Du bon usage de la liturgie (2) – la salutation

Suite de notre article précédent.
Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie ». Nous en faisons une lecture commentée.

Après avoir vénéré l’autel, c’est au siège de présidence (et non à l’ambon ou en restant à l’autel) que le prêtre célébrant se rend pour accomplir le premier acte de sa présidence: faire avec l’assemblée le signe de la croix par lequel chacun marque son corps de la Pâque du Christ, et saluer l’assemblée pour manifester la présence du Seigneur parmi elle.

Dans beaucoup d’endroits, il sera possible, et donc souhaitable, de faire (et de dire) le signe de croix en se tournant vers la croix. Dans certains cas, le prêtre pourra même le faire avant de se rendre à son siège. Il entre dans le choeur, se place devant le crucifix, attend la fin du chant d’entrée et fait le signe de la croix, évidemment sans micro, même dans une grande église. En revanche, la salutation se fera, bien sûr, en regardant l’assemblée.

Il y a quelques idées intéressantes dans ce qui est indiqué ici : l’idée même que celui au nom de qui est célébrée la liturgie est justement extérieur à l’assemblée, et même extérieur à celui qui célébre, et / ou qui préside la célébration. Le signe de croix se fait vers le crucifix… Mais précisons immédiatement que le crucifix est supposé être sur l’autel ou dans sa proximité immédiate. Et donc c’est bien vers l’autel qu’on se tourne, et pas seulement vers le crucifix. Précisons tout de même qu’avant le signe de croix, les ministres ordonnés ont justement accompli le rite du baiser à l’autel, et son encensement… Se tourner vers l’autel est d’ailleurs un geste liturgique tout à fait et absolument commun, qu’on fait à l’office divin au début de la célébration, mis aussi aux répons et aux versets… Mais c’est un autre sujet.
Le texte du « Bon usage » mentionne « il entre dans le chœur ». Soyons précis ; il faut parler ici non pas du « chœur » (lieu où l’on chante) mais du sanctuaire (le vocabulaire liturgique parle du « presbyterium ») c’est-à-dire l’endroit où se tiennent les prêtres. Il y a dans tous les familles de rites (rites orientaux et occidentaux) une distinction entre les espaces sacrés ; on connaît bien la question du « saint des saints » dans le Temple de Jérusalem, où Zacharie devient muet ; on connaît aussi l’enclos délimité par l’iconostase des orientaux. Nous avons en occident un usage identique qui a malheureusement disparu presque partout depuis le Concile (de Trente… ! ) : le jubé, à l’entrée duquel on place un crucifix monumental (qui n’est justement pas celui de l’autel).
Il est tout à fait clair que le signe de croix se fait pr les ministres tourné vers le crucifix de l’autel, et non pas vers le crucifix du jubé, s’il y en a un (ce qui est le cas dans de nombreuses églises, encore aujourd’hui ; la distinction nécessaire entre ces deux crucifix est malheureusement trop souvent omise, et a encouragé quelques liturgistes mal inspirés à justement supprimer le crucifix de l’autel au motif de la présence de celui de l’ancien jubé… Erreur !).

Le baiser à l’autel : l’usage légué retient que le prêtre pose à plat ses deux mains sur l’autel en le baisant, le diacre une seule main. Dans les célébrations les plus solennelles, si ces deux ministres sont accompagnés d’un lecteur, il peut être de bon ton qu’il s’incline de façon profonde, en haut des marches, de façon synchronisée avec les ministres ordonnés, qui eux seuls, baisent l’autel. Il va de soi qu’avant tout cela, on aura également salué le Très Saint Sacrement, s’il est présent au sanctuaire, par une génuflexion.
Précisons encore quelque chose d’important à ce sujet. La génuflexion est due au Saint Sacrement, présent au tabernacle. Il va de soi qui si le tabernacle est dans le sanctuaire, il est de bon ton de génuflecter lorsqu’on passe devant. Mais il peut être vraiment utile de transférer le TS Sacrement dans une chapelle latérale avant la messe, dans le tabernacle d’un autel secondaire, avant le début de la célébration pour éviter par exemple de tourner le dos au Seigneur, ou de passer devant alors que les espèces consacrées sont sur l’autel. Cela va évidemment de soi, mais pourtant, dans de nombreux endroits, il semble qu’on fasse comme si le tabernacle (pourtant rempli) était inexistant pendant la messe le tout avec la meilleure bonne foi du monde, pour « appliquer les rubriques ». C’est évidemment erroné. Si on n’a pas d’autre choix que de laisser le TS Sacrement au sanctuaire, il faudra alors génuflecter à chaque fois que l’on entre et que l’on sort de l’enceinte sacrée et aussi se débrouiller pour faire en sorte d’éviter au maximum de passer devant le tabernacle pendant toute la célébration, ce qui est parfois non seulement très contraignant mais aussi handicapant pour le bon déroulement des célébrations.

800px-Jube_Saint-Etienne-du-Mont
Le jubé de l’église Saint Etienne du Mont, à Paris

L’ouvrage du CNPL « Du Bon usage » ne mentionne pas les gestes des autres ministres (en particulier les enfants de chœur). Devant l’autel, la salutation requise est l’inclination profonde, sauf, évidemment, pendant tout le temps où le TS Sacrement est présent. C’est effectivement parfois assez complexe, surtout lorsque ces derniers sont jeunes. Non seulement parce que certains peuvent être distraits, mais aussi parce que le geste lui-même demande une certaine grâce, et une certaine retenue. Il s’agit en effet d’incliner le buste pour que ce dernier se trouve concrètement parallèle au sol, ce qui est souvent difficile à réaliser – avec beauté – pour des enfants. On pourra, comme cela se fait dans beaucoup d’endroits – leur donner comme consigne de toujours génuflecter devant l’autel et sa croix. Si cette option est éventuellement envisageable pour des servants d’autel ne portant rien, elle l’est toujours pour les acolytes porte cierges. Il est évidemment délicat de faire une inclination profonde le cierge à la main ! Rappelons encore que la coutume de ne pas génuflecter pourun acolyte portant un cierge ne s’applique que lorsque les acolytes céroféraires entourent le porte croix. On ne génuflecte jamais avec la croix en main, ni lorsqu’on entoure la croix (on se contente d’une inclination de la tête). Par contre dans le cas le plus courant, il n’y a pas de procession avant la messe, donc pas de croix de procession, donc, les acolytes porte cierge génuflectent même si les autres ministres font une inclination profonde. Les acolytes pourront donc toujours une génuflexion en lieu et place de l’inclination profonde.

Laisser un commentaire