Chanter la messe – 3ème partie

Nous reprenons ici la présentation et le commentaire de cet article sur le chant des propres de la Messe du site « New Liturgical Movement. »

Vous trouverez ici la première partie, et là la deuxième partie.


Pour autant, si tout ce que j’ai dit auparavant est exact, pourquoi le Missel de la forme ordinaire contient-il les antiennes d’introït et de communion ? Et pourquoi  sont elles si souvent différentes de celles indiquées dans le Graduel romain ? La réponse la plus claire provient d’une déclaration de Paul VI en 1969 (…). Comme Paul VI l’explique, la décision prise de réviser les antiennes d’entrée et de communion pour les « Messes sans chants ». Cette décision fut fondée en partie sur une étude parue en 1968.

La Préface générale du missel romain (PGMR) a toujours affirmé que l’antienne tirée du Graduale Romanum est le choix à privilégier pour le chant d’entrée et de communion. (…).

L’article de Jeff Ostrowski amène des précisions sur les pratiques afférentes au États-Unis, qui ont une incise absolument non-conforme à l’usage du rite romain dans « leur » PGMR. Nous y reviendrons plus loin. Regardons cependant la PGMR en vigueur en France, celle qui est l’édition typique (en latin) et sa traduction soit par Cérémoniaire .net (souvent plus précise) soit celle de la CEF (approuvée par Rome) plus officielle :

48. Peragitur autem a schola et populo alternatim, vel simili modo a cantore et populo, vel totus a populo vel a schola sola. Adhiberi potest sive antiphona cum suo psalmo in Graduali romano vel in Graduali simplici exstans, sive alius cantus, actioni sacræ, diei vel temporis indoli congruus, cuius textus a Conferentia Episcoporum sit approbatus.

Si ad introitum non habetur cantus, antiphona in Missali proposita recitatur sive a fidelibus, sive ab aliquibus ex ipsis, sive a lectore, sin aliter ab ipso sacerdote, qui potest etiam in modum monitionis initialis (cf. n. 31) eam aptare.

Traduction : ceremoniaire.net

48. Il est exécuté alternativement par la schola et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la schola seule. On peut employer ou bien l’antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale Romanum soit dans le Graduale Simplex ; ou bien un autre chant accordé au caractère de l’action sacrée, du jour ou du temps dont le texte est approuvé par la Conférence des Évêques.

Si l’on n’a pas de chant d’introït, l’antienne marquée au Missel est récitée soit par les fidèles, soit par quelques-uns d’entre eux, soit par le lecteur ou, à défaut, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l’adapter à la manière d’une monition d’ouverture.

Traduction : CEF

48. Il est exécuté alternativement par la chorale et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la chorale seule. On peut utiliser ou bien l´antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale romanum soit dans le Graduale simplex; ou bien un autre chant accordé à l´action sacrée, au caractère du jour ou du temps, et dont le texte soit approuvé par la Conférence des évêques.

S’il n’y a pas de chant pour l´entrée, on fait réciter l´antienne que propose le Missel, soit par les fidèles, soit par certains d´entre eux, soit par un lecteur ou, autrement, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l’adapter sous forme de monition d’ouverture.

Le chant de communion

87. Pro cantu ad Communionem adhiberi potest aut antiphona ex Graduali romano sive cum psalmo sive sola, aut antiphona cum psalmo e Graduali simplici, aut alius cantus congruus a Conferentia Episcoporum approbatus. Cantatur sive a schola sola, sive a schola vel cantore cum populo.

Si autem non habetur cantus, antiphona in Missali proposita recitari potest sive a fidelibus, sive ab aliquibus ex ipsis, sive a lectore, sin aliter ab ipso sacerdote postquam ipse communicavit, antequam Communionem distribuat fidelibus.

Traduction ceremoniaire.net

87. Pour le chant de communion, on peut prendre ou bien l’antienne de Graduale Romanum, soit avec un psaume soit seule, ou bien l’antienne avec le psaume de Graduale simplex, ou encore un autre chant approprié approuvé par la Conférence des Évêques. Le chant est exécuté soit par la schola seule, soit par la schola ou le chantre avec le peuple.

Si toutefois il n’y a pas de chant, l’antienne marquée au Missel peut être récitée soit par les fidèles, soit par quelques-uns d’entre eux, soit par le lecteur, sinon par le prêtre lui-même après qu’il a communié et avant qu’il ne distribue la Communion aux fidèles.

Traduction CEF :

87. Pour le chant de communion, on peut prendre soit l´antienne du Graduale romanum, avec ou sans psaume, soit l´antienne avec son psaume du Graduale simplex, ou un autre chant approprié approuvé par la Conférence des évêques. Le chant est exécuté soit par la chorale seule, soit par la chorale ou le chantre avec le peuple.

S´il n´y a pas de chant, l´antienne proposée dans le Missel peut être dite soit par les fidèles, soit par quelques-uns d´entre eux, soit par un lecteur ou, à défaut, par le prêtre, après avoir lui-même communié et avant qu’il ne distribue la communion aux fidèles.

Comme on le sait, la PGMR permet un choix pour le chant après la première lecture. On peut chanter le psaume responsorial ou le Graduel (attention ici de ne pas confondre le chant qu’on appelle le « graduel » qui est dans le graduel romain). Paul VI mentionnait (dans la citation de 1969 plus haut) que le psaume responsorial était une bonne option aux messes sans chant. [Notons : il s’agit bien d’une option pour les messes sans chant. Cela signifie bien que pour les messes avec chant, ce sera le répons graduel qui sera la bonne option…] Mais que dire de l’alleluia et de l’offertoire ? Pourquoi ces propres qui ne furent pas révisés pour les messes lues, comme le chant d’entrée (introït) et l’antienne de communion ? On peut seulement spéculer, et ci-dessous voici quelques possibilités. L’alléluia peut être omis s’il n’est pas chanté (selon la PGMR) parce qu’à la messe lue ça n’a pas de sens pour un prêtre de réciter l’alléluia alors qu’il fait une procession pour lire l’Évangile. De même, l’antienne d’offertoire peut être omise (selon la PGMR) parce que cette antienne est censée être chantée pendant que le prêtre reçoit les oblats et il ne peut pas en même temps lire une antienne d’offertoire en faisant cela. Bien plus, comme on le sait lorsqu’on étudie la liturgie, beaucoup de prières d’offertoires ont été supprimées dans la liturgie post conciliaire, et c’est même une des différences majeures entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire, et donc peut être faudrait il que nous nous étonnions pas de voir que l’antienne d’offertoire elle aussi n’a pas survécu.

Nous commentons cette hypothèse de Jeff Ostrowski en rappelant que les antiennes d’offertoire ne disparaissent de toute façons pas du Graduale romain. Qu’à la simplification des rites d’offertoire effectués par le prêtre (qui réalise non plus tout l’offertoire comme auparavant, mais une preparatio donorum, comme l’indique le missel)  ne correspond une amplification des gestes d’offertoire par les autres participants à la liturgie, puisque le Missel de Paul VI prévoit ad libitum une procession d’offertoire, pour indiquer justement la fameuse participatio actuosa à la liturgie du reste du clergé mais aussi de l’assemblée. Et que justement, le chant a pleinement sa place dans cette participation, et spécialement le chant de l’antienne d’offertoire. Ce serait une erreur de considérer que l’orgue peut toujours se substituer au chant au moment de l’offertoire, indépendemment bien sûr de la virtuosité de l’interprète, et spécialement à certaines célébrations dans l’année où le répertoire grégorien propose de véritables monuments culturels de la liturgie. Je pense en particulier au (récent) 2ème dimanche per annum, avec le Iubilate Deo magnifique du 1er mode, qui pourrait littéralement être inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. 

Par ailleurs, on aura noté, dans le texte de la PGMR latine, le mot « vel a schola sola« . Il n’est pas du tout exclu, par le missel romain actuel, le chant des propres par une schola seule. Bien au contraire, c’est même quelque chose d’envisagé tout à fait officiellement, sans qu’il y ait besoin en aucune façon de s’en justifier. Et cela ne remet jamais en cause un principe de « participatio » qui marque la liturgie depuis le mouvement liturgique (l’expression « actuasa participatio » est de S. Pie X, et elle est canonisée par Vatican II). 

Enfin, il est intéressant de noter une dernière chose : à la messe lue, on peut omettre l’alléluia parce que le prêtre ne peut pas la dire en processionnant. C’est ce qu’entend expliquer Jeff Ostrowski. C’est très intéressant parce que ça signifie de façon claire que ce n’est jamais le prêtre ou le diacre qui lit l’Évangile (ou à la messe chantée, qui chante l’Évangile…) qui chante l’alléluia ou son verset. Ou en tout cas s’il le fait, c’est que la messe est alors  une messe lue.

A suivre…

COMMENTS

  • maire

    J’ai été lire le texte original de Jeff Ostrowski sur le site NLM. Son explication sur la disparition dans le Missel de l’alléluia et de l’antienne d’offertoire se concentre sur le fait que le prêtre a autre chose à faire pendant ce temps là.

    Néanmoins, il me semble que c’est à comprendre dans le seul cadre de la messe lue.
    D’ailleurs, si veut comparer avec la messe basse de l’ancienne forme du rite, l’antienne d’offertoire ouvre celui-ci. Autrement dit, l’offertoire se tient après l’antienne du même nom bien que son rôle soit justement d’accompagner les rites d’offertoire. (par opposition au Sanctus qui est un rite en soit et n’accompagne aucune autre action)

    Il me semble que cette explication de Jeff Ostrowski appuie largement la notion de distinction entre la Liturgie lue et la Liturgie chantée dans la forme ordinaire, qui est la véritable source des écarts dans les antiennes entre le Missel et le Graduel Romains.

    • admin

      Le commentaire portait essentiellement sur le fait que J. Ostrowski affirme que :
      « beaucoup de prières d’offertoires ont été supprimées dans la liturgie post conciliaire, et c’est même une des différences majeures entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire, et donc peut être faudrait il que nous nous étonnions pas de voir que l’antienne d’offertoire elle aussi n’a pas survécu. »
      Effectivement, l’antienne d’offertoire disparaît à la messe lue. Pas de doute. Mais elle ne disparaît pas à la messe chantée, il n’y a pas de doute là dessus. Et cela n’a rien à voir avec l’allègement des prières du prêtre à la preparatio donorum, puisque les rites d’offertoire dans leur ensemble, eux, restent solennels dans la forme ordinaire (même si’ils sont très différents de ceux de l’ordo de 1962).

  • Jérôme

    Il me semble que l’on ne peut pas passer à côté du constat suivant :
    – les antiennes du missel pour la messe lue ont été modifiées pour mieux à la messe célébrée
    – les antiennes de la messe chantée ne correspondent plus aux messes auxquelles elles sont affectées puisque la plupart de lectures de la messe, pour lesquelles elles ont été composées) ont été changées (sauf pour les grandes fêtes)

    Dans une situation classique, les deux devraient être identiques.

    • admin

      les antiennes du missel pour la messe lue ont été modifiées pour mieux à la messe célébrée

      Je ne comprends pas très bien… ?

    • Maire

      Non !
      Les antiennes du missel correspondent en partie aux nouvelles traductions (Neo-vulgate) et de ce fait il y a des écarts entre messe lue et messe chantée.

      Il me semble que les choix faits par solesmes et la communauté saint Martin sur les antiennes de l’antiphonaire sont applicable ici aussi, sauf qu’il n’y a pas eu création pour le graduel, d’où certains écarts flagrants.

  • Jérôme

    – les antiennes du missel pour la messe lue ont été modifiées pour mieux «correspondre» à la messe célébrée

    Pardon de l’oubli.

    • admin

      Tietze explique dans son article que le calcul qui avait été fait à l’époque pour décider d’insérer au missel des antiennes pour les messes lues distinctes de celles du Graduel, c’était avant tout pour pouvoir mieux les réciter sans chants. cf:

      In 1968, as part of the proceedings of the Second Vatican Council, a questionnaire was sent to 12,000 liturgical experts. The first question was whether the proper texts of the introit should be omitted in recited Masses. Of the 1,388 responses, 71% voted in favor of recited introits and 29% voted to omit them.
      To the next question, whether the “antiphons of the introit should be revised, so that they could be recited for spiritual fruit,” 91% answered affirmative. On the basis of these results, the Consilium of April 1968 decided that both the introit and communion antiphons should be recited in Masses without music, and that these texts should be revised for the new Missale Romanum (MR). A study group was formed to examine the Gregorian introits and communions for recitability, deleting or changing texts which it deemed unsuitable for recited speech, and filling the holes with texts found in old missals, antiphoners, and other biblical and non-biblical sources. These new texts were chosen for what Adalberto Franquesa, the secretary of this sub-committee, calls “functionality.” The texts of the introit, e.g., should “impart in the assembly a sense of feast or season, and introduce this in the atmosphere of joy, penitence, sadness, etc.”

      Le critère de choix, c’est la récitabilité et la fonctionnalité, pas l’adéquation avec les lectures.
      En fait aux Etats-Unis suite à l’article de Tietze, certains ont réalisé une étude complémentaire. Le tableau de Tietze comparait les antiennes du missel et du graduel et mentionnait les endroits où elles différaient. Ensuite un autre chercheur, Adam Barlett (cf. http://musicasacra.com/forum/discussion/3018/x ) a fait également une correspondance entre les antiennes et les lectures de la Messe, et a cherché à voir si le Missel Romain était plus en conformité avec la réparation des lectures que le Graduel. On peut trouver cette étude ici : http://www.sacredmusicproject.com/img/GradualeMissale.pdf
      Et… Il s’avère que ce sont les antiennes du Graduel romain, qui de façon statistique, correspondent le plus avec le lectionnaire….
      Il en donne d’ailleurs la raison : les antiennes lues datent de 1969, tandis que la nouvelle répartition du Graduel romain date de 1974, donc ça a été plus réfléchi.

      Même quand on a dit tout cela, une question subsiste : pourquoi les textes des antiennes d’introït notamment devraient elles correspondre de façon « forcée » aux lectures ? Rien n’est moins évident. Il y a même une inversion consciente de la chose pour Noël, où l’introït de la messe de minuit correspond à la lecture de la messe du jour et vice versa…
      Mais ce n’est pas vrai pour la communion, où justement les propres nous poussent à chanter une antienne en rapport avec l’Évangile, justement pour signifier la « double table » de l’Eucharisite et de la Parole », et bien monter qu’il n’y a pas de contradiction ou disparité entre une liturgie de la parole et une liturgie du sacrifice, la liturgie de la parole étant elle même un sacrifice et la liturgie eucharistique un sacrifice de parole. On gagnerait à y penser lorsqu’on chante des cantiques « eucharistiques » à la communion, dans la plupart des messes (dites) ordinaires.

      Cependant, la véritable question n’est en fait pas là : qu’il y ait des disparités fortes entre la thématique d’un introït (qui n’est parfois pas biblique, notamment pour les grandes fêtes « d’idées » ou les fêtes de saints) cela n’est pas choquant. Par contre, pour les répons, il est tout à fait exact, que cela devrait être mieux considéré. typiquement, si on considère qu’après chaque lecture, il faut une psalmodie (alléluia, graduel ou trait) il serait bon qu’effectivement ces pièces aient une certaine correspondance avec les lectures du jour. Et j’ai la quasi certitude que cela ne correspond pas statistiquement, notamment à cause du cycle tri-anuuel.
      Sans faire l’étude statistique, ce que je me dis est la chose suivante : cette question de la pauvreté des répons par rapport à la « richesse » du cycle triannuel des lectures dominicales invite à aller dans deux réflexions :
      – 1 : faut il négliger de chanter les répons (graduels, alléluias) ou les traits en grégorien sous ce prétexte ?
      – 2 : faut il abandonner le cycle des lectures triannuels ?

      Evidemment, je n’ai aucun pouvoir sur la deuxième option. Par contre je milite activement contre la première. D’abord parce que les Évangiles tri-annuels sont synoptiques, et que même si les répons ne sont pas directement en lien avec le texte qu’ils suivent (auxquels ils « répondent »), ils enrichissent et entrent souvent en cohérence avec ce texte. Je n’ai tout de même jamais constaté de bizarrerie, et donc je soupçonne les tenants de ce genre d’approche de ne souhaiter qu’une seule chose : l’enterrement du répertoire grégorien, en le faisant disparaître de la forme ordinaire de la messe. Ensuite parce que pour réussir à tout faire tenir ensemble de façon parfaite, il faudrait composer du néo grégorien… Et là je pense que c’est concrètement une mauvaise idée. On a vu les difficultés engendrées par cette question au sujet des antiennes de cantiques évangéliques au cycle triannuel dans l’Antiphonale romanum. Enfin parce que
      – de nombreux répons « vont avec » les introïts et que du coup il y a un certain nombre de cas où les répons ne sont jamais allés avec aucun lectionnaire…
      – et que la question ne se pose que pour certains dimanches per annum, puisque pour le sanctoral et les temps privilégiés, on n’a pas ces problèmes.
      – que les messes de semaine, en admettant qu’on utilise le formulaire des messes chantées en semaine (ce qui est tout de même largement non vérifié) ont de toutes façons un propre qui la plupart du temps correspond au dimanche précédent et non au formulaire du jour même correspondant au temporal…

  • Jérôme

    D’abord, en ce qui concerne la correspondance des antiennes avec les lectures, je ne veux pas dire que les antiennes doivent faire référence aux lectures, mais plutôt que ces antiennes ont été composées pour une messe précise, donc les lectures font intégralement partie. L’antienne d’introït en donne généralement la couleur.
    Or le graduel romain de 1974 conserve les antiennes (sauf la communion dans certains cas) alors que les lectures ont changé. Par conséquent, la cohérence originelle est perdue en quelque sorte.

    C’est effectivement encore plus vrai pour ce qui est des répons. Je crains que la seule solution soit de replacer les textes là où ils étaient placés à l’origine.

    Clairement, le graduel romain de 1974 est conservateur, et c’est une bonne chose.
    Quant aux formulaires de semaine, bien qu’ils reprennent ceux dimanche, ils proposent pas mal d’adaptations en fonction de la férie, de l’année paire/impaire et on voit qu’il y a eu un gros travail de ce côté : c’est une nouveauté qui n’est pas une rupture mais un enrichissement.

    J’aimerais enfin revenir sur les messes lues.
    Dans la logique de l’après Concile, qui consiste à repasser aux sacramentaires — ce qui n’est pas idiot, même si cela va bien au-delà de la réforme demandée –, on voit mal pourquoi il faudrait réciter le texte de quelque pièce chantée que ce soit.
    En effet, une antienne d’introït n’a de sens que s’il y a procession d’entrée, de même pour la procession d’offertoire et de communion.
    Le messe lue est un pis-aller.
    Je doute que la lecture à voix haute d’un verset puisse être efficace pour la piété. D’ailleurs, le remplacement du graduel par le psaume responsorial est là pour le prouver, il me semble.

    • admin

      en ce qui concerne la correspondance des antiennes avec les lectures, je ne veux pas dire que les antiennes doivent faire référence aux lectures, mais plutôt que ces antiennes ont été composées pour une messe précise, donc les lectures font intégralement partie. L’antienne d’introït en donne généralement la couleur.

      Soit les antiennes ont été composées en fonction des lectures, soi telles ne l’ont pas été. Il n’y a pas de oui mais non mais oui… ! Or, on voit bien que pour les Introïts ce n’est pas le cas. Alors que c’est le cas pour les communions, et parfois pour les répons dont les textes sont soit bibliques soit patristiques. Il y a je pense dans cette réflexion l’idée très moderne que la liturgie ce « sont » les lectures de la messe. Or les textes liturgiques sont justement réfléchis dans une certaine cohérence littéraire qui invite chacun des éléments à se répondre mutuellement, en fonction soit du temporal, soit du sanctoral, soit du « thème » ou du mystère célébré. Et dans cette optique les lectures sont une partie de la mystagogie, et pas toute, et pas la seule. Prenons par exemple le 2ème dimanche de Pâques : tout le propre de la messe est pensé non pas en fonction de ce qu’on lit mais de ce qu’on fête : l’octave de Pâques. Par exemple on a comme lecture on a « haec est victória, quae vicit mundum: fides nostra. » (1Jn 5). Alors que l’introït est tiré de 1 P 2,2 (Quasi modo geniti infantes) c’est à dire en fait tout à fait en cohérence avec le récit des 1ères lectures que nous entendons pendant la semaine de Pâques, où l’on a la profession de Foi du même Pierre dans le livres des Actes. Et cela est encore repris dans le texte de la collecte :

      Deus misericórdiæ sempitérnæ, qui in ipso paschális festi recúrsu fidem sacrátæ tibi plebis accéndis, auge grátiam quam dedísti, ut digna omnes intellegéntia comprehéndant quo lavácro ablúti, quo Spíritu regeneráti, quo sánguine sunt redémpti.

      On supplie bien Dieu de nous faire comprendre par l’intelligence (de la Foi) ce que nous avons reçu par le baptême (tels les enfants nouveaux nés). Ceal renvoie aux catéchèses post baptismales données aux néophyte par le prélat, sur l’enseignement de la Foi après leur réception du sacrement baptismal.
      Bref : cette « incohérence » textuelle entre introit et lecture n’est pas, dans beaucoup de cas, infondée. Elle permet de faire entrer en correspondance entre eux des textes qui ne sont pas linéairement joints. Et c’est ça, la cohérence de la prière de l’Eglise. Et d’ailleurs, cet exemple est doublement intéressant parce que justement on na pas changé dans ce cas précis le formulaire des chants et des lectures pour ce dimanche après le concile…

      Je doute que la lecture à voix haute d’un verset puisse être efficace pour la piété. D’ailleurs, le remplacement du graduel par le psaume responsorial est là pour le prouver, il me semble.

      Pour ce qui concerne le fait de « réciter » le texte d’une messe chantée, c’est tout de même un usage immémorial. Et justement pour essayer de ne pas juste répéter « bêtement » ce qu’on devrait normalement chanter, c’est pour ça qu’on a cru bon de composer des textes qui soit adaptés à la récitation et pas au chant…. Pour une messe lue, ça vaut tout de même le coup effectivement que la célébration soit introduite par une antienne, même non chantée. Après, que ce ne soit pas toujours la même que celle qui est chantée, je trouve ça dommage parce que ça crée de la confusion… Mais bon c’est mon avis.
      Le remplacement à la messe lue du graduel par le psaume responsorial correspond bien à l’idée que lorsqu’on ne chante pas, on prend quelque chose de plus simple techniquement et qu’on essaie d’en tirer le meilleur possible en terme de connaissance biblique…

  • Jérôme

    Si on parle de la liturgie post-conciliaire, il faut oublier l’usage immémorial, pour être cohérent: retourner au sacramentaire, c’est déjà mettre au rencart 1000 ans d’évolution de la liturgie de l’Eglise, changer le lectionnaire dans son entièreté c’est faire main basse sur les fondements de la liturgie romaine.

    Je cite Pierre Jounel, dans l’introduction à son ouvrage «Les rites de la messe en 1965» :

    Sans doute l’usage nouveau de la langue du pays était-il pour beaucoup dans cette découverte, mais les rites eux-mêmes se présentaient sous un jour inconnu jusqu’alors : la célébration de la liturgie de la Parole en dehors de l’autel, le fait que le célébrant ne récitait plus en privé les textes proclamés par un ministre ou chantés par l’assemblée, constituaient des innovations capitales. Elles auraient autant surpris un contemporain de saint Louis qu’un chrétien du 19ième siècle, car il faut remonter au premier millénaire pour retrouver une vision aussi nette des structures fondamentales de la messe

    • admin

      Bon je crois que le sujet n’est pas « le lectionnaire est catastrophique » mais bien : « que faut il chanter dans la liturgie » ? Et je ne crois pas qu’on puisse dire aussi « simplement » que pour chanter la messe il faille supprimer le lectionnaire. Toute évolution liturgique est un compromis entre plusieurs approches rituelles. La réforme liturgique d’après Vatican II n’échappe pas à cette règle.
      Par ailleurs cette citation de Jounel montre bien que dans son esprit le fait d’avoir supprimé le doublage n’est pas une régression mais bien une évolution positive. Et c’est aussi l’opinion du Cardinal Ratzinger dans l’introduction de « l’Esprit de la Liturgie » :

      Grâce au mouvement liturgique et – de manière définitive – grâce à Vatican II , la fresque a été découverte et un instant nous sommes tous restés fascinés par la beauté de ses couleurs et de ses figures.

      Cela n’empêche pas qu’aujourd’hui, comme il l’exprime dans le même ouvrage de constater que la liturgie est en danger :

      Mais en même temps , à cause de différentes erreurs de restauration ou de reconstruction, et de la gêne occasionnée par la masse des visiteurs , cette fresque a été gravement mise en péril et menace de tomber en ruine à moins de prendre les mesures nécessaires pour éliminer rapidement ces influences néfastes . Bien sûr, il ne faut pas la couvrir à nouveau d’enduit, mais une nouvelle compréhension de son message et de sa réalité est nécessaire, pour que sa mise à la lumière ne représente pas la première étape de sa ruine

      Et une façon de bien mettre en valeur la fresque c’est justement – comme le soulignait Paul VI, – de chanter les propres !

  • Jérôme

    La citation de Jounel ne parle pas du bien fondé de la réforme mais de la fin de pratiques immémoriales.
    Par conséquent, dans la logique de la réforme, il n’a forcément pertinent d’invoquer l’aspect immémorial d’un pratique, comme la lecture de l’introït lors de la messe lue, parce qu’elle est un peu contradictoire avec l’esprit de la réforme, à savoir le retour aux sacramentaires.

    La citation du Cardinal Ratzinger compare la liturgie à une fresque.
    Au cours du temps, les fidèles se sont éloignés de la liturgie pour se tourner vers des paraliturgies, notamment pendant la messe. Ce sont les strates qui ont recouvert la fresque.
    Grâce au mouvement liturgique, on a rapproché à nouveau les fidèles de la liturgie, grâce notamment aux missels de fidèles, en se débarrassant de ces pratiques paraliturgiques. Ce qui a permis pendant un certain temps de redécouvrir la fresque.

    • admin

      OK, d’accord je crois avoir compris.
      Effectivement, si on va au bout de la question, il aurait fallu que les antiennes de la messe lues ne soient pas au Missale romanum – qui n’est pas un « missale plenarium » mais un sacramentaire – mais au lectionnaire. Sans toute faut il comprendre cela comme une volonté de faciliter la célébration de messes lues pour les prêtres ? Mais je suis d’accord.

  • Bonjour,
    (Priez d’excuser mon français)
    Je suis à la recherche de quelque chose comme les « SEP » mais en français. Est-ce qu’il existe un projet similaire pour les chants du propre de la messe en français? (J’étudie au même institut liturgique avec Adam, le compositeur du SEP, et j’aimerais bien trouver un source français équivalent, ou travailler sur un project comparable s’il y en a un besoin.) Merci!

    • admin

      You mean the « Simple English Propers » ? No there is no equivalent in French, but only some projects that were never widespread in the French Liturgy, even if it is something of quality.
      The most popular thing is the « Liturgie chorale du peuple de Dieu » (André Gouzes) that combines Gregorian melodies, Russian orthodox melodies and Lutheran chorals ;
      http://www.sylvanes.com/centre_culturel_chant_sacre.html
      but it is certainly not a simple transposition and adaptation of the music and words of the Roman propers. And the propblem of Gouzes is that even if he can be a good musical composer, the rela thing he tries to implement is a new liturgy which is not the Roman one : « la liturgie gouzantine ». So good links have been made for example in Saint Etienne with ensembles promoting the gouzantine liturgy on the musical aspect, but, we were not able to fo further a certain point because we have sometimes not the same understanding regarding the texts and the ordo….

      Mr François Gineste tried to do very interesting things, but he found more success in the Eastern tradition celebrations in French than in Western ones… « Chant grégorien en Français » :
      You have some audio excerpts here : http://www.francois-gineste.com/biographie.html
      The best example is #3, an adaption of the Veni sancte sequence.

      The problem we have here, actually, is that we are in the country of both Dom Guéranger and Jo Akepsimas. Dom Gueranger hated the idea to adapt the Gregorian chant in vernacular languages. And Jo Akepsimas hates the very idea of Gregorian chant, so it is even simpler. And naturally Akepsimas and his ideas (Mannick, Grybowski, etc.) are much more promoted in the parishes than Gregorian chant…

      And such a polarization is the « kairos », the « hodie » of our French liturgy.
      No need to say I am personally more in favor of the position of Dom Gueranger…. Naturally. Because I do think that the French language, because of is counter accentuation (always on the last syllable), cannot really by usable to adapt the Gregorian chant melodies. Only some recitatives can be adapted (psalmody, readings, sequences, priest parts of the liturgy ; Preface, Canon, etc… And we dit it for example dor the Good Friday St John Passion). This is probably not the case in other languages such as Italian or Spanish, or English.

      You have to understand that even the poeple who try to implement the Gouzes liturgy (aka la « liturgie gouzantine ») are often viewed here as ugly traditionnalists… So it is not so easy, also because the national instances of the liturgy in France (Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle) do not appear to want to promote a French repertoire directly in connection with the propers, which are almost unknown and even never read in French parishes. It is a pity, and even if some interesting initiatives growed for example in the Institut Supérieur de Liturgie in Paris for the teaching of the Gregorian Chant.

      And last thing : you have to know that we are still waiting for the application of the 2001 Roman Missal in French… And the official translation does not seem to appear before a long time… So…

      And thank you for tour interesting website.

      • Alexis

        Thank you so much for your reply!
        This is all very interesting. I didn’t know the state of vernacular Propers in France, only in growing up in Canada that I never heard them in either English or French! And yes, I think we have a similar problem as you do (both in Canada and in the US where I work now) that unfortunately still, people who use the propers are considered by many to be « backwards looking » traditionalists, though the tide is beginning to change.

        It is interesting to study the syllabic accents in the different languages. I wonder if there is a way to create simpler Gregorian style melodies that work with a language with mostly final accents. In English, we often have the problem of having two strong accents at the end of a sentence, which also doesn’t sing well, but if you are careful, can be done beautifully.

        I was aware of Gouzes but not Gineste, thank you for sharing that.

        Do you think, even in small circles, that there would be an openness to teaching about the propers or to learning a simpler style of chant? Especially if someone were to take the time to work on some modal formulas that fit the language?

        Also, have you seen Adam Bartlett’s latest project, the Lumen Christi Missal? This puts simple chanted versions of the propers in the hands of the congregation, not just the choir! Very interesting.

        Again, thank you so much (and thanks for your patience with my French, I don’t write in French as often as I did growing up, though I still speak and read as much as I can. Hard to do in the US!)

        • admin

          Teaching about the propers would meet an interest in the parishes, but this has to be promoted by the clergy… and today, I do not see how…
          Because one of the things I did not mention is the growing popularity of the « chants de l’Emmanuel » repertoire, which can have interesting texts, but with two backwards : awful melodies and with absolutely no clue about not only the propers but also about the Roman liturgy itself… And that repertoire is becoming quasi mandatory today… A pastor has to make a lot of efforts in an ordinary parish to avoid it. Even in some EF parishes, we can hear these songs. Which is a catastrophe. In the « Summorum Pontificum » parishes, xhat is fashionable today is to be « Tradismatic », that is to say a kind of mix of classicla hymnodyand chant and « chants de l’Emmanuel ». That is to say : a decline of civilization. The Region of dissemblance(Cf. Platon and Augustin), pointed out by Benedict XVI (discours des Bernardins).

          I think the Lumen Christi Missal is a very good initiative. The big idea to put simple melodies in square notation could be also used in France ; it would afterwards become easy to implement « plain » Gregorian chant in parishes. Most of the time, poeple – « simple parishioners » – and even musicians are frightened by this « medieval thing » that is actually easier than round modern music notation. And it is well adapted to recitatives, simple acclamations, antiphons, etc…
          But I think the main barrier remains the « Spirit of Akepsimas »…

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