Créé pour la grandeur – le leadership comme idéal de vie

Dans le cadre de la préparation à notre « soirée et dîner des hommes », le lundi de Pâques prochain, précédée par une messe latine et grégorienne (comme il se doit !), voici ci-dessous de quoi partager quelques premières réflexions en avance phase. D’autres idées suivront.

Rappel : cette idée de « cercle des hommes » a mûri dans l’intelligence et la conscience de plusieurs membres de notre clergé, exercent leur ministère sur le territoire de la paroisse Saint Etienne (centre ville de Saint Etienne 42000), dont notre curé. Et les idées maîtresses ont même été formalisées par l’abbé Demets sur son blog consultable ici : la Pipe, la pinte et la croix ! http://defidecatholica.blogspot.fr/2014/01/la-pinte-la-biere-et-la-croix.html

 


Alexandre Havard : Créé pourla grandeur, le leadership comme idéal de vie, 2007. Éditions Le Laurier.

L’auteur nous invite à réfléchir sur deux vertus particulièrement mal connues aujourd’hui : l’humilité et la magnanimité. Loin de s’exclure, elles sont inséparables. La magnanimité et l’humilité sont les vertus spécifiques des leaders. La magnanimité et l’humilité sont des mots dont le contenu est lourd de sens, des mots qui possèdent une charge existentielle et émotionnelle extraordinaire, des mots qui vont droit au cœur car ils sont porteur d’un idéal de vie (…). Le leadership est un idéal de vie qui reconnaît, assimile et propage la vérité sur l’homme.
Principaux titres des chapitres : « L’idéal de la magnanimité », « L’idéal de l’humilité », « Développer le sens moral », « Développer la magnanimité », « Développer l’humilité ».
Alexandre Dianine-Havard est né à Paris. Il a travaillé comme avocat à Strasbourg et Helsinki. Il est le fondateur du Havard Virtuous Leadership Institute (www.hvli.org).
Depuis 1994 il enseigne le leadership dans de nombreux pays. Il réside actuellement à Moscou. Son livre La méthode Havard (2008) a été traduit en 15 langues.

Introduction générale

Dans La méthode Havard, pour un leadership authentique, publié aux États-Unis en 2007, j’ai exposé ma vision du leadership. Cette vision on peut la résumer en dix points :

 

1. Le leadership authentique doit être basé sur une anthropologie authentique : celle qui inclut l’arétologie, la science des vertus. La vertu est une habitude de l’intelligence, de la volonté et du cœur qui nous permet d’atteindre l’excellence et l’efficacité personnelle. Le leadership est intrinsèquement lié à la vertu pour deux raisons : 1) parce que c’est la vertu qui crée la confiance qui est la condition sine qua non du leadership ; 2) parce que la vertu est une force dynamique qui accroît la capacité d’agir, si nécessaire au leader (le mot « vertu » vient du mot latin virtus qui signifie « force » ou « pouvoir ») ; la vertu permet au leader de faire ce que l’on attend de lui.

2. La magnanimité et l’humilité, qui sont principalement des vertus du cœur, constituent l’essence du leadership. La magnanimité est l’habitude de tendre vers de grandes choses. Les leaders sont magnanimes dans leurs rêves, leurs visions et leur sens de la mission ; ils le sont aussi dans leur capacité à se fixer à eux-mêmes et aux autres des objectifs personnels et organisationnels élevés. L’humilité est l’habitude de servir les autres. Pour un leader, pratiquer l’humilité, c’est tirer en avant plutôt que pousser, enseigner plutôt que commander, inspirer plutôt que réprimander. Pratiquer l’humilité, c’est donner à ceux qu’on dirige la capacité de se réaliser eux-mêmes et d’atteindre la grandeur. Le leader est toujours un enseignant ; il est toujours aussi un père ou une mère pour ceux qu’ils dirigent. Les suiveurs du leader sont les personnes qu’il sert. La magnanimité et l’humilité sont les vertus spécifiques du leader : elles constituent ensemble l’essence du leadership.

3. Les vertus de prudence (sagesse pratique), courage, maîtrise de soi et justice, qui sont principalement des vertus de l’intelligence et de la volonté, constituent les fondements du leadership. La prudence augmente la capacité du leader à prendre les bonnes décisions ; le courage lui permet de maintenir le cap et de résister aux pressions de toutes sortes ; la maîtrise de soi subordonne ses émotions et ses passions à sa raison et projette leur énergie vitale dans l’accomplissement de sa mission ; la justice lui permet de donner à chacun son dû. Si ces quatre vertus que l’on appelle cardinales ne constituent pas l’essence du leadership, elles en constituent la base sans laquelle le leadership s’effondre.

4. On ne naît pas leader, on le devient. La vertu est une habitude acquise par la pratique. Le leadership est une question de caractère (vertu, liberté, croissance), et non de tempérament (biologie, conditionnement, stagnation). Le tempérament peut favoriser le développement de certaines vertus et ralentir le développement d’autres, mais il arrive un moment dans la vie du leader ou ses vertus impriment un caractère (un sceau) sur son tempérament, de sorte que son tempérament cesse de le dominer. Le tempérament n’est pas un obstacle au leadership : l’obstacle au leadership est le manque de caractère, l’absence d’énergie morale qui nous rend esclaves de notre constitution biologique.

5. Le leader ne dirige pas au moyen de la potestas ou pouvoir inhérent à ses fonctions. Il dirige au moyen de l’auctoritas, de l’autorité qui provient du caractère. Ceux qui dirigent au moyen de la potestas, parce qu’ils manquent d’autorité, ne sont des leaders que de nom. C’est un cercle vicieux : celui qui manque d’autorité (auctoritas) tend à abuser de son pouvoir (potestas), ce qui provoque une érosion plus ample de son autorité, et le chemin vers l’authentique leadership est pour lui définitivement bloqué. Le leadership n’est pas une question de rang ou de position. Être un leader, ce n’est pas la même chose qu’être un « chef » ou un « patron ». Le leadership est une manière d’être. Toute personne, quelle que soit sa place dans la société ou dans une organisation, peut être un leader.

6. Pour grandir en vertu, il faut : 1) contempler la vertu afin d’en percevoir la beauté intrinsèque et la désirer ardemment (rôle du cœur) ; 2) agir vertueusement d’une manière habituelle (rôle de la volonté) ; et 3) pratiquer toutes les vertus simultanément au moyen d’une attention particulière portée à la prudence, qui est le guide de toutes les vertus (rôle de la raison).

7. Par la pratique des vertus les leaders en arrivent à posséder la maturité sous tous ses aspects : dans leurs jugements, leurs émotions, leur comportement. Les signes de la maturité sont la confiance en soi et la cohérence, la stabilité psychologique, la joie et l’optimisme, le naturel, le sens de la liberté et de la responsabilité, la paix intérieure. Les leaders ne sont ni sceptiques ni cyniques, ils sont réalistes. Le réalisme est la capacité d’entretenir les nobles aspirations de l’âme, même lorsqu’on est assailli par ses propres faiblesses personnelles. Être réaliste n’est pas céder à la faiblesse, mais la dominer par la pratique des vertus.

8. Le leader rejette toute approche utilitariste de la vertu. La vertu n’est pas quelque chose qu’il cultive avant tout pour devenir efficace dans ce qu’il fait. Il cultive la vertu en premier lieu pour se réaliser comme être humain. L’efficacité n’est pas l’objectif de la croissance spirituelle : c’est simplement l’un de ses multiples résultats.

9. Les leaders pratiquent l’éthique des vertus, plutôt qu’une éthique basée sur des règles. L’éthique des vertus ne nie pas la validité des règles, mais elle affirme que les règles ne constituent pas le fondement ultime de l’éthique. Les règles doivent être au service de la vertu. L’éthique des vertus favorise amplement la créativité du leader.

10. La pratique des vertus spécifiquement chrétiennes – la foi, l’espérance et la charité – a une impact formidable sur le leadership. Ces vertus surnaturelles élèvent, renforcent, et transfigurent les vertus naturelles de magnanimité et d’humilité qui constituent l’essence du leadership, et les vertus naturelles de prudence, courage, maîtrise de soi et justice, qui en constituent les fondements. Aucune étude du leadership ne saurait être complète si elle néglige de considérer les vertus surnaturelles.

Créé pour la grandeur (2011) est un approfondissement de mon premier livre La méthode Havard (2007). Ces deux ouvrages constituent ensemble un tout indivisible.

Il m’a fallut deux ans – deux ans de recherches – pour comprendre que la magnanimité et l’humilité sont les vertus spécifiques des leaders. C’est après avoir observé leur vie et leur comportement que j’en suis arrivé à cette conclusion. Deux ans pour deux mots, « quelle misère ! » dira-t-on. Quelle misère, effectivement, s’il s’agissait de mots anodins. Mais voilà que la magnanimité et l’humilité sont des mots dont le contenu est lourd de sens, des mots qui possèdent une charge existentielle et émotionnelle extraordinaire, des mots qui vont droit au cœur car ils sont porteur d’un idéal de vie.

Le leadership est un idéal de vie. Voilà quelle fut ma découverte et voilà quelle fut ma surprise.

On peut et l’on doit baser ses actions sur la prudence, le courage, la maîtrise de soi et la justice. Mais l’on ne peut fonder son existence que sur la magnanimité et l’humilité, sur l’idéal de la grandeur et l’idéal du service : sur l’idéal du leadership. La magnanimité répond à la soif de vivre une vie pleine et intense ; l’humilité répond à la soif d’aimer et de se sacrifier pour les autres. Consciemment ou inconsciemment le cœur de tout être humain éprouve cette soif de vivre et cette soif d’aimer. La magnanimité et l’humilité sont ainsi les conditions sine qua non de la réalisation personnelle.

La magnanimité et l’humilité sont deux vertus que l’on ne saurait séparer l’une de l’autre. Elles constituent ensemble un unique idéal : l’idéal de la dignité et de la grandeur de l’homme. La magnanimité est une affirmation de notre dignité et de notre grandeur personnelle ; l’humilité est une affirmation de la dignité et de la grandeur de l’autre.

La magnanimité et l’humilité sont les fruits d’une appréciation juste de la valeur de l’homme ; la pusillanimité, qui empêche l’homme de se comprendre lui-même, et l’orgueil, qui l’empêche de comprendre les autres, sont les fruits d’une appréciation erronée. Le leadership est un idéal de vie qui reconnaît, assimile et propage la vérité sur l’homme.

 

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