Dimanche de la Sainte Famille

On ne soulignera jamais assez le caractère insolite de la famille de Joseph, Marie, et Jésus. Avant d’en faire un modèle de vie familiale, il faut mesurer  l’étrangeté de ce cas unique et reconnaître que c’est un modèle bien paradoxal, comme à chaque fois que Dieu nous invite à l’imiter : « soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait» (Matthieu 5,48), « accueillez-vous mutuellement comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu» (Romains 15,7). « Comme », tout simplement!

 

Regardons de plus près : la famille qu’on nous propose en exemple n’a eu qu’un seul enfant, et cet enfant, les deux conjoints ne l’ont pas fait ensemble. Est-ce cela qu’on doit considérer comme l’idéal de la famille ? Non, bien sûr. Le caractère exceptionnel de la Sainte Famille tient à l’enfant qu’elle abrite et qui est lui-même totalement hors normes: quand on a reçu le Don du ciel venu sur la terre, comment voulez-vous prolonger la série et, après ce rejeton unique, continuer à transmettre la vie à d’autres ? L’amour vraiment nuptial qui unit Marie à Joseph et Joseph à Marie n’a pu s’accomplir banalement comme tous les autres et il a dû rester ouvert, en attente, sans autre consommation que celle que Dieu lui-même opèrera dans la chair de Marie.

 

Que pouvons-nous donc imiter, si ce qui fait le cœur de la vie de la Sainte Famille est à ce point inimitable? Bien des choses en vérité, à commencer par ce respect du chemin propre de chacun. La famille n’a pas une définition unique à laquelle il faudrait de toute façon se plier. Loin du modèle bourgeois où le mariage constitue un état rangé et confortable, ennemi de toute aventure, la famille de Jésus, de Marie et de Joseph nous montre un chemin plein de surprises et de découvertes, où l’autre, avant d’avoir à remplir une fonction ou un rôle prévu pour lui, est ce don inattendu qui vous oblige à revoir tout votre projet de vie : si Marie et Joseph se sont vraiment « choisis », ce n’est pas pour remplir un programme fixé à l’avance, c’est pour s’avancer ensemble, libres de toute attache, sur la route où Dieu les attendait.

 

La famille de Jésus, Marie et Joseph n’est ni matriarcale, ni patriarcale, elle n’est pas un lieu de pouvoir. Joseph ne règne pas sur cette famille, il est le serviteur de tous, il se tait, il prend les décisions utiles au moment où le faut, et entraîne tout son monde, mais il lui a fallu commencer par accueillir chez lui deux êtres qu’il admire et qui le dépassent, il a dû exercer la responsabilité de père en faveur de Jésus, dont certains choix lui restent mystérieux, qu’il doit accepter de croire sur parole et auquel il lui faut continuer à faire confiance.  Et il en sera toujours ainsi.

 

Marie non plus ne règne pas : malgré l’aura qui se dégage d’elle, elle obéit, elle ne se fait pas remarquer. Elle se solidarise avec son mari pour demander à Jésus des explications sur sa conduite (« ton père et moi nous étions dans la peine »). Elle suggère à son Fils d’agir à Cana, mais ne lui force pas la main. Elle est là quand il le faut et ne s’impose jamais.

 

Ce n’est pas non plus une famille, où l’enfant est tellement au centre qu’il impose sa loi à tout l’entourage. Jésus leur « était soumis », nous dit-on. Marie et Joseph le laissent voyager seul à douze ans au milieu des pèlerins qui reviennent de Jérusalem avant de s’inquiéter de son absence. Il est aimé et non couvé.

 

En ces temps où il n’y a plus de modèles tout tracés pour les familles et où chacun doit inventer son chemin pour être fidèle à sa vocation, la Sainte Famille nous montre un parcours sans faute qui mérite qu’on s’y arrête. Le secret est dans l’amour fort qui unit ces trois êtres et leur volonté d’être avant tout fidèles à Dieu. C’est cela qu’ils peuvent nous communiquer.

 

Michel GITTON

 

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