Chant Grégorien et Identité Catholique Romaine

Concile Vatican IIIl est important de retrouver notre identité Catholique afin de pouvoir discuter avec les autres confessions et leur présenter cette identité pour qu’ils sachent avec qui ils discutent.

Aujourd’hui, la société pousse à oublier le passé, à ne pas en tenir compte (racines chrétiennes de l’Europe par exemple).

 

Et nous avons le même problème dans l’Eglise Catholique Romaine EN France. Ceci pousse même à croire qu’il ne s’agit que de l’Eglise DE France.

Pour se construire, chaque être humain a besoin de connaître son identité. Cela se marque dans l’adolescence par le passage du terme "on" au terme "je".

Introduction : L’importance de retrouver notre identité Catholique

1) L’identité dans l’œcuménisme

2) Le Lien entre Liturgie et Théologie

3) Le grégorien identité romaine par opposition aux cantiques

Conclusion : Le grégorien, point d’appuis pour la réconciliation avec nos frères Orthodoxes

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Introduction : Limportance de retrouver notre identité Catholique

Il est important de retrouver notre identité Catholique afin de pouvoir discuter avec les autres confessions et leur présenter cette identité pour qu’ils sachent avec qui ils discutent.

Aujourd’hui, la société pousse à oublier le passé, à ne pas en tenir compte (racines chrétiennes de l’Europe par exemple).

Et nous avons le même problème dans l’Eglise Catholique Romaine EN France. Ceci pousse même à croire qu’il ne s’agit que de l’Eglise DE France.

Pour se construire, chaque être humain a besoin de connaître son identité. Cela se marque dans l’adolescence par le passage du terme "on" au terme "je".

Pour l’Eglise, il en va de même. Comment savoir qui nous sommes si nous refusons de respecter les normes de notre Liturgie et en faisant une croix sur le chant grégorien ? Car ce dernier n’est pas comparable aux autres chants : Vatican II le rappelle très bien en spécifiant que seul le chant grégorien est liturgique tandis que les autres chants ne le sont pas. Ceci étant dit (identité marquée), Vatican II peut parler des autres formes de chants (non liturgiques) et dire à leur propos qu’on pourra leur trouver une place (autre que la première et la principale) dans la prière des chrétiens :

Sacrosanctum Concilium n°118 :

Cantus popularis religiosus sollerter foveatur, ita ut in piis sacrisque exercitiis et in ipsis liturgicis actionibus, iuxta normas et praecepta rubricarum, fidelium voces resonare possint.

Le chant religieux populaire sera intelligemment favorisé, pour que dan les exercices pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes, conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix des fidèles puissent se faire entendre.

Ce qui est mis en premier pour les chants populaires (et non liturgiques) sont les exercices pieux et sacrés. Le renvoi aux actions liturgique fait référence aux prescriptions qui, si on va les lire, concernent les terres de missions.

Comment discuter avec des Catholiques Orientaux si ces derniers ne sont pas en mesure (par notre faute) de voir et savoir qui nous sommes et d’où nous venons ?

Lorsque l’on compare le grégorien avec d’autre formes de chants liturgiques des liturgies orientales, on retrouve plusieurs similarité, preuve de l’origine commune des ces chants, preuve de l’Unité de l’Eglise Universelle. Cette trace de l’unité disparaît complètement dans le chant populaire (autre que grégorien). (exemple flagrant : 8ème modes grégorien et byzantin)

La revendication "identitaire" permet de mieux préparer le dialogue par une meilleure connaissance de qui nous sommes. Si nous nous connaissons, nous savons quels sont nos contours. Ainsi nous pouvons mieux voir quelles sont les "frontières" communes avec les autres religions. Et ceux à travers toutes la hiérarchie : du laïc au Pape.

Par contre, si la base ne pratique pas et n’enseigne pas ce que dit la tête, comment pourrons dialoguer avec les autres religions ? Comment 2 poumons pourront apporter de l’oxygène à des membres qui ne veulent pas être du corps et s’en coupent par manque de fidélité ?

 

1) Lidentité dans lœcuménisme

Pour faire de l’œcuménisme, c’est-à-dire discuter avec les autres Eglises et les autres rites, il faut agir comme dans tout échange d’idées et de valeurs : il faut se connaître, connaître sa Théologie et sa Tradition afin d’en sortir les valeurs fondamentales (ce en quoi nous croyons et comment nous croyons) qui définissent notre identité.

Comment discuter avec d’autres personnes sur les points importants si on ne se connaît pas ? Cela revient à accepter leurs idées facilement ou au contraire à les refuser de manière arbitraire.

L’arbitraire se rapproche trop ces temps-ci du relativisme. Cette philosophie est d’ailleurs condamnée par l’ensemble des grands penseurs actuels car elle ne mène nulle part sauf à une certaine forme de dictature et de conformisme.

Or en matière de Foi, on ne peut pas accepter le conformisme et le fait que chacun puisse avoir sa propre vérité. La Vérité vient de Dieu. Il s’agit ensuite de discuter pour savoir comment chacun l’a reçu afin de trouver cette Vérité par la confrontation.

Comment s’exprime la Vérité de Dieu ? Elle s’exprime dans notre Foi. Les différents éléments de la Foi sont définis par la Théologie. De plus la Liturgie de l’Eglise permet de mettre en pratique concrètement et d’exposer les éléments de Théologie. Elle le fait au travers de la Parole de Dieu et de la Tradition, cette dernière passant à travers les multiples prières et oraisons.

Chez les Orthodoxes, Théologie et Liturgie sont étroitement liées et ne peuvent être dissociées. Renier un élément de Liturgie revient à renier un élément de Théologie. Tous en sont conscients.

Or, chez les catholiques Romains, en particulier chez les laïcs et chez un grand nombre de prêtres et d’Evêques, cette conscience du lien entre Liturgie et Théologie n’est pas si fort. On remarquera néanmoins qu’il y a de plus en plus de théologiens au sein de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements.

 

2) Le Lien entre Liturgie et Théologie

A la suite du Concile, nombreux ont été ceux qui ont proclamé qu’il y avait rupture entre la Tradition de l’Eglise et ce même Concile, surtout sur le plan liturgique.

L’Eglise, par le Concile de Vatican II, a voulu se repositionner par rapport à son temps, prendre en compte les problèmes de la société avec laquelle elle est en relation et réaffirmer son message.

De part le changement de la société entre le Concile de Trente qui avait fait date et les années 1960, plusieurs personnes ont cru que l’Eglise allait s’astreindre à des changements aussi grands et profonds. L’évolution des mœurs et de la relation des individus à la religion (pensées des lumières), c’est-à-dire tous les germes du relativisme (Cf. St Pie X et Léon XIII) ont fait croire que l’Eglise allait accepter tout cela, en rupture avec sa Tradition.

L’annonce des travaux de restauration de la Liturgie a été accueillie de la même manière. Le contexte ambiant a favorisé cette mécompréhension des fins du Concile et cette annonce de rupture.

Or il n’en est rien !

Le Concile est à comprendre dans la continuité de 2 millénaires qui forment la Tradition de l’Eglise pour s’en tenir aux temps qui suivent le Christ.

Il n’a jamais été question pour les Saints Pères du Concile de révolutionner quoique ce soit. Au contraire, ils ont donné un nouveau contour à cette Tradition pour qu’elle soit mieux perçues dans sa Vérité et non dans le fait de faire plaisir aux individus.

De même, concernant la Liturgie, le Concile de Trente avait restauré et édicté des normes strictes pour lutter contre la réforme protestante, réforme qui s’était largement appuyée sur une révolution liturgique.

Le Concile Vatican II restaure à nouveau la Liturgie et cherche à lutter contre le modernisme et le post-modernisme en donnant aux fidèles (et au clercs par la même occasion) la possibilité de mieux participer (par conscience et non par activisme) à la Liturgie sans ajouter quoi que ce soit de neuf ! Tous les ajouts par rapport la forme préconciliaire de la Liturgie ont été puisés dans la Tradition, en particulier celle des premiers siècles.

Le Concile Vatican II, ne cherchant pas à réformer l’Eglise en profondeur mais seulement en apparence, n’a donc pas renié la théologie préconciliaire. Au contraire, il l’a réaffirmé.

Conscient du lien entre liturgie et théologie, les saints Pères du Concile ont voulu réaffirmer la fidélité de la liturgie à la théologie même en demandant une restauration de la Liturgie.

Sacrosanctum Concilium n°2 :

Liturgia enim, per quam, maxime in divino Eucharistiae Sacrificio, opus nostrae Redemptionis exercetur summe eo confert ut fideles vivendo exprimant et aliis manifestent mysterium Christi et genuinam verae Ecclesiae naturam, cuius proprium est esse humanam simul ac divinam, visibilem invisibilibus praeditam, actione ferventem et contemplationi vacantem, in mundo praesentem et tamen peregrinam; et ita quidem ut in ea quod humanum est ordinetur ad divinum eique subordinetur, quod visibile ad invisibile, quod actionis ad contemplationem, et quod praesens ad futuram civitatem quam inquirimus. Unde cum Liturgia eos qui intus sunt cotidie aedificet in templum sanctum in Domino, in habitaculum Dei in Spiritu, usque ad mensuram aetatis plenitudinis Christi, miro modo simul vires eorum ad praedicandum Christum roborat, et sic Ecclesiam iis qui sunt foris ostendit ut signum levatum in nationes, sub quo filii Dei dispersi congregentur in unum quousque unum ovile fiat et unus pastor.

En effet, la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, "s’exerce l’oeuvre de notre rédemption(1)", contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise. Car il appartient en propre à celle-ci d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible; ce qui relève de l’action, à la contemplation ; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons (2). Aussi, puisque la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur, une habitation de Dieu dans l’Esprit(3), jusqu’à la taille qui convient à la plénitude du Christ(4), c’est d’une façon étonnante qu’elle fortifie leurs énergies pour leur faire proclamer le Christ, et ainsi elle montre l’Eglise à ceux qui sont dehors comme un signal levé devant les nations(5), sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité(6) jusqu’à ce qu’il y ait une seule bergerie et un seul pasteur(7).

 

(1) Secrète du IX dimanche après la Pentecôte (2) cf. He 13,14. (3) Cf. Ep 2,21-22. (4) Cf. Ep 4,13. (5) Cf. Is 11,12. (6) Cf. Jn 11,52. (7) Cf. Jn 10,16

 

Sacrosanctum Concilium n°16 :

Disciplina de sacra Liturgia in seminariis et studiorum domibus religiosis inter disciplinas necessarias et potiores, in facultatibus autem theologicis inter disciplinas principales est habenda, et sub aspectu cum theologico et historico, tum spirituali, pastorali et iuridico tradenda. Curent insuper aliarum disciplinarum magistri, imprimis theologiae dogmaticae, sacrae Scripturae, theologiae spiritualis et pastoralis ita, ex intrinsecis exigentiis proprii uniuscuiusque obiecti, mysterium Christi et historiam salutis excolere, ut exinde earum connexio cum Liturgia et unitas sacerdotalis institutionis aperte clarescant.

L’enseignement de la liturgie dans les séminaires et les maisons d’études des religieux doit être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures, et dans les facultés de théologie parmi les disciplines principales et il faut le donner dans sa perspectives théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorales et juridique. En outre, les maîtres des autres disciplines, surtout de théologie dogmatique, d’Ecriture Sainte, de théologie spirituelle et pastorale, se préoccuperont, selon les exigences intrinsèques de chaque objet propre, de faire ressortir le mystère du Christ et l’histoire du salut, si bien qu’on voie apparaître clairement le lien de ces disciplines avec la liturgie et l’unité de la formation sacerdotale.

Ces 2 rubriques de la Constitution « de Sacra Liturgia » montrent que le Concile a cherché à combattre le modernisme et le post-modernisme en répétant haut et fort le lien entre Liturgie et Théologie.

Comparons les restaurations liturgiques des Conciles de Trente et de Vatican II :

–  face à la réforme protestante et à diverses théologies hérétiques, le concile de Trente a répondu par des normes et des rubriques strictes et rigides. Pourquoi ? Parce que les « contre-théologies » faisaient passer leurs idées par une transformation de la liturgie : suppression des éléments de la Tradition (oraisons, …) pour ne garder que ce qui vient de la Parole de Dieu puis insertion de cantique réinterprétant la Parole de Dieu selon leur convictions nouvelles. L’idée maîtresse est de combattre les hérésies théologiques par l’impossibilité de modification du discours transmis par la Liturgie.

–  face au modernisme et au post-modernisme s’étant développés malgré les mesures prises par le Concile de Trente et cherchant à casser le carcan rigide de la Liturgie, le concile de Vatican II a répondu par une restauration tenant compte d’éléments de la Tradition découvert après le concile de Trente et permettant d’assouplir les normes liturgiques et rendre plus consciente la participation des fidèles, en restant dans les limites de la fidélité aux dogmes puisque ces derniers n’ont pas changé. Aucun élément n’a été inventé pour faire plaisir aux uns ou aux autres. L’idée maîtresse est d’empêcher les hérésies par une meilleure compréhension de la théologie catholique au travers de la Liturgie.

Ainsi, le respect de la Liturgie dans ses normes et ses rubriques garantie l’orthodoxie de la Foi, c’est-à-dire le respect de la Théologie et de la Tradition dictant la doctrine de l’Eglise universelle.

 

3) Le grégorien identité romaine par opposition aux cantiques

Le point précédent cherché à montrer combien la Liturgie et la Théologie sont liées dans le Rite Romain en s’appuyant notamment sur le Concile de Vatican II.

J’ai montré également que la Liturgie dans sa forme actuelle (dans ses normes définies par les livres liturgiques en vigueur) est inscrite dans la Tradition de l’Eglise Catholique comme le Concile l’a voulu et sans rien renier ni révolutionner.

Maintenant, pour revenir au sujet de cette étude, il s’agit de savoir quel est le lien entre la Liturgie et le Chant Grégorien.

En continuant la lecture de Constitution « de Sacra Liturgia », nous trouvons ce lien :

Sacrosanctum Concilium n°116 :

Ecclesia cantum gregorianum agnoscit ut liturgiae romanae proprium: qui ideo in actionibus liturgicis, ceteris paribus, principem locum obtineat.

Alia genera Musicae sacrae, praesertim vero polyphonia, in celebrandis divinis Officiis minime excluduntur, dummodo spiritui actionis liturgicae respondeant, ad normam art. 30.

L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.

Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’art. 30.

L’Eglise reconnaît donc dans le Chant Grégorien un répertoire mélodique et textuel conforme au plus haut point à « l’esprit de l’action liturgique » puisqu’il en incarne le modèle à suivre (chant propre).

Ce chant grégorien est composé d’extraits de la Parole de Dieu judicieusement choisis par l’Homme et par le temps (du IVème siècle à nos jours) et de paroles d’hommes (5% des pièces) reconnues comme étant fidèles à la Théologie Catholique.

De même, les mélodies grégoriennes (ton de psalmodies par exemple) ont ces mêmes propriétés de favoriser la prière et la délectation des saveurs de la Parole de Dieu dans les Psaumes et dans les Cantiques Evangéliques.

A l’opposer, nous trouvons les cantiques anciens ou récents, composer par les hommes et n’ayant pas toujours l’héritage de la Tradition de l’Eglise.

Voici ce qu’écrit Martin Mosebach au sujet des cantiques:

“Qu’on se rappelle comment on en est venu à la floraison des cantiques.

La réforme luthérienne était un mouvement fondé sur le chant. Les cantiques exprimaient la foi réformatrice. Ils remplaçaient la liturgie et étaient là pour cela. Exprimant l’esprit militant de cette époque funeste, ils devaient renforcer les âmes dans la lutte partisane. Chanter ensemble une rengaine à tue-tête créait un sentiment de communion : c’est chose bien connue des soldats, des associations et des chefs politiques.

La Contre-Réforme prit conscience de la force démagogique des cantiques ; les gens chantaient si volontiers ! Quant à la suggestion salutaire des sentiments, elle réussissait si bien par le biais de mélodies insinuantes. Il est vrai que le cantique ne trouvait pas sa place dans la liturgie de la messe.

La liturgie est sans faille. Elle constitue elle-même un chant de part en part. Là où elle prescrit un silence ou un chuchotement qui couvre le mystère d’un voile quasi acoustique, il n’y a du coup plus de place pour un cantique. Le propre du cantique est d’avoir un début et une fin, il est enveloppé dans la parole. Le ministre de la messe ne parle absolument pas; sa parole est chant, parce qu’il a revêtu le “nouvel homme”, parce que dans l’espace sacré de la liturgie, il est compagnon des anges. Chanter représente dans la liturgie une forme d’élévation et de transformation de la parole. C’est donc un signe de la transformation du corps qui attend les ressuscités.

L’esthétique de dénombrement qui est associée aux cantiques – cantique n°1, n°2, n°3… – est complètement étrangère au monde de la liturgie. Dans les offices structurés par les cantiques, le croyant entre sans cesse dans de nouveaux mondes esthétiques. Il passe par les styles les plus différents et aborde des textes extrêmement subjectifs dont le niveau est extrêmement variable. Il est touché non pas par la chose elle-même, la liturgie, mais par le commentaire complètement sentimental qui en est fait.

Au contraire, le lien que tisse la chorale grégorienne entre l’action liturgique et le chant est si étroit que l’on ne parvient plus à dissocier la forme du fond. (…) Pour le protestantisme, les cantiques représentent la conséquence de l’abandon du sacrifice de la messe et le prolongement le plus adapté de la prédication. La communauté réunie dans le chant, sortant des doutes du quotidien solitaire, retrouvait l’assurance collective du dimanche, une assurance, précisons-le, issue de la certitude de foi partagée et non du fait d’être témoin de la réalité de l’acte sacrificiel divin.

Il serait insensé de reprocher aux jésuites la décision prise à l’époque de la Contre-Réforme d’introduire dans le catholicisme ces cantiques qui avaient accéléré le succès du protestantisme. La pression du protestantisme était énorme et l’avenir semblait lui appartenir. On protégeait la liturgie, mais on ne croyait plus qu’elle pût vraiment atteindre les coeurs des croyants. On ne porta pas atteinte à la liturgie, mais on la rendit muette.

Elle fut emballée dans une architecture dépassant les frontières de la fantaisie, dans la musique d’orchestre la plus moderne, dans ces “messes” transformées en concerts de virtuoses dans lesquelles le connaisseur admiratif guette les ornamenti de la soprane qui chante l’Agnus Dei, ainsi que dans beaucoup de formes populaires de prières et de méditations qui font disparaître la liturgie derrière un rideau de rhétorique brillante ou naïve, selon les cas.

Là-dessus vinrent s’ajouter les cantiques. Parce qu’ils n’étaient pas catholiques d’origine, qu’ils étaient étrangers à l’esprit de la liturgie et qu’ils étaient issus non d’un besoin spirituel mais d’une réflexion tactique, ils ne possédaient pas la force artistique plus ou moins impressionnante de leurs modèles protestants.

Et pourtant, ils étaient là pour cela : la puissance acoustique de centaines de chanteurs se répandait sur la liturgie en effaçant ce qui se passait à l’autel. C’est ainsi que naquit la mauvaise réputation de la liturgie, souvent accusée d’être “à deux vitesses”. Il était clair que quelque chose devait se passer. Mais, comme nous le savons, ce n’est pas la liturgie, mais les cantiques qui en sortirent vainqueurs. Pour faire vite, la liturgie disparut, l’assemblée regardant désormais vers celui qui la préside, habillé de vêtements amples et dont la bouche s’ouvre toute grande pour entonner un chant joyeux.”

 

Conclusion : Le grégorien, point dappui pour la réconciliation avec nos frères Orthodoxes

Chanter en grégorien, c’est faire preuve et faire valoir notre identité Catholique Romaine devant les autres Rites qui ont gardé leurs Traditions.

Aujourd’hui, plusieurs des ces autres rites nous regardent avec dédain. En effet, chez les Orthodoxes et les Catholiques Orientaux, la Liturgie et la Théologie étant inséparables, le n’importe quoi liturgique est inconcevable.

Or c’est que nous leur avons présenté durant les 40 dernières années et ce n’est pas encore complètement terminé.

En discutant avec eux, on se rend bien compte qu’ils attendent ce retour au respect des normes qui leur permettraient de discuter avec nous. En écoutant l’émission Orthodoxe diffusée le Dimanche soir sur Radio Notre Dame, j’ai entendu du chant grégorien. C’est bien une marque de la part de l’Eglise Orthodoxe de reconnaissance de l’orthodoxie du chant grégorien, c’est-à-dire la rectitude du ce chant vis-à-vis du christianisme et des doctrines chrétiennes.

Vraiment, pour eux, le retour au grégorien sonnerait comme un retour à la Tradition même si l’Ordo Missæ a évolué.

L’abandon des cantiques (surtout les plus récent) dans le cadre de la Liturgie (et dans ce cadre seulement) au profit du chant grégorien serait :

–  un signe d’unité universelle dans le Rite Romain, c’est-à-dire unité géographique et unité temporelle à travers les siècles

–  un signe d’obéissance au Pape, aux Evêques, aux Métropolitains et aux Primats, donc vertu d’humilité et reconnaissance de la hiérarchie

–  un signe de fidélité à la Tradition, et à la doctrine de l’Eglise

–  une marque d’identité du Rite Romain, reconnaissant sa Foi par une reconnaissance de son passé, de son présent et de son avenir.

 PS : Je remercie le Dr Denis Crouan pour m’avoir donné la citation de Martin Mosebach.

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