Communion dans la main : de quoi parle – ton ?

S’agenouiller devant l’Eucharistie, c’est professer sa liberté (Benoît XVI)

Notre article et rappel sur la question de la communion dans la main a suscité l’émoi. Plusieurs personnes nous ont fait savoir qu’elles ont été choquées, voire déçues de l’attitude que nous avons sur cette question dans nos pages.

Nous réitérons pourtant notre  affirmation sur ce point précis. La question de la communion dans la bouche et / ou à genoux est une des plus « affectivée » qui soit aujourd’hui parmi les discussions liturgiques ; on peut en parler sans tomber dans les revendications « d’un camp  » ou « d’un autre  ». La vérité n’est pas forcément le « juste milieu». Elle ne se « décide » pas, sur sondage , ou en positionnant le curseur à équidistance des opinions « polarisées » Nous le disons donc tout simplement : être favorable à la communion à genoux et dans la bouche, c’est suivre un modèle, celui de la liturgie telle qu’elle se célèbre à Rome , ce n’est pas forcément se « rallier » sur ce point à un courant ou à une « sensibilité  » – en l’occurrence le mouvement de M. Madiran – même si sur cette question précise, – mais celle-ci seulement –  nous sommes entièrement d’accord avec ce courant ou cette « sensibilité « .

La vérité ne se lit pas au travers du filtre des opinions ou des déclarations, plus ou moins tonitruantes de leaders d’opinion plus ou moins médiatiques. Pour autant, il y a d’autres personnes que nous, qui ne sont pas « marquées » par ces « sensibilités », qui osent elles aussi suivre dans cette direction le Saint Père. Nous nous permettons de les citer ici.

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« Benoît XVI et la sainte communion : une invitation à lire Vatican II
Michel Gitton »*

Lors de la messe de la Fête-Dieu, les fidèles qui ont communié de la main du pape ont été invités à s’agenouiller pour recevoir la sainte communion. Benoît XVI avait rappelé dans son homélie que « s’agenouiller devant l’Eucharistie, c’est professer sa liberté ».

ON VOIT des journalistes, des prêtres, des gens d’habitude « informés », s’étonner, voire s’indigner, de ce que Benoît XVI ait osé le jour de la Fête Dieu – pensez donc ! – donner la communion à des fidèles à genoux et, en plus, sur les lèvres, alors que cela ne se fait plus « depuis Vatican II ». L’affirmation est répétée avec tant de naïve constance qu’elle prend valeur de certitude. Avant Vatican II, on s’agenouillait et on tirait la langue, depuis on s’avance et on tend la main. Personne ne se donne la peine de fournir la moindre référence et pour cause ! Aucun texte du Concile Vatican II n’a abordé de près ou de loin la question de savoir comment devait être donnée la communion et quant au Missel romain « restauré » à la suite du dit concile, dont la première édition remonte à 1969, la seule manière envisagée est la manière traditionnelle.

Alors, d’où vient le changement ? Il est vrai que des demandes parvinrent à Rome dans les années de l’après-concile pour obtenir la permission de donner la communion dans la main pour les fidèles que risquait d’indisposer le geste du prêtre qui leur déposait une hostie dans la bouche. Raison purement sanitaire, si on peut dire, qui n’avait rien des hautes motivations données ensuite à ce geste soi-disant plus « adulte ». Rome procéda à une enquête auprès des évêques du monde entier sur l’opportunité d’un changement de la pratique reçue. La conclusion fut négative : il ne fallait rien changer à l’usage. Néanmoins pour calmer les Français et quelques autres pays occidentaux, une permission fut donnée, assortie de bien des précautions, qu’on se dépêcha d’oublier.

La brèche une fois ouverte, on s’empressa de l’élargir, on rendit presque impossible la communion à genoux, les catholiques qui firent mine de demander à recevoir leur Sauveur sur les lèvres furent dans bien des cas montrés du doigt, quand on ne le leur refusa pas tout simplement, malgré le droit. Peu à peu, par lassitude ou par conviction, la majorité des assemblées suivit ce qui n’était qu’une permission, avec le sentiment que c’était cela que demandait l’Église, alors qu’il n’en était rien. Récemment un évêque d’Amérique du Sud a rappelé que la permission n’étant pas donnée dans son diocèse, puisqu’il ne l’avait pas demandée, la communion dans la main était interdite, Rome a soutenu son bon droit. Et l’on se souvient de Jean Paul II refusant de donner la communion autrement que sur les lèvres à Mme Chirac en 1980 sous les écrans de la télévision.

Cet accès de fièvre, qui pourrait faire sourire, ne laisse pas d’être révélateur. L’ignorance du réel enseignement du concile Vatican II, en ce domaine comme en d’autres, est vertigineuse, elle va de pair avec une valorisation mythique du changement intervenu. Espérons que le mythe se dissipant peu à peu, et heureusement, on en vienne à lire tout simplement les documents de ce concile qui n’a pas tout dit, mais qui a posé de solides jalons pour permettre à l’Église d’affronter le monde en train de naître autour d’elle et de lui porter la Bonne Nouvelle.

*Michel Gitton est prêtre du diocèse de Paris, recteur de la basilique Saint-Quiriace de Provins, directeur de la revue Résurrection.

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Mgr Ranjith, secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin (Interview de Petrus).

B. V. : Mgr, abordons la question de la communion dans la main. Qu’en pensez-vous ?


Mgr R. :
Je crois tout « simplement » que cette pratique doit être revue. Comment procéder ? Pour commencer, un bon catéchisme. Vous savez, hélas, beaucoup de gens ne savent même plus Qui ils reçoivent dans la communion, qui est le Christ, et ainsi approchent de la table de communion sans grande concentration et avec très peu de respect.


B.V. : De manière particulière, que faut-il faire ?


Mgr R. : Nous avons besoin de retrouver le sens du sacré. Je parle seulement en mon nom, mais
je suis convaincu de l’urgence du réexamen de la pratique de la communion donnée dans la main, du retour à la distribution de l’hostie aux fidèles directement dans la bouche, sans qu’ils la touchent, rappelant par là que Jésus est vraiment dans l’Eucharistie et que chacun doit Le recevoir avec dévotion, amour et respect.


B. V. :
Ne serait-il pas opportun de revenir à l’agenouillement au moment de la communion ?


Mgr R. :
Je pense que oui. Ce geste constituerait une véritable marque de respect pour le don et le mystère de l’Eucharistie.


B.V. : Mais certains, même à l’intérieur de l’Eglise, semblent exprimer de « l’embarras » à la seule idée de voir rétabli l’agenouillement devant le Saint-Sacrement.


Mgr R. : Au-dela de la fonction que j’occupe au Vatican, en tant que catholique, je me demande et je me pose la question :
pourquoi avoir honte de Dieu ? S’agenouiller à la communion serait un acte d’humilité et de reconnaissance de notre nature en tant qu’enfant de Dieu.

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