Du bon usage de la liturgie (1)

DU BON USAGE DE LA LITURGIE – rites d’ouverture

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Notes, remarques, référence, actualité.

En 1999 le Centre national de Pastorale liturgique faisait paraître un opuscule, « Du bon usage de la liturgie », destiné à proposer un enseignement liturgique pour les fidèles mais aussi pour le clergé. Il est tout à fait évident qu’au regard de la position qu’a le CNPL devenu depuis le SNPLS,  en tant qu’organe officiel de la Conférence des Evêques de France pour la pastorale liturgique, cet ouvrage est devenu une référence pour la célébration de la messe. En effet, il regroupe un certain nombre de d’idées et de recommandations pour la célébration conforme de la sainte messe.
Il nous est apparu que depuis cette époque, une certaine maturité ainsi qu’une expérience plus concrète de la liturgie de la messe rendait possible, à cause d’un certain nombre de réflexions théologiques ou encore une évolution sensible des textes normatifs, de reprendre ce texte et de le confronter au réel. La situation liturgique d’aujourd’hui peut en effet faire comprendre avec des différences substantielles les textes officiels du rite romain.

DES RITES D’OUVERTURE

Le terme officiel qui désigne le début de la messe est donc le mot «ouverture», et non le mot «entrée» qui n’est employé que pour le chant. Cela signifie que ce début de célébration est bien plus qu’une entrée physique dans un lieu: c’est une mise en route qui a pour but, ainsi que le dit la PGMR n. 24 : «que les fidèles qui se réunissent réalisent une communion, et se disposent à bien entendre la parole de Dieu et à célébrer dignement l’eucharistie.»

La PGMR actuelle (2002) parle bien, pour le premier rite de la messe, du rite d’entrée, qui fait justement partie rites initiaux. Au numéro 46, il est mentionné : « RITUS INITIALES » ou rites initiaux, ou encore « premiers rites », et non pas rites d’ouverture ; et parmi ceux ci il y a bien un « rite d’introït », (Ritus qui liturgiam verbi præcedunt, scilicet introitus, salutatio, actus pænitentialis, Kyrie, Gloria et collecta, characterem habent exordii, introductionis et præparationis.). Ces rites initiaux ont un caractère non seulement d’ouverture ou plutôt d’exorde mais aussi d’introduction et de préparation. Par ailleurs, on ne peut pas ignorer qu’il s’agit bien, par le chant, de célébrer une entrée, l’entrée du célébrant, qui tient la place du Christ prêtre dans le sanctuaire. Résumer tout cela à « une » entrée « physique » dans « un » lieu est véritablement réducteur.

LE CHANT D’ENTRÉE

C’est par le chant d’entrée que tout commence. La PGMR n.25 lui donne pour mission «d’ouvrir la célébration, de favoriser l’union des fidèles rassemblés, d’introduire leur esprit dans le mystère du temps liturgique ou de la fête, et d’accompagner la procession du prêtre et des ministres». Quelle superbe fonction! On en déduira: que l’on choisira, dans le répertoire local, le chant dont le texte est le plus proche de l’esprit de la célébration du jour, et non pas d’abord tel chant parce qu’on l’aime bien; on tiendra compte également du fait que le chant d’entrée doit surtout introduire au mystère dominical du Seigneur mort et ressuscité. Il ne faudrait pas lui demander uniquement d’annoncer l’Évangile qui va suivre; chaque dimanche est avant tout une fête pascale. que, pour favoriser l’union des fidèles, le chant d’entrée devra être connu de tous et, sinon, appris avant le début de la messe. que, pour la même raison, il sera un chant d’assemblée ou, du moins, s’il y a une chorale, un chant comportant un refrain ou telle strophe qui reviendra prioritairement à l’assemblée. que, sans être nécessairement lent ou sans avoir forcément la forme «carrée» du choral, la mélodie du chant d’entrée devra avoir de la consistance et une certaine carrure.

La PGMR actuelle (parue en 2002, et même dans sa première version en 2000, soit après l’édition du « bon usage de la liturgie » dont nous parlons ici) dit (numéro 47) :

Populo congregato, dum ingreditur sacerdos cum diacono et ministris, cantus ad introitum incipitur.

Populo congregato : « Une fois le peuple rassemblé » : ces mots sont tout à fait importants dans l’optique de la liturgie d’après le Concile. Il faut comprendre que la liturgie se célèbre par l’Eglise, dont l’assemblée est une image, et que le prêtre célébrant la messe, préside (nous pourrons revenir utilement, plus loin, sur l’idée qu’il pourrait présider sans célébrer… eT oui. Mais c’est un autre sujet…). Tout ne commence donc pas par un chant mais par le signe théologique de l’assemblée, qui représente le corps du Christ, c’est à dire l’Eglise, qui célèbre l’entrée de celui qui est à sa tête, le prêtre (ou l’évêque). C’est seulement après le rassemblement du peuple que le prêtre entre solennellement, et que, par là, tous ceux qui sont présents dans l’église deviennent la représentation de l’Eglise universelle.
« alors qu’entre le prêtre avec le diacre et les ministres » : le prêtre dans la mesure du possible n’est pas seul : il est accompagné, servi, par d’autres ministres qui sont au premier chef le diacre, et les ministres qui sont le ou les lecteurs et les acolytes. L’entrée du célébrant dans le sanctuaire c’est en effet la célébration du mémorial de l’entrée du Christ à Jérusalem, sous l’acclamation des « enfants des Hébreux » (cf. les antiennes de la célébration des rameaux), que nous sommes en tant que Chrétiens. C’est une entrée solennelle, qu’accompagne le chant, précisément comme à la célébration des Rameaux ;  ce n’est pas un chant pendant lequel, incidemment, le prêtre se rend à son siège ! C’est une antienne de procession, avec versets de psaumes, et précisément pas un chant responsorial, si l’on s’en tient réellement à la liturgie romaine. Il faudrait pour se persuader de l’importance du rite d’entrée, comparer notre liturgie romaine avec d’autres liturgies, et pourquoi pas en particulier le rite zaïrois, qui, d’émergence récente dans l’histoire liturgique de l’Eglise, donne une place particulière et extrêmement solennisée (qui ne cadrerait d’ailleurs pas avec la noblesse et la simplicité du rite romain) au rite d’entrée, au début de la Messe.
« on commence le chant d’introït » : il ne s’agit pas de n’importe quel chant du «répertoire local ». Au contraire, il s’agit justement à ce moment précis de la constitution rituelle de la communauté locale comme image de l’Eglise universelle et corps du Christ, pour l’assemblée d’être véritablement de la voix de l’épouse à l’époux. Beaucoup d’enseignements théologiques pourraient justement être tirés des rites d’entrée (et non simplement « d’ouverture »): en tout cas au sujet du chant, l’Eglise a pris soin pour les formulaires de messes lues, de mentionner une antienne à lire, et pour les messes chantées de recommander l’antienne d’introït du Graduale romanum (IGMR 2002). C’est une ouverture de la communauté locale à quelque chose de plus grand qu’elle, à la réception et à l’incarnation dans sa célébration de la messe,à l’universalité catholique. Dans certains pays, on a composé en langue vernaculaire des antiennes et des répons utilisant des textes directement issus de l’ordo cantus missae latin. On peut regretter qu’en France on se contente de cantiques « dans l’esprit du jour » en se privant de la tradition de l’Eglise de textes chantés, en ayant même perdu la distinction ancienne de l’Eglise entre répons et antienne.

Le « bon usage » continue ainsi :

La valeur symbolique du chant d’entrée est très forte. Voici que se réunissent dans un même lieu des hommes et des femmes de tous âges, origines, milieux, conditions … Le chant est le premier acte qui manifeste de façon sensible la plus extraordinaire des réalités invisibles: du seul fait qu’elles se rassemblent au nom du Seigneur, ces personnes, malgré leur extrême diversité, ne forment plus qu’un seul Corps, celui du Christ.
«Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Matthieu 18, 20). Parce que le chant commun est la seule réalité sensible capable de constituer une entité (la mélodie) à partir de plusieurs sources individuelles (les voix de chacun), il est l’élément humain le plus signifiant de la réalité mystique: au sens strict, il «symbolise» car il rassemble.

L’affirmation que le « chant commun est la seule réalité sensible capable de constituer une entité (la mélodie) à partie de plusieurs sources individuelles (les voix de chacun) » et que « il est l’élément humain le plus signifiant de la réalité mystique » semble quelque peu exagéré, pour ne pas dire carrément idéologique. Si on tire toutes les conclusions nécessaires de cela on infère que : si je ne participe pas par le chant à la messe, je ne signifie pas la réalité mystique ? Je ne constitue pas « une entité » à savoir le corps du Christ, si l’on s’en tient à la définition de la liturgie par Vatican II (l’œuvre du Christ et de son corps qui est l’Eglise) ? Cela a évidemment des implications problématiques au plan pastoral : la valeur du chant aurait donc une valeur plus grande à partir du moment où il est commun, ce qui décrédibilise d’avance le chant du célébrant (pour les oraisons, la préface la prière eucharistique) mais aussi pour la schola ou n’importe quelle chorale qui prétendrait chanter quelque chose qui soit un tant soit peu musical et qui dépasserait la rengaine « accessible à tous ».
Par ailleurs, au lieu d’insister sur la « valeur mystique du chant de l’assemblée » (enseignement qu’on peinera à trouver dans le magistère de l’Eglise universelle ou la patristique) il aurait été intéressant de souligner que le chant d’entrée est justement un chant qui accompagne le rite de l’entrée et de l’encensement (qui n’est même pas mentionné ici !) ; et que justement le chant d’entrée n’est pas un rite en lui-même ; qu’il ne fait qu’accompagner le rite d’entrée, et que dans cette mesure il doit s’arrêter au moment où le célébrant est parvenu au siège pour le signe de croix.

Pour une approche plus conforme des rites d’entrée, on lira avec profit le chapitre concerné dans Pour Célébrer l’Eucharistie , de l’abbé Henri Denis, du diocèse de Lyon, membre du CNPL pendant 20 ans. Nous continuerons la prochaine fois notre lecture du Bon usage de la liturgie avec les deux paragraphes suivants : « la salutation » et « le mot d’accueil ».

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