Chapelle royale, le 24 décembre : 22h30 veillée et messe de Noël.

Cette année nous aurons la chance, avec le choeur grégorien de Ville d’Avray, de chanter lors de la nuit de Noël à la chapelle royale du château de Versailles, où une messe latine et grégorienne, sera célébrée sur le maître autel historique. Un grand bonheur pour nous bien sûr mais aussi pour tous les amateur de patrimoine, et de liturgie qui désirent fêter chrétiennement l’Avènement du Rédempteur. 

D’après dom Guéranger : La Nativité : à la messe de minuit.

Telle est la grandeur du Mystère de ce jour, que l’Eglise ne se bornera pas à offrir un seul Sacrifice. L’arrivée d’un don si précieux et si longtemps attendu mérite d’être reconnue par des hommages nouveaux. Dieu le Père donne son Fils à la terre; l’Esprit d’amour opère cette merveille : il convient que la terre renvoie à la glorieuse Trinité l’hommage d’un triple Sacrifice.
De plus, Celui qui naît aujourd’hui n’est-il pas manifesté dans trois Naissances? Il naît, cette nuit, de la Vierge bénie ; il va naître, par sa grâce, dans les cœurs des bergers qui sont les prémices de toute la chrétienté ; il naît éternellement du sein de son Père, dans les splendeurs des Saints : cette triple naissance doit être honorée par un triple hommage.
La première Messe honore la Naissance selon la chair. Les trois Naissances sont autant d’effusions de la divine lumière; or, voici l’heure où le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et où le jour s’est levé sur ceux qui habitaient la région des ombres de la mort. En dehors du temple saint qui nous réunit, la nuit est profonde: nuit matérielle, par l’absence du soleil; nuit spirituelle, à cause des péchés des hommes qui dorment dans l’oubli de Dieu, ou veillent pour le crime. A Bethléhem, autour de l’étable, dans la cité, il fait sombre ; et les hommes qui n’ont pas trouvé de place pour l’Hôte divin, reposent dans une paix grossière; mais ils ne seront point réveillés par le concert des Anges.
Cependant, à l’heure de minuit, la Vierge a senti que le moment suprême est arrivé. Son cœur maternel est tout à coup inondé de délices inconnues ; il se fond dans l’extase de l’amour. Soudain, franchissant par sa toute-puissance les barrières du sein maternel, comme il pénétrera un jour la pierre du sépulcre, le Fils de Dieu, Fils de Marie, apparaît étendu sur le sol, sous les yeux de sa mère, vers laquelle il tend ses bras. Le rayon du soleil ne franchit pas avec plus de vitesse le pur cristal qui ne saurait l’arrêter. La Vierge-Mère adore cet enfant divin qui lui sourit ; elle ose le presser contre son cœur; elle l’enveloppe des langes qu’elle lui a préparés ; elle le couche dans la crèche. Le fidèle Joseph adore avec elle; les saints Anges, selon la prophétie de David, rendent leurs profonds hommages à leur Créateur, dans ce moment de son entrée sur cette terre. Le ciel est ouvert au-dessus de l’étable, et les premiers vœux du Dieu nouveau-né montent vers le Père des siècles; ses premiers cris, ses doux vagissements arrivent à l’oreille du Dieu offensé, et préparent déjà le salut du monde.

Au même moment, la pompe du Sacrifice attire tous les regards des fidèles vers l’autel ; les ministres sacrés s’ébranlent, le prêtre sacrificateur est arrivé aux degrés du sanctuaire. Cependant le chœur chante le cantique d’entrée, l’Introït. C’est Dieu même qui parle ; il dit à son Fils qu’il l’a engendré aujourd’hui. En vain, les nations frémiront dans leur impatience de son joug; cet enfant les domptera, et il régnera; car il est le Fils de Dieu.

INTROÏT.

Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui. Ps. Pourquoi les nations ont-elles frémi? Pourquoi les peuples ont-ils médité des choses vaines? Gloire au Père. Le Seigneur m’a dit.

Le chant du Kyrie eleison prélude à l’Hymne Angélique, qui éclate bientôt par ces sublimes paroles: Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis! Unissons nos voix et nos cœurs à cet ineffable concert de la milice céleste. Gloire à Dieu ! paix aux hommes ! Les Anges, nos frères, ont entonné ce cantique ; ils sont là autour de l’autel, comme autour de la crèche, et ils chantent notre bonheur. Ils adorent cette justice qui n’a pas donné de rédempteur à leurs frères tombés, et qui nous envoie pour libérateur le propre Fils de Dieu. Ils glorifient cet abaissement si plein d’amour dans Celui qui a fait l’ange et l’homme, et qui s’incline vers ce qu’il y a de plus faible. Ils nous prêtent leurs voix célestes pour rendre grâces à Celui qui, par un si doux et si puissant mystère, nous appelle, nous humbles créatures humaines, à remplir un jour, dans les chœurs angéliques, les places laissées vacantes par la chute des esprits rebelles. Anges et mortels, Eglise du ciel, Eglise de la terre, chantons la gloire de Dieu, la paix donnée aux hommes; et plus le Fils de l’Eternel s’abaisse pour nous apporter de si grands biens, plus ardemment devons-nous chanter d’une voix : Solus Sanctus, solus Dominus, solus Altissimus, Jesu Christe ! Seul Saint, seul Seigneur, seul Très-Haut, Jésus-Christ!

Il a donc enfin apparu, dans sa grâce et sa miséricorde, ce Dieu Sauveur qui seul pouvait nous arracher aux œuvres de la mort, et nous rendre la vie. Il se montre à tous les hommes, en ce moment même, dans l’étroit réduit de la crèche, et sous les langes de l’enfance. La voilà, cette béatitude que nous attendions de la visite d’un Dieu sur la terre; purifions nos cœurs, rendons-nous agréables à ses yeux: car s’il est enfant, l’Apôtre vient de nous dire qu’il est aussi le grand Dieu, le Seigneur dont la naissance éternelle est avant tous les temps. Chantons sa gloire avec les saints Anges et avec l’Eglise.

Répons graduel.

La principauté éclate en vous, au jour éternel de votre puissance, au milieu des splendeurs des Saints : car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein, avant l’étoile du matin.

V/. Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

 

Répons alléluiatique.

V/. Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui. Alleluia.

Et nous aussi, ô divin Enfant, nous joignons nos voix à celles des Anges, et nous chantons: Gloire à Dieu! paix aux hommes ! Cet ineffable récit de votre naissance attendrit nos cœurs, et fait couler nos larmes. Nous vous avons accompagné dans le voyage de Nazareth à Bethléhem, nous avons suivi tous les pas de Marie et de Joseph, dans le cours de cette longue route; nous avons veillé, durant cette sainte nuit, attendant l’heureux moment qui vous montre à nos regards. Soyez loué, ô Jésus, pour tant de miséricorde : soyez aimé, pour tant d’amour. Nos yeux ne peuvent se détacher de cette heureuse crèche qui contient notre salut. Nous vous y reconnaissons tel que vous ont dépeint à nos espérances les saints Prophètes, dont votre Eglise nous a remis, cette nuit même, les divins oracles sous les yeux. Vous êtes le grand Dieu, le Roi pacifique, l’Époux céleste de nos âmes ; vous êtes notre Paix, notre Sauveur, notre Pain de vie. Que vous offrirons-nous, à cette heure, sinon cette bonne volonté que nous recommandent vos saints Anges ? Formez-la en nous ; nourrissez-la, afin que nous méritions de devenir vos frères par la grâce, comme nous le sommes désormais par la nature humaine. Mais vous faites plus encore dans ce mystère, ô Verbe incarné ! Vous nous y rendez, comme parle votre Apôtre, participants de cette nature divine que vos abaissements ne vous ont point fait perdre. Dans l’ordre de la création, vous nous avez placés au-dessous des Anges; dans votre incarnation, vous nous faites héritiers de Dieu, et vos propres cohéritiers. Que nos péchés et nos faiblesses ne nous fassent donc pas descendre de ces hauteurs auxquelles vous nous élevez aujourd’hui.

Après l’Evangile, l’Eglise chante en triomphe le glorieux Symbole de la foi, dans lequel sont racontés tous les mystères de l’Homme-Dieu A ces paroles: Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, et HOMO FACTUS EST, adorez profondément le grand Dieu qui a pris la forme de sa créature, et rendez-lui par vos plus humbles respects cette gloire dont il se dépouille pour vous. Aux trois Messes d’aujourd’hui, lorsque le chœur est arrivé à ces paroles dans le chant du Symbole, le Prêtre se lève de son siège, et vient rendre gloire, à genoux, au pied de l’autel. Unissez en ce moment vos adorations à celles de toute l’Eglise représentée par le sacrificateur.

Pendant l’offrande du pain et du vin, l’Eglise célèbre la joie du ciel et de la terre pour l’arrivée du Seigneur. Encore un peu de temps, et sur cet autel qui ne porte encore que le pain et le vin, nous posséderons le corps et le sang de notre Emmanuel.

OFFERTOIRE.

Que les cieux se réjouissent ; que la terre tressaille devant la face du Seigneur : car il est venu.

La Préface vient ensuite réunir les actions de grâces de tous les fidèles, et se termine par l’acclamation au Seigneur trois fois Saint. Au moment de l’élévation des sacrés Mystères, au sein de ce silence religieux durant lequel le Verbe divin descend sur l’autel, ne voyez plus que la crèche de l’Enfant qui tend ses bras vers son Père et vous offre ses caresses, et Marie qui l’adore avec un amour de mère, et Joseph qui verse des pleurs de tendresse, et les saints Anges qui s’anéantissent dans l’étonnement. Donnez votre cœur au nouveau-né, afin qu’il y inspire tous ces sentiments ; demandez lui de venir en vous, et faites-lui place au-dessus de toutes vos affections.

Après la Communion, l’Eglise, qui vient de s’unir au Dieu-Enfant par la participation de ses Mystères, chante encore une fois la gloire de l’éternelle génération de ce Verbe divin qui est sorti du sein de son Père avant toute créature, et qui, cette nuit, a apparu au monde avant le lever de l’étoile du matin.

COMMUNION.

Le Seigneur a dit à Celui qui est son Fils : Dans les splendeurs des Saints, je vous ai engendré de mon sein avant le lever de l’étoile du matin.

La nuit miraculeuse poursuit son cours ; le chant du coq se fait entendre. Bientôt l’heure sera venue d’offrir le second Sacrifice, qui doit sanctifier l’aurore. Chaque jour, l’Eglise est en prière à ce moment qui précède le lever du soleil, et qui rappelle si vivement le mystère du Verbe divin descendu pour illuminer le monde. Cet Office est tout entier consacré à la louange et à la jubilation ; et, pour cette raison, il a reçu le nom de Laudes. Aujourd’hui l’Eglise l’anticipe, afin de réserver pour l’instant où l’aurore paraîtra au ciel un sacrifice de louange plus complet, plus divin, l’Hostie Eucharistique qui acquitte toutes les dettes de la terre.

L’Office des Laudes est aussi solennel que celui des Vêpres, et présente avec lui de grandes analogies. L’un et l’autre rappellent magnifiquement le divin Soleil de justice, dont les Laudes représentent le lever glorieux, tandis que les Vêpres, nous montrant l’astre du jour à son couchant et la nuit . qui arrive avec ses ombres, engagent nos cœurs à soupirer après le jour éternel qui n’aura point de déclin, et dont l’Agneau est l’immortel flambeau. Les Laudes sont l’encens du matin, comme les Vêpres sont l’encens du soir : les mystères de la journée liturgique s’accomplissent entre ces deux termes solennels.

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