Ce qu’en dit Vatican II dans Sacrosanctum Concilium

L’enseignement de Vatican II sur l’usage de la langue du pays pour la Liturgie dans Sacrosanctum Concilium.

1. Introduction

L’objet de cet article est de poser un
masque sur la constitution « de Sacra Liturgia » de 1963 pour en faire
ressortir les éléments concernant l’usage de la langue du pays dans la
Liturgie.

Le but est d’interpréter le moins
possible les rubriques de cette constitution et si il faut les
interpréter, cela est fait dans un sens de continuité de la Tradition
Ecclésiale, en considérant que le Concile Vatican II va dans la
continuité de toutes les réformes précédentes sans rupture :

4. Enfin, obéissant

fidèlement à la tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère
l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites
légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et
les favoriser de toutes manières ; et il souhaite que, là où il en est
besoin, on les révise entièrement avec prudence dans l’esprit d’une
saine tradition et qu’on leur rende une nouvelle vitalité en accord
avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui.

2. Principes Généraux pour la restauration et le progrès de la Liturgie

Le premier article faisant référence aux règles à observer sur l’usage de la langue est le suivant :

36. [Langue liturgique]

§ 1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins.

§ 2. Toutefois, soit
dans la Messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les
autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être
souvent très utile pour le peuple : on pourra donc lui accorder une
plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un
certain nombre de prières et de chants, conformément aux nommes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.

§ 3. Ces normes étant
observées, il revient à l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur
le territoire, mentionnée à l’article 22, § 2 (même, le cas échéant,
après avoir délibéré avec les évêques des régions limitrophes de même
langue), de statuer si on emploie la langue du pays et de quelle façon,
en faisant agréer, c’est-à-dire ratifier, ses actes par le Siège
apostolique.

§ 4. La traduction du
texte latin dans la langue du pays, à employer dans la liturgie, doit
être approuvée par l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le
territoire, dont il est question ci-dessus.

Donc la règle première est d’utiliser
le latin. Ce dernier n’est pas mis à l’index, au contraire il reste
dans la Tradition de l’Eglise la langue liturgique.

Pour pouvoir utiliser la langue du
pays, il faut se reporter à chaque chapitre de cette constitution et
observer les normes qui s’y trouvent. Néanmoins, quelque soient ces
normes, le Siège apostolique, donc Rome, doit agréer cet usage et la
traduction du texte latin.

En résumé, le Saint Concile autorise
l’usage de la langue du pays dans la Liturgie. Il définit des normes
pour cet usage dans chaque grande partie de la Liturgie : Messe,
Liturgia Horarum, sacrements, chant, …

De plus, pour les cas particuliers que nous verrons au long des chapitres suivants, des adaptations sont possibles :

39. [Ces adaptations relèvent de l’autorité ecclésiastique]

Dans les limites fixées
par les éditions typiques des livres liturgiques, il reviendra à
l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire,
mentionnée à l’article 22. § 2, de déterminer les adaptations, surtout
pour l’administration des sacrements, les sacramentaux, les
processions, la langue liturgique, la musique sacrée et les arts,
conformément toutefois aux normes fondamentales contenues dans la
présente Constitution.
Cet article montre quelle est la marge de manœuvre exacte des
adaptations. Il renvoie au livres liturgiques tel le Missale Romanum,
mais ce n’est l’objet de notre étude. Pour information, le titre IX de
la Présentation Générale du Missel Romain donne les indications pour la
Messe.

Enfin, l’article suivant donne les
possibilités exceptionnelles pour le cas particulier de
l’Evangélisation des peuples et des terres de mission :

40. [Urgence et difficultés de l’adaptation, surtout dans les missions]

Mais, comme en
différents lieux et en différentes circonstances il est urgent
d’adapter plus profondément la liturgie, ce qui augmente la difficulté :

1) L’autorité
ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, mentionnée à
l’article 22, § 2, considérera avec attention et prudence ce qui, en ce
domaine, à partir des traditions et de la mentalité de chaque peuple,
peut opportunément être admis dans le culte divin. Les adaptations
jugées utiles ou nécessaires seront proposées au Siège apostolique pour
être introduites avec son consentement.

2) Mais pour que
l’adaptation se fasse avec la circonspection nécessaire, faculté sera
donnée par le Siège apostolique à cette autorité ecclésiastique
territoriale de permettre et de diriger, le cas échéant, les
expériences préalables nécessaires dans certaines assemblées
appropriées à ces essais et pendant un temps limité.

3) Parce que les lois
liturgiques présentent ordinairement des difficultés spéciales en
matière d’adaptation, surtout dans les missions, on devra, pour les
établir, avoir à sa disposition des hommes experts en ce domaine.

Il s’agit du cadre missionnaire en vue
de l’évangélisation des peuples ne connaissant pas encore le Chirst.
Dans ces cas particuliers, après accord du Saint Siège, on peut
utiliser plus largement la langue du pays dans la Messe.

3. Le Mystère de l’Eucharistie

Notre second article à étudier est donc celui définissant la norme pour la Messe :

54. [Usage de la langue du pays]

On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec concours de peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune », et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple, conformément à l’article 36 de la présente Constitution.

On
veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter
ensemble en langue latine aussi les parties de l’ordinaire de la messe
qui leur reviennent
.

Mais si quelque part un
emploi plus large de la langue du pays dans la messe semble opportun,
on observera ce qui est prescrit à l’article 40 de la présente
Constitution.

L’usage de la langue de
pays dans la Messe est autorisé pour la proclamation de la Parole de
Dieu et pour la prière universelle. Cet usage est donc limité à la
seule Liturgie de la Parole.

Cet article dit clairement que les
chants et en particulier l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus,
Pater, Agnus, Ite) n’ont pas à être traduits.

4. Les autres sacrements et les sacramentaux

Le chapitre suivant nous enseigne :

63. [Langue du pays et rituels particuliers]

Puisque assez souvent
dans l’administration des sacrements et des sacramentaux l’emploi de la
langue du pays peut être d’une grande utilité chez le peuple, on lui
donnera une plus large place selon les règles qui suivent :

a) Dans
l’administration des sacrements et des sacramentaux, on peut employer
la langue du pays, conformément à l’article 36 ;

b) En suivant la
nouvelle édition du rituel romain, des rituels particuliers, adaptés
aux nécessités de chaque région, y compris en ce qui concerne la
langue, seront préparés au plus tôt par
l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur le territoire,
mentionnée à l’article 22, § 2, de la présente Constitution ; et, une
fois les actes révisés par le Siège apostolique, ces rituels seront
employés dans leurs régions respectives. Dans la composition de ces
rituels ou de ces recueils particuliers de rites, on n’omettra pas les instructions mises en tête de chaque rite dans le rituel romain, qu’elles soient pastorales ou rubricales, ou bien qu’elles aient une importance particulière au point de vue social.

Dans le cadre des sacrements et des
sacramentaux, l’usage de la langue du pays est recommandé. Le Saint
Siège se réserve un droit de regard sur les traductions mais ces
dernières doivent être très fidèles au contenu du texte latin original.

5. L’Office Divin

Pour l’office Divin, à ce jour plus connu sous le nom de Liturgie des Heures, Vatican II nous dit :

101. [La langue à employer]

§ I. Selon la tradition séculaire du rite latin dans l’office divin, les clercs doivent garder la langue latine ;
toutefois, pouvoir est donné à l’Ordinaire de concéder l’emploi d’une
traduction en langue du pays, composée conformément à l’article 36, pour des cas individuels, aux clercs chez qui l’emploi de la langue latine est un empêchement grave à acquitter l’office divin comme il faut.

§ 2. Quant aux moniales et aux membres, hommes non clercs ou femmes, des instituts des états de perfection, le supérieur compétent peut leur accorder d’employer la langue du pays dans l’office divin, même pour la célébration chorale, pourvu que la traduction soit approuvée.

§ 3. Tout clerc
astreint à l’office divin, s’il célèbre celui-ci dans la langue du
pays, avec un groupe de fidèles ou avec ceux qui sont énumérés au
paragraphe 2, satisfait à son obligation du moment que le texte de la
traduction est approuvé.

Là encore, les Saints Pères du Concile
nous enseignent à utiliser de préférence la version originale (et donc
latine) des textes. Selon le paragraphe 1, la célébration de l’Office
Divin en paroisse doit se faire en latin.

Néanmoins, en dernier recours, l’usage de la langue du pays est autorisé « pour des cas individuels ».

Encore une fois, on remarque le soin qu’il faut apporter à la traduction puisque le Saint Siège doit la valider avant usage.

6. La Musique Sacrée

Il faut d’abord répondre à une question légitime : qu’est -ce que la Musique Sacrée ?

La première du chapitre VI de la constitution Sacrosanctum Concilium nous donne la définition suivante :

112. [Musique sacrée et liturgie]

La tradition musicale
de l’Église universelle a créé un trésor d’une valeur inestimable qui
l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux
paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie
solennelle.

Donc la musique et le chant sacré représentent un ensemble de pièces ayant pour textes la Parole de Dieu.

Quant à l’usage de la langue du pays, un premier article nous dit :

113. [Le chant dans l’action liturgique]

L’action liturgique
présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés
solennellement avec chant, que les ministres sacrés y interviennent et
que le peuple y participe activement.

Quant à la langue à
employer, on observera les prescriptions de l’article 36 ; pour la
messe, de l’article 54 ; pour les sacrements, de l’article 63 ; pour
l’office divin, de l’article 101.

Il s’agit des articles étudiés précédemment.

Un second article s’attache à une spécificité du rite romain :

116. [Le chant grégorien]

L’Église
reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie
romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes
choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.

Les autres genres de
musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de
la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec
l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’article 30.

Le renvoi concerne la participation des fidèles dans l’action Liturgique :

30. Pour promouvoir la
participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les
réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi
les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi
en son temps un silence sacré.
En donnant la première place au chant grégorien, l’Eglise

reconnaît également l’existence d’autres formes de chant. Néanmoins
l’article 30 montre que ces autres formes qu’ils trouveront plus leur
place dans l’Office Divin que dans la Messe.

Ce point de vue est confirmé par l’article suivant :

117. On achèvera
l’édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on
procurera une édition plus critique des livres déjà édités
postérieurement à la restauration de saint Pie X.

Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises.

Le résultat concret est la révision et
l’édition du Graduale Romanum, contenant toutes les pièces nécessaires
à la célébration des Messes dans tous les temps et années Liturgiques,
et l’édition d’un Graduale Simplex mettant à disposition des mélodies
plus simples facilement chantables par une assemblée.

De même, la prise en compte de l’existence du chant en langue du pays est notifiée plus clairement :

118. [Le chant religieux populaire]

Le chant religieux
populaire sera intelligemment favorisé, pour que dans les exercices
pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes,
conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix
des fidèles puissent se faire entendre.

On note que ce type de chant n’est pas
considéré comme chant sacré. De ce fait, il est réservé pour des temps
de prières non liturgique (groupes de prière, veillées de prière,
pèlerinages, …). Son usage dans la Liturgie devra se faire avec
attention et prudence afin de bien respecter le sens Liturgique de
certaines pièces ou célébrations.

Enfin, nous trouvons également les dispositions concernant les terres de mission :

119. [Musique traditionnelle des peuples]

Puisque, dans certaines régions, surtout en pays de mission,
on trouve des peuples possédant une tradition musicale propre qui tient
une grande place dans leur vie religieuse et sociale, on accordera à
cette musique l’estime qui lui est due et la place convenable, aussi
bien en formant leur sens religieux qu’en adaptant le culte à leur
génie dans l’esprit des articles 39 et 40.

C’est pourquoi, dans la formation musicale des missionnaires,
on veillera activement à ce que, dans la mesure du possible, ils soient
capables de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à
l’école que dans les actions sacrées.

Il dit clairement que ces adaptations ne s’appliquent qu’aux terres de mission.

Les articles 40 et 39 permettent de définir clairement les autorités compétentes pour ces adaptations.

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