Cercle E5 2015 – communication de Vivien

Comme désormais chaque année, nous nous sommes retrouvés avec le Cercle E5, dit « Cercle d’hommes », lors de la soirée du lundi de Pentecôte. Une soirée entre hommes, rythmée par la liturgie (grégorienne s’entend). Autour du buffet amical, Vivien nous a fait le plaisir de nous partager un texte retrouvé dans le cadre de ses études de musicologie. C’est avec plaisir qu’il nous l’a lu et commenté, et c’est avec délectation que nous l’avons écouté…. Sans nostalgie aucune, bien sûr …

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Lundi de Pentecôte 2015

Chers amis,

J’aimerai vous partager une petite trouvaille, un témoin précieux de pratiques qui pouvaient animer une simple paroisse de province, c’est-à-dire Rive de Gier. Il existait, jadis, une chorale liturgique (mais pas que) appelée : les chanteurs de Notre Dame. Elle chantait pour les messes, pour les vêpres, pour des concerts de charité et pour bien d’autres occasions. Elle avait en plus des répétitions (nécessaires), des journées, des WE de formation au grégorien en lien avec l’Institut Saint Grégoire le Grand de Lyon, rassemblée avec des chorales de Saint Chamond, de Saint Etienne (chorale Saint Chorale) notamment.

Sans vous mentir, leur répertoire était tout à fait honorable, allant des Sept paroles du Christ en Croix de Charles Gounod, à tel motet de La Tombelle, de Pierné, à telle messe de Haendel (sans oublier le Messie), Vierne ou Palestrina, ainsi que des œuvres de Rameau, Mendelssohn, Janequin, de Lalande, d’Albert Alain (père de Jehan et Marie-Claire), Franck, Campra, quelques negro spiritual, Janeton rend sa faucille, Les oiseaux, Margoton, La Marie, Rossignolet Sauvage (César Goeffray), Trois beaux oiseaux du paradis (Maurice Ravel), sans oublier le grégorien…

Ce qui m’intéresse avant tout, ce soir, est un discours prononcé lors du concert de la Sainte Cécile 1949 à Saint Etienne, donné avec le cercle des hommes et jeunes gens de Notre Dame de Rive de Gier. En voici quelques extraits :

« […] Il est normal que des musiciens fêtent Ste Cécile. Quand ces musiciens sont en même temps Chanteur d’Eglise c’est encore plus normal !

L’institut St Grégoire du diocèse de Lyon a pris au mot la parole du Pape Pie X « Je veux que mon peuple prie sur de la beauté » et celui de Pie XI «  Je veux que le chant grégorien soit remis en honneur dans le peuple ».

Il s’est donné pour tâche le lancement et la mise en valeur dans les groupes paroissiaux et scolaires du beau chant grégorien, qui faisait dire à R. Fromental, professeur de composition au Conservatoire de Paris : «  Comment les prêtres catholiques qui ont dans la chant grégorien la plus belle musique qui existe au monde, admettent-ils dans leurs églises les pauvretés de certaines musiques. Je donnerais toutes mes œuvres dramatiques pour quelques unes de leurs mélodies religieuses ».

On pourrait citer Gounod, Debussy, Vincent d’Indy, Paul Paray et c’est une joie de constater que pour louer Dieu, l’Eglise met sur nos lèvres une langue musicale qui peut soutenir la comparaison avec les plus beaux accents humains.

A St Etienne et dans as région il faut féliciter un grand nombre de chorales présentes ce soir qui suivent hardiment et joyeusement les désirs ts les ordres des Papes. Il faut féliciter surtout l’ensemble des Institutions depuis le Pensionnat des Oiseaux, le Cours Sévigné, le Cours Chevreul, le Sacré Cœur, le Cours St Paul, l’institution Ste Marie, le Cours Ste Geneviève et le Cours Ponthus qui nous accueillent si gentiment.

Il faut souligner également l’effort splendide des Ecoles Libres de La Grand, St Louis, Ste Marie, St Charles St François, St Ennemond, La Nativité, Terrenoire, Curé D’ars, qui ont mis dans leur programme l’enseignement du chant et du chant grégorien.

Ce n’est qu’un petit essai qui portera certainement son fruit et vous en aurez une preuve éclatante lors de la fête de l’Ascension. En principe, ce jour là, la grand Messe, chantée par un millier d’enfants de St Etienne, sera radio-diffusée sur les Postes d’Etat […].

  • Avant grégorien Alleluia de la Trinité –

     On dit parfois assez de mal du chant grégorien, j’avoue même n’avoir pas été très tendre, jadis, [à] son égard. Mais il est à remarquer que ceux qui ne le prisent pas à sa juste valeur n’en n’ont habituellement qu’une connaissance assez superficielle. Tous ceux qui l’ont regardé de près ont été conquis, peu à peu il est vrai, par sa richesse rythmique, sa souplesse modale et son extraordinaire vitalité.

Seulement c’est un chant qui réclame une technique spéciale, longue à assimiler et une formation spirituelle et religieuse très profonde, sans lesquelles on ne fait rien de bon. Voilà pourquoi le chant grégorien est difficile à faire admettre et à faire aimer. Cela, il faut avoir la loyauté de la reconnaître.

Franchement, entre nous, choristes, qu’est ce qui risque d’avoir la part du pauvre lors de vos répétitions de chorale ? Est-ce le chant polyphonique ou le chant grégorien ? Poser la question c’est malheureusement, dans l’ensemble des cas, la résoudre…

Chanteurs chrétiens vous découragez souvent vos directeurs, vos Maître de Chapelle par votre incompréhension, votre inertie, votre manque d’allant ou de connaissance et vos à priori. C’est vous qui souvent empêchez le bon travail de se faire ou du moins le freinez passablement.

    Et je dis à tous les responsables de groupes d’adultes ou d’enfants. Travaillez, formez vous. Si l’on ne vous écoute pas, c’est que peut-être vous n’êtes pas au point. On ennuie infailliblement le monde quand on est incompétents sur une question.

    C’est pourquoi n’hésitez pas à vous former […] ».

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et bien des choses ont changé, reléguant tous ces chants sacrés (entre autre) au rang de « vieilleries que chantaient nos grands-mères ». D’un style pas toujours heureux, il est vrai, m’enfin (merci Gaston), ils avaient l’avantage de servir au mieux la liturgie (ils essayaient), de lui correspondre et porter vers le beau. Je ne souhaite pas retourner en arrière mais prendre exemple pour mieux progresser et aller vers le beau per soli Deo gloria !


Je terminerai avec les plus atypique des musiciens d’Eglise : Olivier Messiaen. Pétri et passionné par le chant grégorien, il n’appréciait guère le nouveau répertoire (musical) post Vatican II, sans grand intérêt !

Il a prononcé cette phrase magnifique, qui remet à leur juste place il me semble toutes les élucubrations de la musique contemporaine, sans parler des plaisirs faciles (et factices) des promesses de liberté, d’égalité, scandées à tout va :

Et pendant ce temps les oiseaux ont continué à chanter !

Je vous remercie.

Vivien.

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