Chanter la séquence Victimae le dimanche de la miséricorde ?

Oui ! C’est possible. Cela ne l’était pas avant la réforme liturgique qui a suivi Vatican II. Le Graduale (le livre officiel de chants du rite romain) dans son édition d’après le Concile est formel, à la page 202.

Rappelons que le 2ème dimanche de Pâques est bien sûr le dimanche de la Miséricorde mais surtout le dimanche octave de Pâques, appelé aussi « In Albis » ou de « Quasimodo ».

 

Infra octavam, quando cantatur allelui cum suo V/., addi postest Seuentia ut in Pascha.

Pendant l’octave, lorsqu’on chante l’Alléluia avec son verset, on peu ajouter la Séquence comme à Pâques.


Mais pourquoi cela se fait il maintenant alors que cela ne se faisait pas avant le Concile (ou dans la forme extraordinaire) ? Rappelons que la réforme de la semaine sainte sous Pie XII est le véritable coup d’envoi de la réforme liturgique. C’est Pie XII et non pas Paul VI qui est responsable des premières modifications importantes du rite romain après guerre. Pie XII fait rétablir les horaires que nous connaissons aujourd’hui en ce qui concerne les diverses liturgies des jours saints ; la vigile pascale était par exemple célébrée le samedi saint au matin ; conséquemment, les Ténèbres du jeudi saint du vendredi saint et du samedi saint avaient toujours lieu de façon systématique la veille.

Le jour octave de la vigile pascale était donc le samedi suivant, le samedi dit « in Albis », « en blanc » ou plutôt « in albis depositis » au moment où les néophytes (nouveaux baptisés) déposaient leurs vêtements blancs à l’issue des catéchèses mystagogiques. Avec ce changement d’horaires par Pie XII (ce n’est pas le seul changement introduit par ce pape) le jour octave de Pâques (le huitième) devient alors le Dimanche qui suit Pâques. Notons que l’ordo de 1962 (que suivent les lieux de culte bénéficiant du Motu Proprio de Benoît XVI, « Summorum Pontificum ») un commencement de la réforme est présent (la semaine sainte de Pie XII) mais n’est pas entièrement cohérent, puisque même si la vigile pascale est à la bonne heure, on considère toujours que le jour octave de Pâques est le samedi, pas le dimanche…

Observations au passage notamment en ce qui concerne les questions d’horaires.

On peut critiquer ou pas la réforme de la semaine sainte de Pie XII. Toujours est il que mécaniquement elle fait distinguer de façon forte le triduum du reste de la semaine sainte. Le triduum commence en effet je jeudi saint par la Messe In Cena Domini, suivie de l’adoration silencieuse au reposoir. Cela oblige donc à célébrer els Ténèbres du vendredi saint non pas la veille au soir mais bien le vendredi matin, ce qui paraît assez juste dans la mesure où célébrer les laudes le soir semble incongru. Cependant, célébrer des « Ténèbres » alors même que justement je jour croît est bien inconséquent. On perd toute la notion symbolique et chérie par la culture européenne d’un rite qui s’achève précisément par la célébration d’un Christ, délaissé par ses apôtres, symbolisé par le 15ème cierge du chandelier que l’on n’éteint pas. En allant plus loin cela invalide même la célébration des Ténèbres du jeudi saint lui-même, puisqu’un tel usage spécifique se ferait mécaniquement « hors triduum ». Donc, on mettrait « à la poubelle » tout un patrimoine rituel et musical pour des convenances d’horaires. Une réflexion s’impose donc : à quelle heure faut il célébrer les Ténèbres ? Faut il sous prétexte de « vérité des heures » et que « les laudes c’est le matin », renoncer définitivement à chanter les Ténèbres le soir (mais alors ce ne sont plus des Ténèbres) ? Je laisse cela à la méditation de nos fidèles lecteurs.

COMMENTS

  • Guyot

    À propos d’horaire, dans bien des paroisses la vigile pascale est célébrée vers 20 h, alors qu’il fait encore jour. Elle va finir par re-glisser au samedi matin.
    Concernant les ténèbres, le plus logique serait de les célébrer très tôt le matin, avant le lever du jour. Mais il faut avouer qu’en dehors des monastères c’est difficile à appliquer.

    • admin

      La logique monastique, oui d’accord. Mais n’oublions pas que si nous ne sommes pas moines, mais que la liturgie nocturne n’en est pas moins notre privilège et notre devoir de baptisé. Le critère principal des Ténèbres est bien d’être une liturgie nocturne. A Saint Etienne, cette liturgie l’est réellement.
      Les Ténèbres ont été pendant des siècles célébrées le soir pour toutes les raisons invoquées plus haut. Cette idée que les Ténèbres sont forcément le matin est une idée relativement récente, puisque c’est une « création » de Pie XII, qui a réformé la semaine sainte. Malheureusement cette même réforme est en même temps sur beaucoup d’aspects, maladroite, et a été largement corrigée sous Paul VI (on pense notamment au nombre de lectures ou l’abandon de la catastrophique litanie des saints coupée en deux lors de la vigile pascale).
      Nous osons donc dire – n’en déplaise au esprits chagrins – que les Ténèbres, en tant que véritable liturgie nocturne populaire méritent une publication afin de devenir réellement en phase avec la piété populaire.
      Notre expérience stéphanoise en la matière – qui fut au départ une contrainte : on nous a imposé l’horaire des Ténèbres du samedi saint le vendredi soir, parce que l’évêque tenait à célébrer des laudes du samedi saint dans une (autre) paroisse du centre ville – ce malgré une « violation » de l’idée de Pie XII montré sa pertinence pastoral, après 4 années de suite : cet événement est littéralement attendu par les paroissiens qui – je ne le cache pas – en redemandent … A tel point que l’idée de chanter également les ténèbres du jeudi saint – le mercredi soir – a vu le jour cette année au sein de la chapelle ‘tradi’ de Saint Etienne. Ce fut une première, encore peu suivie. Gageons que l’an prochain, cette institution au sens premier du terme survivra et sera encore plus suivie, parce qu’elle correspond à une piété d’aujourd’hui et a plein sens pastoral. C’est prouvé…

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