Dominus dixit ad me : Filius meus es tu.


Dóminus dixit ad me: Fílius meus es tu, ego hódie génui te.

V/. Quare fremuérunt gentes; et pópuli meditáti sunt inánia?

Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils ; je t'ai engendré aujourd'hui.

V/. Pourquoi les nations ont-elles frémi? Pourquoi les peuples ont-ils médité des choses vaines?

 Alors que le monde cherche à nous attendrir avec des musiques enfantines ou vénales, l'Eglise chante à minuit cette antienne d'introït tirée du psaume 2. L'ensemble du propre de la messe de minuit a une forte coloration eschatologique. Le texte de cette antienne rappelle immédiatement le début du psaume 109 chanté chaque semaine aux IIes vêpres du dimanche: "Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis". C'est ce même psaume 109 qui sera utilisé dans le répons graduel (également en II° mode, mais d'un autre type, finale la, d'une grande amplitude soulignant la majesté du Messie roi et prêtre) avant la reprise des mêmes mots que ceux de l'introït dans le verset de l'alléluia.

La liturgie ne nous fait donc pas méditer sur le boeuf ou l'âne, la pauvreté ou la crèche, qui semblent cette nuit ramenés en fin de compte à un folklore bien vain, même s'il est expressif. Au contraire, l'Eglise nous amène au milieu de cette nuit à la contemplation de la gloire du Fils, assis à la droite du Père (Ps 109), déjà livré en sacrifice et déjà triomphant.

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 Alors que nous commémorons un anniversaire historique (c'est la naissance du Christ que nous fêtons) la liturgie nous met au contraire devant les yeux la génération éternelle du Verbe au sein de la Sainte Trinité. C'est ce que Dom Guéranger dans sa méditation sur la nuit de Noël, souligne fortement (l'Année liturgique) :

Il est temps, maintenant, d'offrir le grand Sacrifice, et d'appeler l'Emmanuel: lui seul peut acquitter dignement envers son Père la dette de reconnaissance du genre humain. Sur notre autel, comme au sein de la crèche, il intercédera pour nous; nous l'approcherons avec amour, et il se donnera à nous.

Mais telle est la grandeur du Mystère de ce jour, que l'Eglise ne se bornera pas à offrir un seul Sacrifice. L'arrivée d'un don si précieux et si longtemps attendu mérite d'être reconnue par des hommages nouveaux. Dieu le Père donne son Fils à la terre; l'Esprit d'amour opère cette merveille : il convient que la terre renvoie à la glorieuse Trinité l'hommage d'un triple Sacrifice.

De plus, Celui qui naît aujourd'hui n'est-il pas manifesté dans trois Naissances? Il naît, cette nuit, de la Vierge bénie ; il va naître, par sa grâce, dans les cœurs des bergers qui sont les prémices de toute la chrétienté ; il naît éternellement du sein de son Père, dans les splendeurs des Saints : cette triple naissance doit être honorée par un triple hommage.

La première Messe honore la Naissance selon la chair. Les trois Naissances sont autant d'effusions de la divine lumière; or, voici l'heure où le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et où le jour s'est levé sur ceux qui habitaient la région des ombres de la mort. En dehors du temple saint qui nous réunit, la nuit est profonde: nuit matérielle, par l'absence du soleil; nuit spirituelle, à cause des péchés des hommes qui dorment dans l'oubli de Dieu, ou veillent pour le crime. A Bethléhem, autour de l'étable, dans la cité, il fait sombre ; et les hommes qui n'ont pas trouvé de place pour l'Hôte divin, reposent dans une paix grossière; mais ils ne seront point réveillés par le concert des Anges.

Cependant, à l'heure de minuit, la Vierge a senti que le moment suprême est arrivé. Son cœur maternel est tout à coup inondé de délices inconnues ; il se fond dans l'extase de l'amour. Soudain, franchissant par sa toute-puissance les barrières du sein maternel, comme il pénétrera un jour la pierre du sépulcre, le Fils de Dieu, Fils de Marie, apparaît étendu sur le sol, sous les yeux de sa mère, vers laquelle il tend ses bras. Le rayon du soleil ne franchit pas avec plus de vitesse le pur cristal qui ne saurait l'arrêter. La Vierge-Mère adore cet enfant divin qui lui sourit ; elle ose le presser contre son cœur; elle l'enveloppe des langes qu'elle lui a préparés ; elle le couche dans la crèche. Le fidèle Joseph adore avec elle; les saints Anges, selon la prophétie de David, rendent leurs profonds hommages à leur Créateur, dans ce moment de son entrée sur cette terre. Le ciel est ouvert au-dessus de l'étable, et les premiers vœux du Dieu nouveau-né montent vers le Père des siècles; ses premiers cris, ses doux vagissements arrivent à l'oreille du Dieu offensé, et préparent déjà le salut du monde.

Au même moment, la pompe du Sacrifice attire tous les regards des fidèles vers l'autel ; les ministres sacrés s'ébranlent, le prêtre sacrificateur est arrivé aux degrés du sanctuaire. Cependant le chœur chante le cantique d'entrée, l'Introït. C'est Dieu même qui parle ; il dit à son Fils qu'il l'a engendré aujourd'hui. En vain, les nations frémiront dans leur impatience de son joug; cet enfant les domptera, et il régnera; car il est le Fils de Dieu.

Ceci est encore plus marqué par l'inversion de thèmes retenu par l'Evangile, qui nous présentent à la messe de minuit le récit historique de la naissance du Sauveur (Lc,2,1-14), alors que les antiennes sont eschatologiques. Demain, pour la messe du jour, nous aurons des antiennes soulignat l'historicité de l'avènement du christ (Puer Natus est) alors que l'Evangile nous présentera de façon mysqtique le Christ comme deuxième personne de la Trinité (Prologue de S. Jean : Jn 1,1-18).

L'antienne consiste en deux phrases, similaires dans leur structure avec le même ambitus de quinte. Elles commencent toutes les deux avec le même mouvement (Dominus / Ego) et finissent avec le même rythme serein. Les deux cadences finales des deux phrases se retrouvent souvent dans les Introïts du II° mode(en finale ré).

L'antienne est asssez courte, le graduel romain propose trois versets qu'on aura donc tout intéret à chanter également, en répétant bien sûr l'antienne entre chaque. 

La mélodie est simple, pure, c'est la proclamation de notre rédemption. Elle n'est pas triomphaliste mais doit être expressive, surtout sur "Filius meus". On remarquera le traitement avec des stropha sur le mi de Dominus et les deux syllables de dixit ; elles sont à chanter légèrement, pour mieux faire apparaître dans l'expression la deuxième incise de la première phrase : Filius meus es tu. Deux points particuliers :

– le podatus de meus, épisémé dans les éditions rythmiques, correspond à un podatus "carré" d'après l'analyse neumatique. Il ne s'agit pas de ralentir inconsidérément sur cette deuxième syllable, mais seulement d'exprimer  suffisamment ce sommet de la première phrase.

– la notation vaticane place une distropha sur la deuxième syllabe de génui, que Saint Gall rend comme une bivirga qui doit bien s'entendre, et ce d'autant plus que nous sommes sur le fa. Cette syllabe doit donc absolument être traitée de façon différente des fa de la première phrase.

Pour la transposition on pourra monter d'une quarte, dominante Sib, finale Sol.

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