« Debout, resplendis, car voici ta lumière »


La fête de l’Épiphanie apporte au mystère de l’Incarnation son côté lumineux. Noël est encore enveloppé des ombres de la nuit, l’Enfant né sans doute dans une grotte ne se laisse approcher que par de rares témoins : Marie, Joseph, les bergers. Avec l’Épiphanie – mot qui veut dire, on le sait : manifestation – la venue de Dieu sur terre éclate au grand jour, même si, de fait, les hommes capables de la recevoir et de la comprendre sont encore bien peu nombreux.

Ce côté lumineux de notre foi mérite d’être mis en valeur, car, à force de souligner l’incognito de Dieu dans notre histoire, on finirait par croire que c’est là le régime normal et que la Vérité devrait être tellement cachée que toute confirmation visible serait de mauvais aloi. Il est un passage d’Isaïe (au chapitre 45) qui peut nous faire réfléchir : les Hébreux se sont dits « pour sûr, tu es un Dieu qui se tient caché, Dieu d’Israël, qui nous sauve! » (v. 15), mais Dieu répond : « ainsi parle le Seigneur, le créateur des cieux, lui, le Dieu qui a formé et fait la terre, qui l’a rendue ferme, qui ne l’a pas créée vide, mais formée pour qu’on y habite. C’est moi le Seigneur, il n’y en a pas d’autre. Je n’ai pas parlé en cachette, dans un coin ténébreux de la terre, je n’ai pas dit à la descendance de Jacob:  » cherchez-moi dans le vide!  » C’est moi le Seigneur: je dis ce qui est juste, j’annonce ce qui est droit! » (v. 18-19).

Parce qu’il est le créateur du ciel et de la terre, parce qu’il a posé solidement les assises du monde, il y a bien un rapport entre l’intelligence de l’homme et la vérité de Dieu. Sans doute, Dieu ne se laisse-t-il pas approcher comme une réalité ordinaire que nous pourrions sonder à notre guise, il ne se révèle que si notre cœur est ouvert aux signes qu’il nous donne, mais cette condition est déjà requise pour toute découverte d’une vérité tant soit peu personnelle : le mystère de la personne humaine ne se dévoile pas à l’observation superficielle, il ne s’éclaire que dans un échange et pour peu que la confidence soit donnée et reçue. Avec Dieu, c’est ce que nous appelons la Révélation : il ne nous a pas posé d’énigme indéchiffrable, il veut se faire connaître de nous, car il y va de notre bonheur. Il y a mis certes des précautions, car l’homme prend souvent ses désirs pour des réalités et il est prêt à parer la divinité des oripeaux de son orgueil et de sa violence. Mais, une fois ménagée la cure de désintoxication qui nous déprend des idoles, il ne désire qu’une chose, répondre à ce désir qu’il a mis en nous : « mon cœur m’a redit ta parole : « cherchez ma face » » (Psaume 26 [27],8).

Il y a une complaisance des chrétiens dans le côté ténébreux qu’ils attribuent à leur foi, qui fait parfois froid dans le dos. Après une approche sans doute trop conquérante, où l’on voulait assener la vérité catholique comme une évidence opposable à toutes les doctrines contraires, on en est venu à un excès de discrétion : la foi serait quelque chose de si profond et de si paradoxal que l’on ne pourrait se mettre en peine de la proposer à tout un chacun comme une réponse à ses aspirations. Non seulement elle n’est pas une explication du monde dans son déploiement extérieur, mais elle ne serait même pas la clef de cette énigme qu’est l’homme, les sciences humaines nous en diraient bien assez là-dessus, elle devrait donc se retirer toujours plus loin pour laisser l’homme, devenu adulte, se comprendre lui-même. On ne s’étonne pas après cela que beaucoup d’âmes assoiffées aient cherché en dehors de l’Église et même du Christ une réponse que les catholiques ne savaient plus leur donner !

Sachons, avec humilité mais avec clarté aussi, dire que, puisque Dieu a parlé, c’est pour se faire comprendre et qu’une fois, non seulement il a parlé, mais qu’il a donné sa Parole, son Verbe, qui s’est vêtu de chair pour nous révéler le fond de son être et son secret éternel qui est de nous adopter comme des fils.

 

Michel Gitton

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