mentionne pas que c’est interdit. Bien au contraire, c’est un geste immémorial en occident, qui est concrètement entièrement dans la culture, et qui doit donc être favorisé. Si le missel dans ses rubriques laisse une place légitime à l’inculturation de certains gestes, cela ne signifie certainement pas qu’il favorise la déculturation des usages reçus. Et ce geste en fait indéniablement partie.

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