Chanter la Messe – 2ème partie.

 

Cet article constitue la suite de la précédente publication, dans laquelle nous avons montré que la réforme liturgique du Concile Vatican II demande explicitement qu’on ne chante pas « à la messe », mais »qu’on chante la Messe ». Cela sous-entend bien qu’il faille chanter les « propres » de la Messe à savoir l’introït, le Graduel l’alléluia, le cas échéant, la séquence, et la communion. Le Consilium, c’est à dire l’organisme chargé par Paul VI de mettre en œuvre les orientations définies par les Pères conciliaires dans la constitution dogmatique Sacroscanctum Conculium sur la sainte liturgie est très clair dans ce sens, comme nous l’avons vu précédemment.


Mais continuons la réflexion de Jeff Ostrowski (New liturgical Movement) :
Ceux d’entre nous qui sont familiers avec le Missel de 1962 connaissent ces choses nommées « Missels » qui contiennent l’ensemble complet des textes pour le rite : Introïts, collectes, antiennes d’offertoire, lectures, canon etc… Fortescue, en 1912 explique comment nous nous sommes accoutumés aux missels :

 Ce fut la messe basse qui a amené la compilation de missels. A l’origine, comme nous l’avons vu (p. 116) les livres étaient organisés en fonction de ceux qui les utilisaient. Le livre du prêtre c’était le sacramentaire, et concernait sa partie de la messe et d’autres services. Il n’avait pas besoin des leçons ou des antiennes dans son livre, puisqu’il ne les disait pas. Mais lors d’une célébration privée ; il disait ces parties, se substituant lui-même aux ministres et au chœur, absents. Du coup on a du organiser les livres pour qu’ils contiennent aussi ces parties. Un tel livre fut appelé « Missale plenarium », qui donne le texte de toute la messe. Et son introduction marque une période où la messe basse fut une pratique courante. Dès le début du VIème siècle, on voit des sacramentaires qui commencent  à être influencés dans ce sens. Au IXème siècle, certaines « missae quotidianae », les plus utilisées, et le commun des messes du sanctoral sont souvent mis dans le livre avec l’Epître, l’Évangile, et la partie du chœur. Au Xème siècle, le « Missale plenarium » complet apparaît ; et au XIIIème il devient rapidement le seul livre utilisé. Le « Missale secundum consuetudinem romanae » s’est répandu partout avec le triomphe final du rite romain ; et on n’entend plus parler des sacramentaires. [Alors que le livre qui est utilisé par le prêtre à l’autel aujourd’hui n’est pas au sens strict un « Missale » mais bien un sacramentaire, dans lequel il n’y a que les parties du prêtre ; nous reviendrons là dessus.] A partir de là, la messe basse a influencé la messe haute : à l’origine le célébrant disait ou chantait sa partie et écoutait, comme n’importe qui d’autre, les autres parties : les leçons, [on dit aussi les « lectures »] le graduel, [c’est le répons qui suit la première lecture, qui a donnée dans la messe lue d’après le Concile le psaume responsorial] etc. (Dans le sacramentaire d’Amiens, et d’autres livres similaires, on l’enjoint – alors que le chœur chante le Sanctus de dire une longue prière privée : Deus qui non mortem etc.). Plus tard, ayant pris l’habitude de dire ces autres parties à la messe basse, (dans laquelle il avait à prendre la place des ministres et du chœur lui-même), il commença à les dire également à la messe haute. Si bien que nous avons l’organisation actuelle [Dans l’ordo de 1962 on appelle cela le doublage. C’est toujours pratiqué dans les célébrations de la messe selon la forme « extraordinaire ». On comprend bien pourquoi cela a été retiré de la pratique du rite romain apès le Concile, et ce dès 1965, avant même la promulgation de ce qu’on a appelé alors le « Novus ordo de la Messe » en 1970 ; l’auteur décrit le missel d’avant le Concile] qui fait que le célébrant répète aussi à voix basse à l’autel tout ce qui est chanté par les ministres et le chœur. (Sauf les réponses courtes comme « Et cum Spiritu tuo », etc, qu’il serait absurde pour lui de dire aussi. (Pour plus de détails voir Adrian Fortescue’s The Mass: A Study of the Roman Liturgy, 187-190).

Dans la liturgie d’après le Concile, nous ne pouvons plus avoir de vrais missels [ici Jeff Ostrowski sous entend de vrais missels pléniers, pas des sacramentaires, qui comme nous l’avons déjà souligné, eux existent], parce qu’ils feraient 4000 pages. La liturgie d’après le Concile a ajouté toutes sortes de choses : un cycle de lectures sur 3 ans, un cycle de lectures sur deux ans, de nombreuses options, sans parler de la possibilité des différentes langues qui peuvent désormais être utilisées à la Messe.
Il est crucial de comprendre que le « Missale romanum » [qui est en fait un « sacramentarium romanum »] utilisé par nos prêtres ne peut plus contenir tout ce qui est nécessaire pour dire la Messe. La liturgie d’après le Concile considère que chaque personne impliquée saura trouver le livre idoine. [Et c’est en cela que la liturgie d’après le Concile est en quelque sorte élitiste : on suppose que les gens, clergé mais aussi fidèles participants, connaissant la liturgie….!] Les lectures proviennent du lectionnaire. Les antiennes chantées par le chœur doivent provenir du Graduale Romanum (ou une autre source : par exemple un livre qui contient les psaumes responsoriaux).

A suivre…

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