De la valeur et de l’autorité des conclusions d’une commission cardinalice….

Une commission cardinalice, si "experte" qu'elle soit, n'a aucune pertinence magistérielle ni liturgique. N'en déplaise à M. Madiran, de "Présent". 

On entend ici et là les choses suivantes : Jean-Paul II aurait convoqué en 1986 une commission cardinalice qui aurait statué la chose suivante : "(…) Concedendi omnibus id petentibus usum Missalis Romani secundum editionem typica vim habentem anno 1962, et quidem iuxta normas iam a commissione Cardinalitia "ad hoc ipsum instituta" mense Decembri anno 1986 propositas, praemonito Episcope diocesano."

Tous ceux qui le demandent, depuis 1986, auraient donc « droit » à la messe selon la liturgie romaine avec les livres de 1962. Une commission cardinalice se serait prononcée de façon définitive sur cette question, et la position prise par ces prélats, en réalité, fait autorité depuis. C’est bien d’ailleurs ce que sous-entend Jean Madiran dans Présent, puisqu’il souligne que c’est de cette façon qu’il faut interpréter les mots du Cardinal Ratzinger dans sa préface au missel du Barroux.

https://i2.wp.com/www.ghg.net/shetler/popes/images/paul_vi.jpg?resize=174%2C247Une commission cardinalice… A la volonté de laquelle se serait plié ou aurait du se plier le Souverain Pontife ? Ca ne vous rappelle rien ? Quant à moi, ça me fait penser à une autre commission cardinalice, convoquée cette fois par Paul VI, pour une réflexion théologico-pastorale concernant la question particulièrement débattue dans les années 1960 de la planification des naissances. Il n’est aucunement un secret que cette fameuse commission cardinalice avait à se prononcer sur une phrase que le pape devait – ou non ! – ajouter au corpus du Magistère : « Pour les couples mariés, les relations sexuelles fertiles et les relations infertiles forment un tout.». Et bien les 58 membres de cette commission ce sont prononcés, en faveur de cette expression. Résultat ? Le pape Paul VI, lui, signe Humanae Vitae, la fameuse « encyclique pilule », qui condamne la contraception. On voit donc là un pape à forte personnalité, qui en 1968 se positionne de façon tout à fait contraire à la mentalité ambiante – y compris un certain nombre d’évêques et de cardinaux – sur une question qui touche directement les mœurs des foyers chrétiens. Une certaine audace, et une véritable foi dans le charisme spécifique du ministère pétrinien. Parce que – faut il le rappeler, c’est une question qui se rattache objectivement aux mœurs, qui fait partie du magistère ordinaire (une encyclique est un texte qui a le plus haut degré magistériel) et qui est donc…. Infaillible. Pierre met donc en branle son infaillibilité pontificale pour contrebalancer l’opinion erronée d’une commission cardinalice, dont la pertinence a, on le voit parfaitement dans cet exemple, uniquement une valeur consultative.

L'image “https://i0.wp.com/www.ghg.net/shetler/popes/images/john_paul_ii.jpg?resize=171%2C243” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Mais rattachons-nous au sujet : Jean-Paul II a t’il en tant que pasteur de l’Eglise universelle pris en compte la conclusion des travaux de la commission cardinalice de 1986 ou l’a t’il rejetée ? Observons une chose très simple : suite à l'acte schismatique de Mgr Lefebvre, il écrit en 1988 un motu proprio, « Ecclesia Dei Adflicta », qui explique qu’il faut appliquer généreusement et largement l’indult de 1984… Dans lequel il concède aux évêques diocésains d’autoriser les fidèles et les prêtres à utiliser les livres du rite romain dans leur édition de 1962. Jean-Paul II, dans cet acte magistériel qu’est le motu proprio Ecclesia Dei Adflicta, ne suit donc absolument pas les conclusions de cette commission cardinalice… Puisqu'en 1988, la "messe tradi" n'est pas "libérée" ; c'est l'indult de 1984 qui est à appliquer "plus généreusement". Jean-Paul II contredit donc formellement, comme son prédecesseur Paul VI, par un acte magistériel, une commission de Cardinaux.

 

Pour tout dire, ce n’est pas tellement surprenant. Paul VI, à l’époque d’Humanae Vitae, avait justement demandé à celui qui allait devenir Jean-Paul II de se joindre à la commission cardinalice sur la contraception pour apporter sa vision experte sur ces questions de morale sexuelle. Karol Wojtila était d'ailleurs à l'époque un des seuls membres de la fameuse commission à s'opposer à la fameuse phrase qui remettait en cause l'ouverture à la vie des relations conjugales. On sait que devenu pape, il a passé une très grande partie de son pontificat (en particulier lors des audiences du mercredi), à expliciter la position – infaillible – de l’Eglise sur cette question. Jean-Paul II savait donc très bien que de toutes façons, l’opinion d’une commission cardinalice, au regard du magistère peut très bien n’avoir aucune valeur. Même si ce n'est pas toujours le cas, c’est manifestement ce qu’il a pensé – une fois pape – des conclusions de la commission de 1986… Donc : beaucoup de bruit pour rien.

https://i2.wp.com/www.ghg.net/shetler/popes/images/benedict_xvi.jpg?resize=186%2C236Met on – au même titre que dans le cas d’Humane Vitae, – la question de l’infaillibilité pontificale en jeu dans cette affaire du missel romain de 1962 ? Certainement pas. Si le Motu Proprio Ecclesia Dei adflicta, est comme Humane Vitae un acte magistériel, il ne fait assurément pas partie du magistère ordinaire infaillible, puisqu’il ne concerne ni la Foi, ni les Mœurs, mais du magistère authentique, auquel les chrétiens doivent – seulement ! – une soumission religieuse, c’est à dire de l’intelligence et du cœur (c’est déjà beaucoup, semble t’il !). Pourtant, les conclusions de cette commission semblent bel et bien aller dans le sens du futur Motu Proprio susceptible de concéder une liberté plus grande pour la célébration de la « forme extraordinaire du rite romain », c'est à dire la messe romaine selon les livres de 1962 – qui est annoncé à grands renforts médiatiques depuis maintenant plusieurs mois.

 
Pour autant, restons calmes. Ce Motu Proprio n’est pas paru. On se sait toujours pas ce qu’il contiendra exactement. Il est probable qu’il paraîtra in tempore opportuno, quand les conditions notamment pastorales seront réunies pour une bonne réception de ce dernier. Et je ne pense pas qu’en ressassant des textes de 1986 pour essayer d’en tirer des conclusions erronées, on favorise beaucoup toutes les conditions pastorales à sa bonne réception. La liturgie est du ressort du siège apostolique, laissons donc au siège apostolique la liberté de se prononcer sur cette question, sans chercher à instrumentaliser ou influencer les décisions de ce dernier en s’appuyant sur les conclusions d’une commission cardinalice datant de 20 ans. Si le Saint Père publie ce Motu Proprio, il se rapprochera probablement des positions énoncées par ces cardinaux en 1986, qui ont peut être une vigueur ou une pertinence nouvelle, ou encore des possibilités intéressantes d'application en 2007… Plus qu'en 1988 ? Laissons tout cela aux reponsables, qui guidés par l'Esprit Saint sauront prendre les bonnes décisions. Chacun chez soi… Encore une fois, nous ne parlons ni de foi, ni de mœurs… Le missel romain de 1962 n’est pas nécessaire au salut.

Mettons – nous donc d’accord : ce billet n’est pas une charge « contre » le futur Motu Proprio. Il sera un acte du magistère authentique, auquel, en tant que chrétiens, à la Schola Saint Maur, nous nous soumettrons religieusement, en donnant l’assentiment de notre cœur et de notre intelligence.

Peut être nous est il cependant permis de nous inquiéter de voir une dérive de plus en plus forte dans certains milieux ecclésiaux : la systématisation des pratiques de lobbying. On avait déjà vu le « sondage » sur « la messe traditionnelle » orchestré par l’Association « Paix liturgique ». On voit maintenant « Présent » qui fait du battage sur la légitimité des conclusions d’une commission cardinalice en 1986. Mais enfin, qu’est ce que ça veut dire ? Une fois de plus, nous renvoyons nos lecteurs à un bon texte, de dom Guéranger, la Monarchie Pontificale…. Bonne lecture.

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