Comment aimer les enfants de Dieu ?

Dimanche de Quasimodo :

 

COMMENT AIMER LES ENFANTS DE DIEU ?

 

 

Il y des passages de l’Ecriture qui sont perpétuellement cités et d’autres quasi inconnus. Dans le genre notoriété, il y a le verset de saint Jean, où il nous déclare  si quelqu’un dit:  » J’aime Dieu « , et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas (1re lettre de saint Jean 4,20). Des générations de prédicateurs nous ont expliqué (pour notre plus grand profit) que l’amour du prochain était le test de notre attachement à Dieu et au Christ. Pas de foi et moins encore d’amour de Dieu sans les œuvres : la piété n’était qu’illusion, la prière liturgique que du cinéma, s’il n’y avait pas d’abord et avant tout le dévouement aux autres, la solidarité, le partage, la tolérance etc… Ils ajoutaient que certains incroyants qui, de toute évidence, pratiquaient une partie de ce programme étaient bien plus près du Christ que des pratiquants bornés qui croyaient avoir réussi l’essentiel en allant à la messe. Beaucoup de catholiques ont parfaitement compris ce message et ils ont commencé à ne plus fréquenter l’Eglise, en se disant que, effectivement, il n’y avait pas besoin de mettre son réveil le dimanche matin, s’il suffisait d’être gentil avec ses camarades pour aller tout droit au ciel.

 

Malheureusement, dans la même lettre de Jean, quelques versets plus loin, on trouve aussi le point de vue inverse. Et cela on ne le dit pas souvent. Voici ce que nous déclare l’Apôtre dans la lecture de ce dimanche : A ceci nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu, si nous aimons Dieu et mettons en pratique ses commandements (5,2). Voilà maintenant que le test de notre charité fraternelle, c’est le sérieux de notre amour pour Dieu ! A n’y rien comprendre ! Ou plutôt, c’est le moment de comprendre que la pensée johannique est plus large que nous ne le pensions et qu’elle n’a rien d’un programme humanitaire : il a perçu qu’il y des dévouements, des gestes de bienfaisance, qui ne sont pas ce qu’il appelle, lui, amour. D’amour, il n’en existe qu’un, celui qui flamboie en Dieu. Le nôtre se nourrit à son contact. Notre amour du prochain ne sera donc un véritable amour que s’il s’inscrit dans le mouvement de notre recherche du Dieu vivant, s’il y trouve à la fois son motif (puisque Dieu nous a tant aimés…) et son style (comme je vous ai aimés...). C’est pour cela que Jean continue en mentionnant les commandements : notre service, notre attention au faible et au pauvre, notre don de nous-mêmes ne sont jamais qu’un deuxième mouvement, la réponse à une initiative de Dieu vers nous, qui nous fraie la voie et nous invite à l’imiter.

 

Nous devons nous réjouir que beaucoup d’hommes ressentent la nécessité de se mettre au service des plus démunis, c’est un fruit heureux du passage du Christ sur terre, qui y a allumé un feu qui n’est pas près de s’éteindre. Mais il faut avoir le courage de dire que cela ne suffit pas, que nul ne sera sauvé par ses œuvres, que le paradis n’est pas la récompense des braves gens qui ne font pas de mal, mais que Dieu a décidément d’autres ambitions pour nous.

 

Les deux commandements que Jésus a marqués comme les plus décisifs sont tous les deux dans un rapport de réciprocité. Le second ne remplace pas le premier, pas plus qu’à l’inverse on ne peut mettre le premier en lieu et place du second. Le Dieu qui a parlé à Moïse au mont Sinaï a définitivement manifesté qu’il s’intéressait à toute notre vie et pas seulement à nos gestes proprement religieux. Nos relations avec nos semblables sont une part majeure de notre existence et c’est un terrain d’application privilégié de nos relations avec Dieu : là nous pouvons expérimenter le désintéressement, le détachement de nous-mêmes, le soin attentif prodigué à celui qui, aimé de Dieu, est plus défavorisé que nous sur un plan ou sur un autre ; nous devenons ainsi pour lui l’intermédiaire de la miséricorde et de la providence divines, l’occasion de ne pas se décourager et de ne pas douter de la bonté de Dieu. Mais comment agir ainsi, si nous ne sommes pas perpétuellement relancés en avant par une relation vivante avec Celui qui nous a pris un jour par la main ?

 

Michel GITTON

Laisser un commentaire